Vous êtes ici

Notre-Dame !

Jean CASANAVE
Paru-sur-la-Toile/dans la presse: 
Notre Dame!
Cathédrale Notre-Dame de Paris
Skouame @ Creative Commons (CC SA 3.0)


De tout le vocabulaire disponible pour dire la stupéfaction, il ne restait plus une parole à la disposition de celui ou celle qui voulait exprimer un sentiment personnel. Tout avait été dit. Ne restait que le silence. Un Français, croyant, catholique de surcroît, ne pouvait contempler le spectacle de la cathédrale en feu que les larmes aux yeux. Huit cents ans de génie, de travail, de beauté ; des siècles d’histoire de la France, de malheurs et de sursauts, d’abandons et de relèvements ; des millions de vœux, de souhaits silencieux, de souvenirs personnels posés sur ces pierres, cachés dans le creux des volutes de ce réceptacle géant étaient partis en fumée. Après le temps de la consternation, un croyant nourri de la Bible, qui sait que tout est Parole, se demande : « Quel signe nous est donné ? » Il se souvient, en effet, que les amis de Dieu des deux alliances se posaient souvent cette même question à l’instar du fameux Gédéon : « Donne-moi un signe que c’est toi qui me parles. » (Jg 6,17) Jésus lui-même, interrogé par ses compatriotes, répondait par le « signe de Jonas ».

La toiture de la cathédrale composée de plaques de plomb a fondu. « La forêt » de chênes millénaires qui constituaient sa charpente est calcinée. Seule la structure de pierre, au dire des spécialistes, a résisté mais elle est certainement fragilisée. Des richesses de décoration et d’ornementation sont endommagées durablement. La restauration ne pourra jamais nous restituer l’édifice en son état. Symbole éloquent, l’autel et la croix sont demeurés intacts.

Les prêtres responsables de cette paroisse-mère ont bien fait remarquer que l’Église ne se réduisait pas à des monuments de pierre pour aussi beaux et emblématiques qu’ils soient mais qu’elle était faite de « pierres vivantes », comme le soulignait déjà saint Pierre dans l’une de ses lettres. Le Christ lui-même n’avait-il pas laissé entendre que la splendeur du temple de Jérusalem pouvait bien être détruite par les armées impériales, Il était, lui, le nouveau temple qui abritait la présence de Dieu ?

Il n’empêche qu’affronté à la tempête qui s’abat sur la barque de Pierre, le matelot est en droit de se poser des questions. L’Église peuple de croyants n’est-elle pas en train de vivre de l’intérieur le drame qui a meurtri le vaisseau de pierre de Paris ? La couverture solide que le mariage du bois et du plomb des théologies avait rendu imperméable aux intempéries et aux secousses de l’histoire n’est-elle pas en train de fondre ? La structure elle-même de la tradition vivante deux fois millénaire n’est-elle pas fissurée ? L’enchevêtrement des institutions et des congrégations n’alimente-t-il pas le brasier ? La solidité des piliers et des arcs-boutants qui s’appuyaient sur un monde rassurant n’est-elle pas ébranlée par un univers nouveau qui fascine autant qu’il effraie ? L’incendie de Notre-Dame marque douloureusement la fin d’une époque et ouvre le début d’une autre.

En effet, il est question de reconstruction. Des fonds sont déjà collectés pour ce faire. Des appels se font jour pour alerter tout ce que la France et le monde peuvent abriter de spécialistes talentueux en rénovation des chefs- d’œuvre anciens. Ce gigantesque chantier nous redonnera-t-il une Notre-Dame à l’identique ? À la vue des anciennes restaurations, il faut croire que non. On utilisera des matériaux plus résistants et plus légers et tout un savoir-faire nouveau pour édifier sur les mêmes fondements (l’autel du pain partagé et la croix de l’amour livré), une architecture nouvelle animée par le même Esprit.

L’Église des hommes renaîtra ; elle aussi, elle passera son triangle des Bermudes. Son esquif sera allégé, sa structure modifiée, ses fondements eux-mêmes revisités.

Et pour inaugurer cette rénovation espérée, je vois Barbara Hendricks à la demande de l’archevêque de Paris et devant tout le peuple de la capitale chanter un splendide Ave Maria sur le parvis ouvert au chantier. Mais parvenue au « pecatoribus », elle s’agenouillera…

Notre Dame, ayez pitié, soyez encore la mère d’une Église de nouveaux enfants de Dieu !
 

Jean Casanave
jeancasanave.blogspot.com

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Marie-Françoise

J'adhère complètement à votre texte, Jean Casanave.
Depuis ma campagne profonde, j'ai suivi avec stupeur sur internet l'embrasement de cet édifice, si bien connu de mes années d'étudiante à Paris, où je longeais la Seine entre Jussieu et la Sorbonne…
Et, tout en zappant les lives de l'événement, j'ai éprouvé le besoin de réécouter ce chant d'Anne Sylvestre, "Les cathédrales", écrit, d'après elle, pour se désenvoûter de Notre-Dame de Paris qui la fascinait tant lorsqu'elle était étudiante à la Sorbonne dans les années 50…
Ce chant est audible à la page Web suivante :
https://www.ina.fr/video/I07094210
Il dit tout !…

Ajouter un commentaire