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Notre cathédrale en flammes…

Marguerite CHAMPEAUX-ROUSSELOT
Notre cathédrale en flammes
GodefroyParis © Creative Commons (CC SA 4.0)


Perte terrible que celle subie par notre église cathédrale, Notre-Dame de Paris ! C’est quand elle vient à manquer que la richesse de ce qui était si habituel, presque sous-entendu, se révèle.

Le bâtiment appartient à tous en France, mais sa destruction partielle montre bien qu’il n’était pas qu’une beauté matérielle française historique du passé à admirer. Comme toute tradition vivante qui se construit sans cesse, il serait bon que, à travers sa reconstruction partielle, Notre-Dame signifie aussi la vie chrétienne d’aujourd’hui en France et puisse la nourrir. Là comme ailleurs, une crise peut être une chance à saisir. Les chrétiens sont évidemment très concernés.

Pour reconstruire, nous aurons la chance d’être en dette vis à vis des contributions de croyants et non-croyants du monde entier qui nous ont fait confiance ! Quel dynamisme cela nous donne… Leur générosité est un signe, un encouragement : ils espèrent dans les réformes que l’Église institution mène pour être plus fidèle à celui qui en est la fondation.

Nous avons déjà les fonds donnés même par des étrangers et des Français, des petits et des grands, des exclus et des baptisés… Il me semble que cela nous indique de façon inattendue, inespérée, une voie de réflexion sur ce qui portera le projet de reconstruction. En réponse à leur signal donné implicitement, à leur attente, à leur appel, nous pouvons souhaiter reconstruire, mais avec nos valeurs chrétiennes d’aujourd’hui, en les accordant à l’Évangile.

Par exemple…

Je rêve d’une nouvelle flèche très épurée, en verre et métal ajouré. Elle pourrait faire ou non, un puits de lumière dans la cathédrale : il ne faut pas « tuer » les vitraux. Nombre des statues sauvées et autres éléments à sauvegarder seront sans doute, de toute façon, dans un musée, et cet incendie va susciter une réflexion sur tous les monuments (au sens large) à préserver.

Le toit serait, sur toute sa surface, couvert de panneaux solaires (il en est qui sont très sobres et pourraient accompagner la flèche dans un mariage de noir et de verre). L’énergie ainsi produite (don du soleil à la terre) permettrait de pourvoir aux besoins de la cathédrale, mais aussi, en cas d’excédents et de façon directe ou indirecte, de répondre aux besoins de personnes démunies, cœur battant, elles aussi, de Paris.

La flèche construite par Viollet-le-Duc donnait à la cathédrale son élancement inimitable, connu dans le monde entier. Elle était surmontée d’une croix, et de la girouette traditionnelle constituée d’un coq contenant, ce que peu de gens savaient, une sainte Épine et les reliques des saints patrons de Paris, Geneviève et Denis. Qu’on remette ou non ces deux éléments ou des éléments semblables, riches de significations, on pourrait y ajouter un troisième : je ne sais à quel genre de symbole penseraient les Viollet-le-Duc d’aujourd’hui pour porter tout en haut un Évangile plein d’humanité, mais moi je suggèrerais une colombe.

Et si cela faisait l’objet d’une grande consultation ? Un grand débat pour Notre-Dame, afin que ceux qui souhaitent contribuer à sa renaissance, du monde entier, puissent le faire aussi en idées vives.
 

Marguerite Champeaux-Rousselot – 16 et 19 avril 2019
https://recherches-entrecroisees.net/2019/04/16/notre-cathedrale-en-flammes/

J’ai publié cet article le mardi 16 au matin, mais le 16 après-midi on a retrouvé le coq, intact ou presque ! et les fonds ont commencé, dit-on, à arriver en masse …

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Commentaires
Philippe LECOQ

Paris ne manque pas de belles églises de style contemporain, il est inutile de défigurer Notre-Dame avec des élucubrations. Pensez au "petit peuple" du monde entier, dont je me sens très proche ici, qui veut retrouver la cathédrale qu'il a connue lors d'une visite à Paris et qui l'a fait rêver et continue de le faire. Nous aussi nous avons le droit de rêver, même d'une reconstitution à l'identique. La CCBF aurait bien d'autres actions fortes à mener que de favoriser un tel débat entre "initiés" en quête d'aventures intellectuelles.

Philippe JORRAND

La ruée sur la reconstruction de Notre Dame de Paris résonne jusqu’à aujourd’hui comme un vide abyssal de la pensée. Cette cathédrale parlait à tous, chrétiens ou non. Elle avait du sens pour l’humanité, ce qui n’est pas rien. Elle a été porteuse de sens pour de très nombreuses générations, un sens qui a évolué au cours des siècles, jusqu’à déborder très largement sa portée religieuse initiale.
Depuis lundi dernier, 15 avril 2019, elle n’est plus. Ce qui reste était cathédrale et ne l’est plus. Comme un cadavre était corps d’une personne et ne l’est plus. Sa mort fait desormais partie de l’histoire. Reconstruire vise à donner vie nouvelle à ces pierres et ces vitraux. Oui, vie ! Il faut donc nous mettre d’accord sur la réponse à une question essentielle : quelle parole nouvelle confierons-nous à ce monument nouveau, qu’est-ce que cet édifice pourra signifier, que voulons-nous qu’il dise à l’humanité d’aujourd’hui et de demain ? Une fois cela réfléchi puis compris, on pourra lancer un projet de reconstruction pertinent qui, en ne reniant pas la tradition, soit éloquent et porteur d’espérance nouvelle pour le monde d’aujourd’hui et pour nos descendants pendant des générations.
Sans ce questionnement préalable, on risque de refaire de l’identique, ce qui reviendrait à embaumer un cadavre et révélerait un enfermement, une sorte de paralysie de l’esprit, un mutisme envers nos successeurs. On risque aussi de ne faire que du beau, voire du « plus beau encore » qui serait plus triste encore, et ne construire ainsi qu’un objet mort, sans parole, qu’on viendrait visiter comme on va à Disneyland.

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