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Qui peut craindre le témoignage d’un enfant ?

Paule ZELLITCH
Regard d'enfant
Image par Myriams-Fotos de
Dimanche 13 janvier 2019 – La Sainte Famille – Mt 2, 1-12


Voici la nouvelle année, entre joie, espérance et tristesse. Tristesse, car nous serons nombreux à être éprouvés ; espérance et joie, car au lieu de céder la place aux faux prophètes qui jouent sur le désespoir pour asseoir leur pouvoir, nous optons pour une recherche commune qui restitue à l’idée d’avenir la quintessence de sa puissance créatrice. C’est cela qui donne aux jours comme un parfum de joie et d’espérance, aussi dur que soit le chemin.

Ecoutons ce qu’Hérode, l’ordonnateur du massacre des innocents, dit aux mages et tentons une actualisation : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. […] Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

Cet enfant-là est paradigmatique des promesses de renouveau de chaque enfant. Pourtant combien ont été détruits par ceux-là mêmes qui s’inclinent devant le petit de la crèche ? Et pour qui est attentif au texte, cette autre question : combien de mages ont compris ces dernières années qu’il ne fallait « pas retourner chez Hérode » pour sauver quelques enfants et se préserver des paroles perverses ? Ainsi, paradoxalement et par un heureux effet de sécularisation, la justice de notre pays rendra aux abusés un peu de cette justice, pour peu que le cadre des seuls abus spirituels, difficiles à prouver, soit dépassé. Si notre Église s’emparait de ce point faible de notre droit plutôt que d’en faire un « grâce à Dieu », quel relèvement ce serait ! Faire le ménage et le deuil de certaines conversions de façades, voilà un challenge à relever et ils sont nombreux à n’aspirer qu’à cela en Église.

Parmi les catholiques bienveillants, mais inquiets de la faible réactivité aux abus, des laïcs ont pris la parole ou la plume, allant jusqu’à rédiger de véritables rapports. Mais c’est sur d’autres terrains qu’une partie des évêques s’est mobilisée. Avec quelle célérité elle a attaqué les arbitrages de l’état liés à la pandémie qui entraînaient l’interdiction des rassemblements en Église, puis leur limitation, demandé les aides de l’état et lancé une vaste campagne d’appel aux dons ! Si parmi nos concitoyens beaucoup sont encore sidérés devant une telle dystrophie des priorités, de nombreux catholiques –  y compris parmi ceux qui paient – attendent avec de moins en moins de patience cette mobilisation, appelée par François en 2018, contre la culture des abus. D’autres n’attendent plus rien : ils ont rompu les liens.

Mais ces versets tirés du Psaume : « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu’il gouverne ton peuple avec justice, qu’il fasse droit aux malheureux ! » nous alertent-ils ? Ils crient qu’il ne suffit pas de proclamer la fraternité, de prophétiser un renversement des valeurs pour qu’il advienne. La justice n’est pas une abstraction : quoi de plus incarné que de faire droit au malheureux ? L’onction en fait une obligation de gouvernement du roi ou du ministre qui la reçoit, premier témoignage d’une trace vive de Dieu dans le monde. Et, quand un peuple reçoit l’onction, cette exigence n’atteint-elle pas une dimension inégalée ?

À l’automne 2021 le rapport de la Commission Sauvé, avec les préconisations qu’il pourrait comporter, sera achevé. Une assemblée extraordinaire des évêques de France aura lieu à Lourdes, le mois prochain, au sujet des abus et de l’indemnisations des victimes. Pourra-t-elle en rester à des résolutions qui ne soient pas à la hauteur de ses propres responsabilités, sans faillir ?

Cette nouvelle année tend les bras à ceux qui cherchent la justice et la vérité… Haut les cœurs car ils sont nombreux !

Paule Zellitch


 

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