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Nous ne dirons jamais « consubstantiel au père » !

Alain & Aline WEIDERT
Substance

 

Pouvons-nous accepter comme telle la nouvelle version française du Credo de Nicée adoptée début novembre ?

Pour Aline et Alain Weidert, c'est impossible et ils nous en donnent les raisons dans cette nouvelle Lettre du Narthex de novembre 2019.
 

L’information vient de tomber, la nouvelle traduction du missel romain a été entérinée par le cardinal Sarah : nous ne confesserons plus « de même nature que le Père » mais « consubstantiel au Père » (1). En ce qui nous concerne, nous Aline et Alain, nous ne dirons jamais « consubstantiel au Père », car nous ne croyons pas que le Fils, et nous avec lui, sommes consubstantiels au Père. Nous ne pouvons nous satisfaire d’une telle pétrification de la vie divine. La relation Dieu / Hommes dans le Christ est d’un tout autre ordre. Rien de plus mortel et sans espérance qu’une simple substance (à ne pas confondre avec la matière).

Et voilà que cette information nous arrive après un mois missionnaire que le pape a voulu exceptionnel pour l’évangélisation ! Une fois de plus nous perdons l’occasion de nous taire ou plutôt d’avoir une parole sensée. Réparer l’Église, aller aux périphéries devrait commencer par ne plus pétrifier notre dieu dans des formules devenues absconses. Décidemment nous faisons tout pour que notre parole ne parle plus, comme si nous éprouvions un malin plaisir à continuer de nous adresser uniquement aux hommes du quatrième siècle, en tournant ostensiblement le dos à nos contemporains. Projet qui par ailleurs n’est pas sans interroger sur son coût financier (2).

Si nous tenons vraiment à une formulation du Credo plus conforme au latin, gardons la formule actuelle, « de même nature », en la complétant par ce qui manquerait, selon certains : l’expression du caractère « un » de la seule et « unique » nature du père et du fils. Nous pourrions alors dire : « d’une même et unique nature avec le Père ». « Stop ! », réagissent certains baptisés, « on ne va pas passer notre temps à cela, on a mieux à faire et à dire. » D’autres pensent qu’une telle réflexion est trop technique, trop intello, qu’elle dépasse leurs compétences.

Le problème étant néanmoins que pour les non-croyants de tels propos sur un père et un fils divin « de même nature » voire « consubstantiels » sont complétement en dehors de leur entendement humain et de leurs préoccupations spirituelles. Un tel dieu ne les concerne pas, ne les motive pas. N’est-ce pas pour cela aussi que les Églises se sont vidées ?

En tout cas, quel non-sens que de vouloir replonger les baptisés dans le monde de la philosophie grecque sans avoir le désir d’exprimer le cœur de la foi avec, par exemple, la notion de relation qui est aujourd’hui si importante, nécessaire et porteuse d’identité pour l’homme. Tout cela uniquement pour obéir aux desiderata de quelques têtes coiffées de barette au Vatican et se conformer au formatage de leur latin d’Église. Sauf que l’original du Credo de Nicée-Constantinople n’est pas en latin mais en grec et que le sens latin du mot consubstantialem n’est déjà plus, au sens strict, celui du mot grec. Un entêtement littéraliste qui, pour être fidèle à la lettre d’une époque, ne l’est certainement pas à l’Esprit qui nous devance dans notre aventure humaine.

Voilà une occasion ratée d’affiner la proposition de la foi chrétienne, notre compréhension de Dieu et de son rapport à l’Homme. À une époque où la foi ne fait plus recette et où les églises se vident inexorablement ; il y avait là de quoi reprendre la question à nouveaux frais. Mais voilà, Rome a voulu ! Démission d’une intelligence de la foi et de notre charge baptismale !

Ce n’est pas parce qu’il n’est pas facile de parler de Dieu ou parce que celui-ci sera toujours au-delà de ce que nous pouvons imaginer, et de ce que nos mots peuvent en dire, que nous devons envelopper notre parole d’un nuage de sacré impénétrable qui donne des airs de respectabilité. Nous dénonçons cette formulation comme anti-productive pour la proposition de la foi, comme contradictoire avec une pastorale de l’engendrement. Pourquoi choisir un tel vocable répulsif, rébarbatif pour confesser le cœur de la foi, à savoir les relations Dieu / Hommes dans le Christ ? « Oyez, oyez braves gens, le Dieu que nous avons à vous annoncer est un Dieu statique, imperturbable, tout en substance, sans devenir. Oyez, oyez, la vie de foi que nous avons à vous proposer est pieds et poings liés avec les registres de la philosophie d’Aristote. »

Comment pourrait-il y avoir échanges dans la relation du Père et du Fils si celle-ci était figée dans une substance, prisonnière d’une stabilité se suffisant à elle-même ? Dieu ne serait alors pas libre lui-même, prisonnier d’une satisfaction divine éternelle et immuable : la consubstantialité Père/Fils. Mais alors quid de ce que l’on nous répète par ailleurs : Dieu advient avec l’Homme dans le Christ, l’amour est toujours en advenir, en croissance et ne peut jamais s’enclore au risque de se perdre.

