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« N’ayez pas peur ! »

Loïc de KERIMEL
Par Jebulon (Travail personnel) [CC0], via Wikimedia Commons

Dimanche 25 juin 2017 – 12e dimanche du temps ordinaire Mt 10, 26-33

Le ch. 10 de Matthieu est une sorte de « lettre de mission » que Jésus remet aux Douze, juste après les avoir appelés : « Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes… » (10,6). Un refrain scande notre texte : « Ne craignez pas ! » On le trouve dans la bouche de Jésus lors de la marche sur les eaux : « Ayez confiance, ne craignez pas ! » (14,27), après la transfiguration (17,6-7), à la résurrection, adressé aux femmes (28,5) et aux disciples (28,10). Et l’on se souvient de l’appel de Jean-Paul II, lors de sa messe d’intronisation en 1978. Regardons ce qui nous est dit pour justifier cette invitation à avoir confiance, à ne pas craindre.

D’abord l’annonce implicite que la justice finira pas prévaloir. « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. » Le dévoilement, c’est le mot grec qui a donné en français « apocalypse » et l’image privilégiée par le livre du même nom est celle de la régénération, de la survenue des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, de la Jérusalem nouvelle : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. » (Ap 21,4) Cette confiance, il faut l’avoir chevillée au corps. C’est en effet à chacun-e de nous aujourd’hui, indéfectiblement, de la porter et de l’entretenir en mémoire de ces innombrables qui n’ont pas trouvé dans leur monde et chez leurs semblables l’assistance, le soin, le réconfort qui est le droit imprescriptible de chacun-e, sans quoi il n’est pas de monde humain. C’est aussi pourquoi ce que Jésus a annoncé – « Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, que l’on vous persécute… » (Mt 5,11) –, il faut désormais, au-delà du petit cercle de celles et ceux qui l’ont suivis, « aller et enseigner toutes les nations » (Mt 28).

Deuxième raison d’avoir confiance : les hommes peuvent tuer le corps mais pas l’âme. Ce n’est donc pas eux qu’il faut craindre mais « celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps », autrement dit le malin. L’âme est le principe personnel, ce qui fait la singularité de chacun-e, son caractère irremplaçable. Le philosophe Paul Ricœur dit quelque part qu’en chacun-e de nous la bonté est enracinée plus profondément que le mal : impossible par conséquent de « tuer l’âme » en soi sans se rendre soi-même complice de ce meurtre, en s’obstinant par exemple à laisser captive et inexprimée cette part indéracinable de bonté.

Troisième raison : le Père et le Fils sont « avec nous ». Dieu le révèle à Moïse en même temps que son nom : « Je suis… avec toi » et Jésus est l’Emmanuel – « Dieu avec nous » – annoncé par Isaïe. Nous sommes « dans leurs mains », plus précieux encore que les moineaux qui sont pourtant déjà l’objet de leur sollicitude. Il nous faut seulement nous montrer les fidèles partenaires de cette alliance : nous laisser « immerger dans le nom du Père, du Fils et de l’Esprit », comme le dit Matthieu à la fin de son évangile.

Pourtant quelque chose en nous résiste. Nous avons le sentiment que la justice tarde à se manifester et que chaque jour que Dieu fait comporte son lot insupportable de victimes innocentes. Et nous expérimentons quotidiennement ce que peut avoir parfois d’abyssal la méchanceté humaine : n’y aurait-il pas aussi du fait de cette méchanceté des « meurtres d’âme » ? Enfin, que peut bien vouloir signifier ce « œil pour œil, dent pour dent » à la fin de notre texte : « Je me déclarerai pour celui qui se déclarera pour moi, je renierai qui me reniera » ? À l’égard de celui qui l’a renié, Jésus n’a-t-il pas fait explicitement l’inverse au point de lui confier, à lui ce roc si peu infracassable, la responsabilité de « paître son troupeau » ? Le théologien Jean-Baptiste Metz nous invite à nous souvenir du cri de Jésus sur la croix : « [Ce cri] est celui de tous ceux que Dieu a abandonnés, mais qui pour leur part n’ont jamais abandonné Dieu. Face à la divinité de Dieu, Jésus tient bon. »
 

Loïc de Kerimel

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