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Pâques, mais après la fin du confinement

Anne SOUPA
Pâques Résurrection
Pâques Résurrection © geralt @ Pixabay - Domaine public

 

Il faut reporter les célébrations de Pâques à une date ultérieure

Drôle de carême, que celui que nous vivons ces semaines-ci. Églises ouvertes mais vides, sans communion eucharistique, avec quelques messes en ligne et certains curés qui prêchent devant leurs tulipes ou montent sur le toit de leur église. Côté propositions liturgiques ça va, on est paré. Reste l’essentiel : que ces propositions soient en accord avec la vie. Est-ce le cas ? Étonnamment oui, car nous avons en ce moment la plus belle occasion de faire un vrai carême. Surprenant, violent carême que le covid 19 impose à notre pays ! Risquer sa vie pour les autres, la perdre par contamination, souffrir de la précarité, et vivre confinés… N’est-ce pas une ascèse plus incisive que celle de chocolat ou d’alcool ? Et surtout, elle redonne sens au carême. Le soin, les restrictions actuelles à la liberté n’existent qu’à cause de l’autre. C’est pour lui que je me rends à l’hôpital, que je limite mes sorties, que je pratique les gestes barrières. Le prochain est omniprésent dans ce carême forcé. Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Aussi, osons penser sans tabous. Le carême 2020, le vrai, ne va pas du 26 février au 12 avril. Il durera jusqu’à la fin du confinement. Nous nous en souviendrons comme d’un temps de proximité avec l’essentiel, car le Seigneur aura mis à l’épreuve notre sang froid, notre patience, notre altruisme. Nous aurons vécu d’un vrai désir, c’est-à-dire d’un désir non satisfait, ce qui est sa définition même. Nous aurons redécouvert la valeur des choses, le soleil sur le balcon, le visage d’un parent livré par un écran, une voix amie. Nous aurons soutenu les soignants, compati avec les familles éprouvées, les malades, les personnes privées de revenus, aidé des personnes en précarité. Et – oh surprise ! – nous aurons refait société.

Jusque à quand durera le confinement ? Au moins jusqu’au 15 avril. Allons-nous cependant fêter Pâques le 12 ? La loi liturgique le justifie-t-elle ? Vous voyez-vous allumer « symboliquement » le brasier de la vigile pascale dans votre salon et chanter « alleluia » devant votre poisson rouge ? À coup sûr, une telle « célébration » est non seulement une contrefaçon, mais une souffrance. Ce serait pire encore de s’en accommoder. En somme, de vouloir souffrir, en nourrissant un inutile sentiment de culpabilité qui se marie fort mal avec la fête de Pâques. Non, sauf circonstance particulière, une telle Pâques ne peut-être que surfaite. Du pipeau. Osons dire notre répulsion. Et invoquer celle des exilés au bord des fleuves de Babylone : « Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé sur une terre étrangère ? »

Laissons donc nos harpes pendre aux peupliers. Et dans un refus iconoclaste et salutaire, hâtons-nous de surseoir à cette résurrection forcée. Non possumus. Alors, remettre ? Oui. Bonne ou mauvaise idée ? Bonne. La datation de Pâques se fonde sur la date présumée de la mort de Jésus, le 14e jour du mois de nisan du calendrier juif. Comme ce calendrier est lunaire, la date est mobile. Par fidélité aux évangiles, l’Église s’y conforme. Mais il reste du flou dans cette fidélité : la résurrection de Jésus a lieu le « le troisième jour », expression qui désigne l’irruption du temps de Dieu. L’annonce est donc plus théologique que factuelle. La plume subtile des évangélistes suggère par là que la résurrection ne saurait se circonscrire dans un moment précis mais qu’elle envahit une vie. Il en est de même de la fête. Sa date n’est pas un dogme. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Certains craindront qu’adopter des dates différentes selon les pays n’entame l’universalité de l’Église. Il en faudrait plus. Mais le sentiment de communion, lui, sera renforcé car mieux incarné. D’autres objecteront que nous ne vivons pas sans rites. Certes, c’est un devoir de chérir nos rites. Voir refleurir les pêchers d’une année sur l’autre, quelle jubilation ! Mais le rite, quand il ne trouve plus son sens à partir d’une réalité de l’existence, n’est plus qu’un formalisme. Pour la même raison, Pâques serait en danger. En décaler la date, en cette année où le confinement est notre carême, loin de tuer le rite, ne ferait que le vivifier.

