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Un pas de côté

Érick Marganne
Brooklyn Museum - Zacchaeus in the Sycamore Awaiting the Passage of Jesus - James Tissot

Dimanche 30 octobre 2016 – 31e dimanche du temps – Sg 11, 22 - 12, 2 – Luc 19, 1-10

Zachée ! Que n'a-t-on pas écrit sur cette belle page si connue ! Ce coup-ci c'est à moi de me jeter à l'eau...
Mais avant d'aller à l'évangile, la liturgie nous invite à entendre un petit extrait du livre de la Sagesse. Ce livre, récent, écrit quelques décennies avant le début de notre ère, ne fait pas partie de la Bible hébraïque et n'est pas intégré dans la plupart des Bibles protestantes.
Aujourd'hui ce livre nous parle de douceur ! Tout comme le Psaume. Est-ce audible ? Pouvons-nous être en phase ? Il n'y a qu'à ouvrir journaux, radios ou télévisions pour entendre la violence ! Violence active (attentats, guerres, rejet des arrivants, rejet des SDF...), violence passive (indifférence, égocentrisme, répartition injuste des biens...), violence dont je suis parfois complice, violence dont je suis parfois acteur !
Comment lire ce passage alors que nous sommes en pein débats autour de l'accueil de l'étranger qui secouent nos sociétés ?
Et pourtant, en ces jours bousculés par ces discours et ces gestes de rejet, le livre de la Sagesse vient nous rappeler que ces humains sont tous, nommément, aimés de Dieu. Que chacun est reconnu par Dieu comme son fils, sa fille. Reconnu mais aussi aimé et soigné.
Que ce Dieu me sied ! Ce Dieu caressant, ce Dieu qui prend soin. Les Anglo-saxons utilisent le verbe to care, ce qui veut dire soigner, dans le sens de prendre soin de. Dieu prend soin de ses créatures. Toutes, nous dit le texte, « tous les êtres », tous les vivants.
Bien que l'on puisse longuement disserter sur le lien entre le care et le féminin, je me souviens avoir lu, il y a quelques années, un petit livre de Virginia R. Mollenkott, Dieu au féminin. Images féminines de Dieu dans la Bible. Il parlait si bien de ce Dieu de tendresse.
J'aime cette « goutte de rosée matinale qui descend sur la terre ». J'aime la regarder se mouvoir et la penser venir caresser la plante qui la porte. Eh bien, Dieu a le même regard sur chacun d'entre nous. Ceux qui sont tombés « tu les reprends peu à peu ». Quel bonheur ! Quel éducateur tu fais ! Ȏ Dieu de « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour », tu soutiens « tous ceux qui tombent ».
Merci !
Mais pour autant nous savons bien que ta caresse, ton attention ne seront effectives que si elles passent par nous puisque tel est ton désir. Tu nous as voulus co-créateurs avec toi. Laisser passer en moi ta tendresse pour chacun de mes proches, de mes voisins, de mes collègues, quelle responsabilité ! C'est difficile ! Pardon pour tant de manques.

Et c'est là que le fait divers « Zachée » vient à point.
Ce texte est Mouvement. Jésus, cet éternel marcheur sur les routes de son pays et des alentours, est entré dans Jéricho. Luc met en scène le petit groupe (la foule...) proche de Jérusalem. Ce chapitre 19 se finira dans Jérusalem. Jérusalem : lieu du sommet du témoignage de Jésus par le don définitif de sa vie. Passage vers la Vie.
Mais aussi mouvement de la foule qui accompagne Jésus, qui marche avec lui, et mouvement réprobateur de la foule. Et enfin Zachée qui court devant, qui grimpe à l'arbre, qui en redescend prestement, qui rentre chez lui avec ce marcheur et ses suivants. Que de déplacements ! Jésus met en route ses proches. Il les fait grimper aux arbres, il nous fera même peut-être déplacer les montagnes... Ici il a mis nettement Zachée en route, qui en court même.
Pour nous humains, marcher (sauf à marcher dans le désert), c'est croiser des gens, les rencontrer mais ce peut n'être que les croiser sans les voir.
Par contre les croiser avec le regard de Jésus (« il leva les yeux vers lui »), c'est leur permettre de se mettre debout, leur tendre la main pour qu'ils se remettent debout. Non pas parce que je suis plus fort et/ou meilleur mais simplement parce que bien des fois, un autre m'a remis debout, un collègue de travail, un ami, un parent, que sais-je. Cette chaîne des « remis debout », c'est ça à quoi nous sommes appelés. C'est ça qui à la fin des temps sera la chaîne des parfaits « comme votre Père céleste est parfait » (Mt. 5,48). C'est cela à quoi nous participons dès aujourd'hui, maillon à la suite de tant d'autres.

Et alors, c'est bien « debout » que Zachée fait sa déclaration devant tout le monde. Il se lève et se  décentre. Sa petite déclaration, celle qui émeut Jésus, ne parle que des autres et de ce qu'il va faire pour les autres. Rien n'est dit de l'effectivité future de ses paroles, de ses résolutions (nous savons bien que les résolutions sont parfois non tenues...), c'est simplement devant ce pas de côté que Jésus est admiratif.
Et Jésus repart vers son passage pour la Vie.

Érick Marganne

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