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Pas d'humanité sans question

Anne-Joëlle Philippart
Hendrick ter Brugghen [Public domain], via Wikimedia Commons

Dimanche 12 mars 2017 – 2e dimanche de Pâques Ac 2, 42-47 ; 1P1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Remettons-nous un instant dans la scène de ce 1er jour de la semaine. Les 11 disciples sont enfermés par craintes des représailles. Le Christ est mort. Celui qui les avait fait vibrer d’un espoir de changement est parti. Ils y avaient pourtant cru. Et de se rappeler ses paroles d’Espoir, de Liberté et de Lumière : « Quiconque croit, a la vie éternelle » (Jn 6,47) ; « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi… De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,37-38) ; « Moi, je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres » (Jn 8,12) ; « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous libérera. » (Jn 8, 32) Mais, voilà, ils l’ont eu. Ils l’ont tué. Le rêve s’en est allé. Pourtant Marie de Magdala leur avait bien dit qu’elle l’avait vu ressuscité. Marie, une femme… rien qu’une femme !

C’est au cœur même de cette tristesse et de ce doute que jaillit la Lumière de la résurrection. L’Église se fait naissante là où tout semblait perdu. Le Christ apparaît, rassure, offre le don de l’Esprit et envoie… sans même faire un reproche pour ces moments vacillants. N’est-ce pas un beau message pour nous, chrétiens du 21e siècle ? Au cœur du désespoir, Jésus ne lâche pas son Église et…le doute est permis.

Aujourd’hui, la chrétienté est dans la tempête. Certains ont l’impression que le bateau coule, qu’ils auraient « perdu », que c’était mieux avant. Comme les disciples, beaucoup sont déçus, avec ce sentiment, si déplaisant, d’être abandonnés. Certains ont peur. Oublions-nous qu’il faut parfois passer par le désert pour se régénérer, se purifier, réfléchir et redémarrer plus fort ? Le grain ne doit-il pas comme « mourir » pour donner toute sa force ? L’évangile de ce jour nous rappelle que le Christ peut se faire présence, au bon moment, pour nous redonner l’Espoir, nous offrir la force de l’Esprit et nous envoyer. L’épitre de Pierre nous rappelle que, par notre baptême, Dieu nous fait renaître pour une vivante espérance (1 P 1, 3). Alors, comme les disciples, nous, les baptisés, peut-être devons-nous oser ce grand saut de la Foi et déceler le Christ qui se fait présence dans nos vies et dans celle de son Église. Peut-être, alors, verrons-nous ces petites étincelles que Dieu a placées comme des guides sur nos chemins. D’une impression d’absence, de vide, en tendant l’oreille, peut-être entendrons-nous le Christ dire : « C’est moi, n’aie pas peur » (Jn 6, 20) ou « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jn 20, 21)

Et puis Thomas, comme il nous ressemble…. Nous aussi nous doutons. Nous voudrions des signes forts. Le ciel nous semble vide. Nous questionnons jusqu’à l’existence de Dieu. La résurrection devient une belle fable… ou un mythe. On y avait pourtant cru Or, dans le judaïsme, croire est un questionnement, un « peut-être ». L’interprétation de La Bible, dans le Talmud, cultive la controverse. La question est plus importante que la réponse. Douter devient alors une ouverture, une occasion de penser ensemble, de réfléchir et d’accepter que rien n’est figé. Douter devient alors signe de notre Humanité pensante, douée de raison, dotée d’une conscience agissante. Des chemins de partage et de modestie dans la foi deviennent alors des barrières à tous les intégrismes, tous les fondamentalismes, toutes les intolérances qui défigurent le visage de ce Dieu d’amour et de miséricorde qui sans cesse nous tend la main.

Anne-Joëlle Philippart

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