Alors, qu’est-ce qui nous empêcherait de changer ? Le Christ attendrait-il nos célébrations pour ressusciter ? Non, mais il attend nos vies en offrandes. En cette année à nulle autre pareille, la voix de l’Esprit invite à ne pas fêter Pâques à rebours de ce que l’on est en train de vivre. Repoussons. Le reste n’est que scrupule. Observons ce que décident les autres acteurs de la vie sociale, qui ne sont pas plus bêtes que les chrétiens : les jeux olympiques sont repoussés, les concours des grandes écoles aussi, et nous chrétiens resterions rivés à un calendrier qui court à côté de nous mais sans nous ?

Attendons 8 ou 15 jours après la fin totale du confinement. Et célébrons. La chorale sera un peu hésitante, mais les surplis des célébrants auront eu le temps d’être repassés. Ce sera une Pâques à la spontanéité jaillissante, presque violente, celle de cœurs meurtris par l’épreuve, mais célébrant dans une explosion de joie la vie plus forte que la mort. Devant les vies fauchées par le virus, devant les vies offertes des soignants, il n’y a que Pâques, cette fête du « passage », qui puisse dire à la fois notre reconnaissance et notre espérance sans limites. D’où l’importance de la célébrer, ensemble, au bon, au juste moment.
 

Anne Soupa

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Françoise

Un belle proposition, je ne peux qu’y souscrire n’ayant aucun attachement particulier aux rites, à par celui d’une petite bière entre amis le week-end...
Plus sérieusement il y a quand même un risque, c’est de fêter Pâques... à la Trinité, voire encore plus tard!

M

Trop tard... déjà les décisions sont prises par les évêques... le Triduum Pascal sera célébré aux dates prévues en privé.
Mais peut-être célèbrerons nous comme une libération la Pentecôte !
après tout, en Jean 20,22 ils reçoivent l'Esprit Saint le soir de Pâques... alors pourquoi pas vivre la joie de ressusciter à Pentecôte ?
Espérons le !

Grigri 69

Il me semble que certains arguments donnés par Anne conduisent plutôt à une conclusion inverse : "la résurrection ne saurait se circonscrire dans un moment précis mais elle envahit une vie". Pour moi cela veut dire : raison de plus pour fêter Pâques dans toutes les circonstances que la vie offre et donc aussi bien cette année que les autres années.
De façon plus terre à terre : que veut dire "fin du confinement" et "l'explosion de joie" qui devrait être plus facile alors ??? Ceux qui auront perdu une partie de leur famille (nous peut être) n'exulteront par plus à la fin que maintenant, sauf dans la foi. En plus, on a bien compris que "fin de l'épidémie" en France et ailleurs, ce sera une crise économique sans précédent qui fera aussi des morts, car la pauvreté tue. Et puis cette pandémie nous réveille peut être, mais on ne peut oublier que notre planète vit des drames permanents. Le plus meurtrier, actuellement, est probablement le réchauffement climatique dont certains pays paient déjà le prix fort... Alors si on était logique jusqu'au bout avec le propos d'Anne, il faudrait attendre jusqu'à quand pour fêter Pâques ?"
Je me fous, comme Anne du calendrier liturgique, car l'année liturgique n'est effectivement pas une chronologie stricte ; elle est même fausse au regard de l'Evangile : l'ascension ne se situe pas 40 jours après Pâques, ni la Pentecôte 50 jours après. L'année liturgique nous prend par la main pour nous faire pénétrer dans le mystère de Dieu dans toutes les circonstances que la vie nous impose : cette année nous vivrons Pâques confinés, humblement.

