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On mangera autant qu’on en voudra et il en restera !

Paule ZELLITCH
Wikimedia Commons

Dimanche 12 juillet 2015 – 15e dimanche du temps – Jean 6, 1-15

Je lisais cet évangile à des enfants. Un petit, probablement affamé, s’est tout à coup exclamé, tout joyeux et l’œil vif : « trop bon ce sandwich ! » Eh oui, nous sommes bien dans un récit de nourriture comme la Bible en regorge. La première lecture et l’évangile du jour comportent certes des liens manifestes, mais, pour ma part, se sont plutôt mes souvenirs de lecture d’Exode 16, 1-36 qui ont resurgi.

L’évangile mentionne une foule qui suit Jésus, à cause des signes qu’il pose. La marche aidant, cette foule de marcheurs a faim. Tout cela est très naturel. Parmi elle, un jeune garçon ; il a cinq pains d’orge et deux poissons, peu de provisions pour autant de monde. L’ordre habituel des choses est déjà inversé. Le garçon a des provisions qui dépassent largement ce qu’il devrait avoir pour la route. Plus fort encore, n’est-ce pas plutôt à nous, adultes, qu’il revient de prévoir les provisions pour la route ? L’auteur ajoute alors ce détail : « Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. » Ainsi la scène se déroule dans un lieu d’abondance, propice à la vie des hommes et les hommes y ont faim.

Jésus fait assoir la foule. Nous pouvons entrer dans le vif du récit. Jésus prend les pains, prononce des paroles de bénédiction et commence la distribution de pain et de poisson. L’assemblée, constituée d’abord autour des signes de Jésus, va être maintenant réunie autour d’un repas. Cette distribution va induire une fraternité symbolique et immédiate, signifiée par ce partage et fondée sur une espérance. S’il s’agissait d’une fraternité selon les catégories de la famille, comme nous l’entendons trop souvent, nous serions devant une masse indifférenciée, prise dans les rets de modalités incestueuses, réelles ou fantasmées. Et c’est souvent contre cela même que Jésus s’élève.

Cette fraternité symbolique contient une égalité : chacun est nourri et à satiété. Ainsi cette égalité n’est pas mécanique. Car nous l’avons tous remarqué : chaque convive mange à sa faim et selon son désir ; nul désir n’épuise cette nourriture et personne n’a prise sur elle. Cette nourriture partagée devient la manifestation concrète d’une communauté de destin en acte où l’égalité est ordonnée à une toute autre justice. Une expérience éphémère et intense qui annonce un état constant à venir.

D’ailleurs, le récit ne s’arrête pas là. Les disciples, sous la houlette de Jésus, rassemblent les surplus « pour que rien ne se perde ». Or, l’auteur connait fort bien les rituels de certains repas propres au judaïsme. Les convives sont sélectionnés et placés à table selon des critères de pureté et de conformité à la Loi. Ces repas rassemblent des hommes de « bonne vie », capables de commenter la Torah et qui vont parler ensemble des choses saintes. Alors, à la fin de tels repas, même les miettes sont scrupuleusement ramassées...

Donc rien de ce repas ne doit se perdre et les « restes » emplissent douze paniers. Par un brusque revirement, la nourriture, jusque là inépuisable, serait-elle désormais quantifiée ? Nullement ! Il suffit de se souvenir que douze est le nombre des tribus d’Israël et qu’elles sont appelées à grandir jusqu’aux confins de la terre ! Jésus s’adresse non seulement aux juifs qui constituent cette foule, mais aussi aux tribus d’Israël et, à travers elles, à tous ceux et celles qui voudront bien entendre le cœur de la Promesse dans la suite des générations. Le chiffre douze n’est-il pas le chiffre de la plénitude, de la perfection ? Ainsi tout dans ce récit déborde et cette nourriture est pour un peuple qui ne cesse de se constituer et de croître. Ce même chiffre douze reviendra lors de la Cène. Ces douze hommes, représentants d’un peuple tout entier, appelés à garder au cœur l’Alliance éternelle avec Yahvé et l’Esprit du Fils, pour aller aux nations, vont recevoir l’ultime nourriture de la main du frère qui va mourir. Une nourriture dans laquelle il est tout entier pour que chacun soit tout entier entre attente et plénitude. Jésus est là, devant nous, pour tous, main largement ouverte…

Paule Zellitch

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