Pour nous, si l’Homme est l’advenir de Dieu, c’est dans un advenir mutuel. Dieu ne peut être assigné à résidence dans la substance comme un oiseau en cage, pas plus que l’amour. L’amour quand il est relation et édification mutuelle ne peut être cadenassé dans une substance. La substance et Dieu, dont on dit qu’il est esprit, voilà qui est antithétique.

La substance ne dit rien de l’amour relationnel, dialogique, christique sauf à faire des acrobaties intellectuelles et des exercices de haute voltige théologique… ou à se taire et à répéter comme des perroquets ! On ne peut réparer l’Église en rajoutant une couche de normes latines, en retombant dans un cléricalisme intellectuel satisfait de formules savantes qui font du Christ un extraterrestre. On ne répare pas l’Église en capitulant devant ses pairs romains, devant ses propres responsabilités de croyants, voire devant ses responsabilités épiscopales de docteur d’une foi vive, alors que la création attend, pour aujourd’hui et non pour hier, la révélation des fils de Dieu (cf. Rm 8, 19).


Alain & Aline Weidert, Chalvron-Vézelay – 7 novembre 2019

 

  1. https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Rome-valide-nouvelle-traduction-missel-romain-2019-11-05-1201058617
  2. Quand on consulte sur le site de l’AELF (l’Association Épiscopale Liturgique pour les pays francophones) le document concerné, on constate qu’il accouche d’une souris, de petits détails. On peut alors se demander si le jeu en vaut la chandelle et quel en sera le coût d’impression et de diffusion à une époque où les paroisses et les diocèses courent après le moindre centime et que, par ailleurs, des sommes importantes vont devoir être trouvées pour les indemnisations des abus sexuels ! Et pendant ce temps, à Lourdes, les évêques réfléchissent aux enjeux de « la transformation écologique », et de la gestion des ressources !

 

Pour approfondir cette réflexion et réfléchir à une formulation de remplacement du « de même nature » nous renvoyons à deux de nos « Lettres du Narthex » déjà publiées sur le site de la CCBF :

« Consubstantiel au Père » ? Non !https://baptises.fr/content/consubstantiel-au-pere

Réparons l’Église ! Sans reformulation du Credo ?https://baptises.fr/content/reparons-leglise-sans-reformulation-du-credo

Par ailleurs, au cours de l’année 2019, un groupe de réflexion-formation de vingt personnes de la paroisse de Vézelay s’est retrouvé pendant cinq séances sur ce sujet. Nous avons produit des fiches pour étayer et baliser ce travail. Tous les baptisés, là aussi, doivent et peuvent s’y atteler pour « redresser » l’Église et sa parole.

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Michel de Guibert

Je suis surpris par le ton inutilement polémique de ce billet alors même que cette nouvelle traduction, loin d'être une nouvelle occasion de discorde comme feignent de le croire les auteurs de ce pamphlet, pouvait au contraire favoriser l'unité et la communion entre frères chrétiens, notamment avec nos frères orthodoxes, qui butaient sur la traduction "de même nature" pour traduire le grec ὁμοούσιος (homoousios) du Symbole de Nicée-Constantinople.

claudine

Comment vouloir être incompréhensible sinon pour avoir du pouvoir car lui sait bien sûr comment est Dieu !
D'ailleurs Nicée est déjà d'un autre âge !

Mais les hommes et les femmes d'aujourd'hui ont des choses plus importantes à faire : aider le prochain , préserver la planète , guérir , accueillir, se poser des questions sur les causes des abus dans l'Eglise .......

Sortez de votre bulle Mgr Sarah sinon vous enterrerez l'Eglise!

Michel 89

Ils n'ont que cela à faire!!!! . Que l'on me donne d'autres exemples où le mot "consubstantiel" s'applique dans le language courant . Combien cela va coûter ?
Et le St Esprit il n'est pas consubtantiel, que devient la Trinité ?

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