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Le nouveau mariage est arrivé

Jean-Marc SALVANES
Organiser son mariage, copie d'écran recherche Google
Organiser son mariage, copie d'écran recherche Google

De plus en plus nombreux, les jeunes refusent de passer devant M. le curé. Ils préfèrent des célébrations laïques qui leur permettent de mieux exprimer ce qu'ils vivent.
 
Ils ont plus de 30 ans, vivent ensemble depuis 5 ans après avoir l’un et l’autre eu d’autres histoires qui se sont finalement éteintes. Ils ont un enfant d’un an et espèrent en attendre un second prochainement. Ils viennent de décider de s’engager plus durablement l’un envers l’autre. Ils hésitent encore entre le pacs et le mariage civil car ils veulent donner une dimension juridique et institutionnelle à leur union. Pour le reste, ils veulent « faire quelque chose », réunir leurs amis et leurs familles pour donner des couleurs à leur engagement et faire la fête.

Ils ont été élevés dans des familles catholiques, ont été catéchisés, ont fait leur profession de foi mais ne sont plus pratiquants depuis longtemps. De loin en loin, des baptêmes, des mariages d’amis, des bénédictions, des enterrements auxquels ils assistent plus qu’ils ne participent. Ni durant leurs études, ni à l’occasion de lectures ou de manifestations particulières ils n’ont renoué avec l’intelligence des textes ou approfondi leurs connaissances théologiques. La foi de leur enfance, rarement sollicitée, a disparu de leur écran radar. Pourtant, conseillés par leurs parents, une tante, une grand-mère ils ont cherché à savoir si l’Église avait quelque chose à leur proposer. L’Église catholique pouvait-elle être le lieu et la manière de la cérémonie dont ils rêvaient ? Rendez-vous fut pris.

Cela a mal commencé. On leur a fait comprendre que baptisés l’un et l’autre, ils vivaient dans le pêché, gravement, que le sacrement de mariage ne s’obtenait pas automatiquement, qu’il fallait s’y préparer sérieusement mais qu’ils seraient accompagnés sur cette route. Ils apprirent aussi qu’ils devraient s’engager à élever leurs enfants dans la foi de l’Église. Ils entendirent que la cérémonie même du mariage était strictement codifiée et qu’elle ne pouvait se tenir hors de la présence d’un prêtre, bien que ce soit les époux qui se donnent ce sacrement. Et justement, ce prêtre qui leur avait expliqué tout cela avec un mélange de pédagogie, d’empathie et de reproches était-il le pasteur qu’ils espéraient ? Tout cela pour s’engager publiquement à continuer à vivre ensemble ?

Mais pas d’autres solutions chez les catholiques. Alors, que faire ? Ne croyez pas que les 185 000 mariages civils qui n’ont pas été suivis d’un mariage devant M. le curé en 2017 en France n’ont été suivis d’aucune cérémonie. Les mariés se sont organisés autrement. On trouve sur Internet une foultitude de cabinets qui vous aident à préparer votre mariage, à réfléchir à la cérémonie dont vous avez vraiment envie et qui élaborent avec vous le scenario de votre union laïque. Ils en choisirent un.
 
Leur mariage civil a eu lieu sans tambour ni trompette. Leur mariage laïque a été célébré un dimanche d’été, en fin d’après-midi, en plein air. Ils avaient désigné 2 personnes parmi leurs familiers pour animer la cérémonie. On commença par les lectures. Ils avaient demandé à quelques parents et amis de lire des textes de leur choix : saint Paul, Léonard Cohen, Patti Smith, Grand Corps Malade. Les textes furent lus avec émotion, dans un silence amical. Puis on entra dans la symbolique de la cérémonie. Des objets emblématiques avaient été placés sur un autel pour signifier l’union et pour les accompagner sur leur route : un pot de miel pour la douceur, une grappe de raisin pour la fête, un œuf pour la fécondité, du pain pour la prospérité. On commenta la symbolique de ces objets, puis on saupoudra du sucre sur les mariés pour dire la douceur de la vie à venir. Ils se levèrent alors pour se dire à haute voix leur désir de s’aimer, de vivre ensemble, d’élever une famille, de partager avec les autres. Ils se passèrent un anneau au doigt et se dirent oui. Dans l’assistance des amis prirent la parole tour à tour, qui pour adresser un conseil, qui pour prévenir d’un risque, qui pour encourager. Pas de chants : des cris et des applaudissements. Et puis, la fête.
 
Ils ne savaient pas que leur cérémonie avait réuni trois des éléments essentiels du mariage chrétien : la liberté, la fidélité et la fécondité. Le quatrième, l’indissolubilité, n’avait pas été évoquée. Par pudeur, par humilité et probablement aussi par ce qu’ils observaient autour d’eux. Le texte de saint Paul les reliait certes à la tradition de l’Église mais la trinité n’avait pas été convoquée. C’était un mariage moderne qui, exprimant le meilleur d’eux-mêmes, rejoignait chaque participant dans sa vérité. Nul besoin de médiations théologiques et culturelles : la lecture de l’événement était en prise directe.

Ils ne savaient pas non plus qu’un jésuite, François Roustang, directeur de la revue Christus, avait écrit en 1966 dans un article devenu célèbre et qui lui coûta son poste : « Si l’on n’y prend garde et si l’on refuse à voir l’évidence, le détachement à l’égard de l’Église, qui est largement commencé, ira en s’accentuant. Il ne revêtira pas alors, comme dans le passé, la forme d’une opposition ou celle d’un abandon, mais celle d’un désintérêt tranquille. »
Nous y sommes.
 
Jean-Marc Salvanès
 

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