Vous êtes ici

Nuit de Pâques - Ils parlent pour eux !

Christiane de TALHOUËT
Cierge_pascal_allume_au_feu
Stucki @ Creative Commons (CC SA 1.0)


Nuit de Pâques

« Ils parlent pour eux ! »

La pleine lune se levait dans le ciel de cette campagne couverte de champs de colza jaune vif aux bordures de chemins mauves et bleues.

Nous sommes entrés dans l’église de Guer ; elle regroupe plusieurs villages et clochers des environs. Notre propre famille était nombreuse, joyeuse, soucieuse d’être à l’heure ; plusieurs avaient roulé de longues heures dans les embouteillages pour venir de Paris.

Un grand feu devant l’église rassemble les fidèles. Plusieurs prêtres dans leurs chasubles dorées mènent le jeu.

On nous distribue des petits cierges… et nous entrons avec ces lucioles dans l’église obscure.

Nous avons aimé les grandes lectures des épopées bibliques, récit de la Création, de la sortie d’Égypte… Nous chantions à pleine voix entre ces lectures.

Étonnant, le fond de l’église était à moitié vide. Le peuple chrétien des environs ne s’était pas senti si concerné…

Puis peu à peu, nous avons ressenti cet abandon qui rend l’assemblée passive, avec comme seul jouet en main, pour l’occuper, ces petits cierges éteints, puis rallumés, puis tortillés entre les doigts des adolescents…

Tout se passait en haut des marches de ce large espace qui entoure l’autel : allers et venues, mains jointes, encens entre clercschants en latin de ces prêtres enfermés dans leurs rites… Évangile psalmodié, avant une homélie peu convaincante, qui ne laisse pas de place au doute et à la stupéfaction devant la pierre roulée et le tombeau vide !

Par le « Ressuscité », alors que la mort semblait triompher, c’est la vie qui se réveille. Or justement l’assemblée s’assoupissait et attendait la fin du spectacle ! Oui, passive et captive car tout cela durait, durait !

La procession de communion lui a permis de se déplier, puis de filer.

N’est-il pas écrit pourtant que nous sommes tous un « peuple de prêtres » ? La litanie de nos saints aurait pu être notre déclamation.

 

Sur la route du retour, nous avons contemplé la pleine lune et son message planétaire.

J’ai eu un peu pitié de ces prêtres, réunis dans la nuit après l’office, sans leurs belles chasubles, entre hommes, démunis et un peu seuls…

Ont-ils fait une « relecture » de leur cérémonie, se sont-ils remis en question ?

Ou bien ont-ils comme d’habitude accusé la société de consommation !

 

Je me suis souvenue alors d’une phrase d’une paysanne du coin, croyante, mais qui n’allait plus à la messe. Elle disait : « Ils parlent pour eux. »


Christiane de Talhouët

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Alain Huc de Vaubert

Quelle tristesse désabusée dans ce constat ! Nous sommes bien loin de la joie de la résurrection. Chez moi, en zone rurale fortement déchristianisée, le prêtre unique officie sur un secteur de 33 communes et 45 clochers. La nuit de Pâques était célébrée à l'ancienne cathédrale de Condom, qui était pleine, les lectures de ces beaux textes étaient écoutées attentivement et l'homélie, proche des gens suscitait de nombreux sourires complices. Un baptême d'adulte ponctuait la célébration. Les regards étaient bienveillants et à la sortie, les gens avaient plaisir à parler ensemble avant de se retrouver à la maison paroissiale pour un souper festif autour de la nouvelle baptisée et sa famille.

Visiteur

@Alain
Oui Alain on comprend que la situation que décrit Christiane vous rende triste, mais elle n'a rien de désabusée. Au contraire elle ne fait que décrire une situation de plus en plus répandue et nous sommes certainement nombreux à nous reconnaître dans ce qu'elle décrit. La situation est  similaire dans certains pays de montagne, des Alpes du Sud, par exemple (un prêtre desservant plusieurs clochers répartis dans un vaste territoire, traversé par de profondes vallées), on trouve depuis peu des prêtres reconnaissables à leur col romain et leur soutane les dimanches et jour de marché, un peu "narcissiques" et qui " parlent plus souvent pour eux"  que pour leur maigre public ( sauf pour les deux ou trois fêtes carillonnées qui rythment les temps liturgiques),  vêtus de chasubles bien empesées, cousues de fil d'or, baignant dans un nuage d'encens, les yeux tournés vers le ciel avec des gestes millimétrés, sous prétexte de rétablir des rites dits ancestraux et l'infini respect du à ce Dieu qu'ils invitent les fidèles à honorer à leur commandement, parlant peut-être aux plus anciens (et encore) mais ne sont considérés que comme des éléments de folklore par la jeune classe. A quoi cela ryme-t-il ? Quelle relation entre Dieu et les hommes prétendent-ils imposer ? Quelle vision de l'humanité proposent-ils ? Autant de questions que nous nous posons. Cette situation nous la vivons semaine après semaine et ceci sans être désabusés, simplement tristes, infiniment tristes.
 

dominique bargi...

il est surtout triste de lire ces commentaires classant ben entendu ces horribles prêtres portant la soutane comme définitivement irrécupérables ,imbus de leur personne et n'ayant que mépris pour leurs ouailles bien évidemment.
Je ne suis pas spécialement partisan du port de la soutane mais je ne juge pas les gens sur leurs habits.

Visiteur

Oui mais les habits peuvent en dire beaucoup à ceux qui ne les portent pas sur ce que pensent d'eux ceux qui les portent ! En l'occurrence si l'habit ne fait pas le moine, certains pensent quand même qu'il est indispensable que le moine doit porter un habit pour être "identifié" comme tel dans la sphère publique.  

dominique bargi...

Et ils ont bien raison, ou en tout cas êtes-vous dans leur peau pour savoir leur motivation laquelle apparemment selon vous n'est fondée que sur l'orgueil;d'ailleurs dois-je vous rappeler que l'Abbé Pierre a toujours porté la soutane, de même que le Père Wrezinsky et que Mère Térésa a toujours porté son habit de religieuse
Apparemment d'afficher publiquement leur foi n'a guère entaché leur image

Ajouter un commentaire