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NON PAS MIEL, MAIS SEL

Pei OSPITAL
Epicoco


La période des vacances n'est peut-être pas pour beaucoup le temps le plus propice à la réflexion ou aux spéculations profondes. Mais pour d'autres, oui. Quoi qu'il en soit, il est parmi nous un phénomène qui, lui, jamais ne prend de vacances, c’est l’inhumanité. Mais il est aussi, par bonheur, des militants qui, dans le but de la contrer, ne s'accordent pas de répit.

Une photo parue dans les premières pages de la revue La Vie de fin juillet a particulièrement attiré mon attention : on y voit une jeune religieuse franciscaine, parmi d'autres camarades, se faire menotter les mains dans le dos par un policier. Ceci s'est passé le 18 juillet dernier à Washington lors d'une manifestation appelant à la fin de la détention d’enfants migrants.  Plus encore que captivante, l'attitude de cette jeune religieuse m'a parue admirable et émouvante : avec quelle dignité elle se laisse appréhender par la police !!! Oui, vraiment admirable et émouvant !!! À la vue de cette photo, la première réflexion qui m'est venue à l'esprit, c’est : « Voilà le signe que le Christ ressuscité est bien présent parmi nous ! Le signe que le Royaume est au milieu de nous ! »

Voulant en savoir davantage, je suis allé sur internet. Cette religieuse appartient à l'organisation Franciscan Action Network (FAN) (vous pouvez retrouver là la photo). Et qu'est-ce que cette organisation ? À quoi se consacre-t-elle ?

Le FAN a été créé en 2007 à Baltimore par un groupe de plus de 150 franciscains venus de tous les États-Unis. Aujourd'hui il a son siège à Washington, il est composé de religieuses franciscaines, de frères, de franciscains séculiers et d'autres, ses membres comprennent également des groupes épiscopaux, luthériens et franciscains œcuméniques. Il est dirigé par des volontaires actifs à travers le pays, et son conseil d'administration comprend aussi des laïcs.

L'organisation a été créée pour traiter des problèmes d'écologie, de droits de l'homme, de la pauvreté, du rétablissement de la paix, du trafic d'êtres humains..., et elle collabore activement avec nombre d'organismes intervenants dans ces domaines.

Oui vraiment, nous pouvons voir là l'incarnation du Ressuscité dans la société et le monde modernes ! Et ceci doit nous conduire à nous interroger nous-mêmes. Et ce questionnement doit nous conduire à ouvrir nos cœurs. Partant, c'est une authentique Pentecôte que nous sommes appelés à vivre. Le jeune prêtre italien Luigi Maria Epicoco (il connaît un gros succès en Italie) nous explique très bien cela dans un livre intitulé « La Foi n'est pas un bonbon au miel – Pour une foi qui brûle » (Ed. Mame). En fait, la clé de tout c'est le vivre-ensemble. Le vivre-ensemble doit être l'option fondamentale. C'est la voie pour connaître la Pentecôte.

La Pentecôte doit être à la fois personnelle et communautaire. « Il ne peut y avoir de Pentecôte, dit L.M. Epicoco, si, personnellement et communautairement, nous ne décidons pas d'être ensemble, de penser ensemble, si nous ne reconnaissons pas que notre destin est intrinsèquement lié à celui de notre frère. Nous ne pouvons pas penser seuls, nous devons toujours penser avec les autres, même si c'est difficile... En dehors de cette relation d'unité aux autres, impossible d'être sauvé. La première chose à faire pour notre renouvellement spirituel, et peut-être pour celui du monde entier, est de nous concevoir comme un corps unique, où notre destin est absolument lié à celui du frère. Il n'est alors plus possible de se penser seul sans penser au bien de son frère. Chaque homme n'est pas responsable uniquement de lui. Il est aussi responsable de ceux qui sont à côté de lui. »

Quel est alors le problème ? Le problème c'est que nous n'osons pas sortir. Le Christ entre partout, même si les portes sont fermées.  Le problème est que nous ne sortons pas !  Nous demeurons enfermés ! « Ainsi, nous pouvons aller à la messe et demeurer enfermés. » Et L.M. Epicoco termine son livre par ces mots : « La foi n'est pas ce miel que l'on prend en bouche pour avaler une pilule amère. C'est parfois quelque chose qui brûle, comme le sel sur une plaie. Mais c'est justement ce qui l'empêche se suppurer.

Nous sommes appelés à être sel, et non pas miel. »


Pei Ospital
Traduction de l'article paru dans HERRIA du 08-08-2019

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