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Pâques en pandémie

José ARREGI
coronavirus
coronavirus © Syaibatulhamdi @ Pixabay - Domaine public

 

C'est la Pâque de la pandémie, mais toute Pâque ne jaillit-elle pas de quelque pandémie mutée en traversée féconde ?

J'adore le mystère immortel de la Vie chez tous les vivants, et aussi chez toi, amie, ami. La première lune du printemps est encore pleine, la forêt reverdit, les lys refleurissent, le coucou et le merle chantent. Élevez votre regard et observez, ouvrez les oreilles et écoutez. C'est la Pâque de la Vie, si frêle et si forte, si vulnérable et si puissante. Le mystère de l'énergie vitale d'où nous provenons. C'est de la Terre que nous procédons et de plus loin que la terre et le cosmos, de l'origine éternelle de tout. Nous revenons à l'Infini présent.

C'est la Pâque de la pandémie, mais dites-moi : toute Pâque ne jaillit-elle pas de quelque pandémie mutée en traversée féconde, de l'art d'invertir le venin en vaccin, la passion en accouchement, la perte en liberté, l'égoïsme en compassion, le je en nous ? C'est la Pâque du confinement, mais observez : dans le silence de votre maison fermée résonne et se révèle l'univers infini, tout s'ouvre. C'est la Pâque de l'alarme générale, mais croyez-moi : la Paix sous-tend tout et le féconde, en dépit de tout.

C'est la Pâque ou le "Passage" de Jésus, qui est ma manière de dire toutes les pâques : toutes les croix, tous les chants, le souffle profond de tous les êtres, de toutes les femmes et tous les hommes, de toute la terre, de tous les astres, depuis le premier quantum d'énergie jusqu'à l'ultime galaxie. Tout et encore au-delà de tout.

Mais prenez-garde : quand je dis Jésus, je ne fais pas référence à l'homme divin et humain, mais bien à l'homme divin dans l'humain, comme vous et moi dans la mesure, humble mesure, où nous sommes en vérité humains, humbles, frères. Jésus le fut, sans être forcément parfait.

Dans sa courte, intense vie, il connut de nombreuses pandémies : la misère des paysans asphyxiés par les dettes, dépossédés de leurs terres par de riches gros-propriétaires, l'oppression romaine, les impôts abusifs d'Hérode et du temple, la faim et les maladies et le désespoir violent du peuple nécessiteux. Et Jésus fit que de ces pandémies jaillisse la vie, comme jaillissent les bourgeons des souches endormies. Ils deviendront des sarments chargés de grappes et, une fois qu'ils auront donné leur fruit, ils se laisseront tailler. Il passa sa vie à faire le bien, à dénoncer le mal, soignant les blessures, mangeant avec des gens impurs, mettant sa vie en péril devant le Prétoire et le Temple, donnant sa vie jusqu'à pousser son dernier souffle, faisant un avec le Souffle premier, immortel de la Vie.

Il fut crucifié en raison de sa vie, et dans sa vie et dans la Croix il ressuscita. La première affirmation est un fait historique, la deuxième est ma confession chrétienne nue, sans tombeaux vides ni apparitions "miraculeuses". Il ressuscita dans sa liberté prophétique, dans sa parole provocatrice, dans son espérance subversive, dans sa praxis guérissante, dans sa commensalité transgressive, dans sa bonté heureuse, dans sa béatitude solidaire avec tous les crucifiés. Et ainsi le Frère Blessé devint, en langage chrétien, prémices ou précurseur, icône et sacrement, prophétie et révélation de la Pâque universelle. Dites-le, vous, dans votre propre langage. Dites-le.

Et laissez-moi insister : la résurrection que je confesse n'est pas une prérogative unique et exclusive de Jésus, mais ma manière d'exprimer – au-delà de la science et de toute philosophie et religion – entre doutes et questionnements, comme Saint Thomas ou Jésus lui-même, ma confiance ultime dans cette pauvre humanité contradictoire, dans la vie qui était et qui sera, dans la Terre qui nous engendra, dans le Cosmos infini, dans le Fond de l'Être, dans le Souffle qui anime tout éternellement : que tout se transforme en tout, comme le grain de blé qui meurt, que la flamme de la vie est inextinguible, que seul l'amour la maintient allumée, que seule la bonté est invincible, que seul dans la communion universelle de tous les vivants nous trouverons la félicité, que nous

pouvons essayer chaque jour et que cela en vaut la peine, même si en apparence nous échouons, car celui qui donne la vie se fait un avec la Vie, et chaque jour est le premier jour de la création dans laquelle tout est bon.

Chaque jour est le premier jour de la Pâque, où Jésus s'unit aux innombrables martyrs et témoins de la vie, au milieu d'un panorama tellement désolant, depuis le fond lumineux de ses plaies, il se fait proche de vous et vous dit : "N'ayez pas peur. Soyez qui vous fûtes, soyez comme vous êtes, croyez ou cessez de croire, recevez la Paix qui vous reconstitue, qui reconstitue tout. La Paix qui fait que les créatures s'épanchent et coulent dans l'amour et deviennent chacune soutien pour l'autre : compassion, proximité, compagnie. Entrez plus profond et étendez votre présence. Plus profond, jusqu'à embrasser le secret de la Vie dans son centre universel."


José Arregi (Traduit de l'espagnol par Peio Ospital)

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