NININ Geneviève

Je suis complètement d'accord avec "Grigri 69" ! Si on attend que tout aille bien pour fêter Pâques, on peut attendre la fin des temps ! Après le covid il y aura toujours les camps de migrants, les guerres, les dérèglement climatique, les prisons bondées, les sans logement, les laissés our compte etc ... Et, partant de
ce principe, fêter Pâques serait toujours aussi incongru !
Beaucoup de croyants, en pleine souffrance, trouveront dans cette fête de Pâques un réconfort et une raison de tenir bon dans l'Espérance : en quoi Anne Soupa peut-elle s'octroyer le droit de leur interdire et de leur infliger une double peine ? L'Esprit dont elle parle ne souffle pas que pour elle, et elle n'est pas à elle seule LA vérité ! Son style est plein d'humour, drôle même, mais ne justifie pas cette supériorité et ces propos méprisants pour qui ne pense pas comme elle ! En revanche,, oui, cent fois oui, pour des liturgies incarnées et moins figées. Je rame pour cela sans cesse ! Et merci aux prêtres qui, malgré tout, et chacun avec ce qu'il est, comme il est, se défoncent pour rejoindre, au-delà des "tulipes", des personnes bien vivantes, qui trouvent là un vrai réconfort, même si ça n'est pas de votre goût, Mme Soupa. Ce n'est pas toujours du mien non plus,d'ailleurs, mais j' y trouve malgré tout une communion et une force, ne vous en déplaise ! Rien à voir avec" scrupule"ou "formalisme": toujours des jugements, figés peut-être, eux aussi !
Cordialement, malgré tout, et dans l'Espérance de Pâques, chacun sur son chemin ! G. Ninin

Catherine HAYE

On fait bien les anniversaires décalés pour les enfants, l'important c'est de fêter et célébrer..
Nous apporterons en partage le long confinement, le repli dans notre fort intérieur, mais les résurrections qui en jailliront. Lors de voyage en Terre Sainte, on y reprend la vie du Christ de la naissance à la résurrection, quelque soit le temps du voyage...
l'Eglise pour beaucoup de raisons a écrit son cycle de commémorations ...
un jour les orthodoxes et les catholiques réuniront leurs dates pour faire Église... il y aura changement.
La lettre de Daniel Duigou explique bien qu'on peut vivre la résurrection autrement...
je vote pour un report de date, et une vraie fête de Résurrection après ce confinement...
Loué sois tu Seigneur

Catherine

Bonjour
si on ne célébrait Pâques que lorsque tout va bien! Pensons à celles et ceux qui ont vécu les 2 guerres mondiales... La joie de Pâques doit éclater même si nous sommes isolés; la "communion" sera peut-être encore plus forte devant ce manque de présence communautaire physique. et puis, cela peut permettre de repenser à l'Eucharistie autrement (mais j'en suis moins sûre)

Marcelle85

Bonjour,
Belle suggestion que celle d'Anne, mais je rejoins aussi les remarques qui disent qu'il n'est pas forcément mieux d'attendre des temps meilleurs, à l'appréciation de qui d'ailleurs.
Par contre je n'apprécie pas du tout cette course à la visio-messe, aux visio-bénédictions, viso-prière etc. Il y a pléthore de propositions qui ne favorisent pas forcément l'unité. C'est à qui aura sa célébration sur Facebook ou Youtube. France 2 et KTO font cela à merveille, est-ce humiliant de les rejoindre en silence ?

Miren PARNIERE

Sympa quand même de voir la messe dans une paroisse que je connais et dont je connais les prêtres
,j'aime découvrir des liens avec des lieux lointains qui celebrent et Paques ensemble par les moyens internet m'ouvrent des horizons differents
Cette semaine sainte je la vivrai confinée seule et je me réjouis de ce qui me repère dans le temps

Soyons heureux il y aura des tas de coups de fil à passer et facebook
Vivement la Pentecôte pour jubiler ensemble

Jean Côté

Proposition extrêmement judicieuse et qui aurait permis à l'Église d'ouvrir encore un peu plus ses fenêtres comme le souhaitait Jean XXIII à l'aube du Concile Vatican II.

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