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Mon Église

DIONYSIOS
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Procession © Yevhen1971 @ Pixabay - Domaine public


Depuis que je suis né (1936) je n’ai jamais vu mon Église comme belle et sans péchés, mais je l’ai toujours aimée et j’ai essayé de la rendre plus évangélique, confie un prêtre. Autre façon de dire : ni partir ni se taire !

1- Lorsque j’étais enfant, le curé de ma paroisse (ancien de la guerre 1914-1918) était un grand malade de l’alcool. Jusqu’en 1944 il avait chez-lui une gouvernante qui l’a sans doute aidé mais je ne me souviens de rien avant 1944. La bataille de Normandie a tout effacé. Mes parents cherchaient seulement à ce que nous ne le voyions peu, surtout en fin de journée. Pour le faire partir je ne sais pas tout ce qui a été tenté, mais je me souviens que la manière forte fut utilisée. L’évêché, avec l’accord du maire, fit fermer l’église au culte (vers 1950). Mais le curé continua de célébrer la messe là où il habitait (un presbytère provisoire). Il est mort un peu plus tard, près de sa famille, et fut enterré dans le cimetière de ce qui fut sa paroisse. Soixante-dix après, sa tombe n’est toujours pas recouverte d’une pierre tombale. Il n’y a que le couvercle en béton du caveau dans lequel repose son corps. Le ciment pourrit peu à peu, sans que personne ne semble s’en inquiéter.

2- J’ai fait mes études secondaires dans un collège catholique où une vingtaine de prêtres enseignaient. Ils croyaient certainement à ce qu’ils faisaient, mais trois seulement m’ont laissé un témoignage positif (et même très bon, j’en ai bénéficié). En cinq ans, deux d’entre eux disparurent subitement. Des parents voulaient porter plainte pour leur comportement envers leur enfant. On ne nous a rien dit évidemment, mais nous savions bien la raison par les camarades concernés. Ce qui n’empêchait pas le collège de faire la chasse aux « amitiés particulières », et cela nous faisait plutôt rire.

3- Comme nous étions en terminale, un prêtre du diocèse fut consacré évêque. Il avait été supérieur d’un autre collège catholique du diocèse, et il était devenu supérieur du grand séminaire. Notre classe fut envoyée à la cérémonie en délégation. Ce fut mon premier contact avec l’Église pour une liturgie diocésaine. Je suis revenu écœuré par la cérémonie à laquelle j’avais assisté. Je me croyais à Versailles ou au temps de Napoléon. Que de fastes ! Que d’ors inutiles ! Que de gestes qui me semblaient d’un autre temps ! Seule satisfaction : notre professeur bien aimé avait été mis à l’honneur (diacre d’honneur) – car le nouvel évêque l’aimait bien, lui aussi.

4- Au grand séminaire local (1955-1962), j’ai vécu de belles années, mais le style de vie qu’on nous faisait vivre ressemblait à celui d’un monastère bénédictin, et certains enseignements me décevaient sur plusieurs points. Je lisais Congar, de Lubac ou Adrien Dansette, en parallèle, car on ne nous en parlait pas.

Quand je fus ordonné prêtre, le concile était tout proche. Nous étions impatients et inquiets à la fois. Le curé de ma petite paroisse fit tout ce qu’il put pour que ma « première messe » fût grandiose, mais lui aussi était malade de l’alcool (il avait été prisonnier de guerre de 1940 à 1945). Il devait mourir quelques années plus tard d’un cancer à l’œsophage.

Si j’écris cela, c’est à cause de ce que vit mon Église actuellement. Beaucoup sont déçus, outrés ou scandalisés par tout ce qui se dit au grand jour. Nous manquons de recul pour faire une analyse sereine et exhaustive. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui que le visage de l’Église est marqué par de lourdes défaillances. J’ai fait l’expérience de ses lourdes insuffisances dès le début de ma vie. Cela ne m’a pas empêché de l’aimer et d’essayer de la servir. Ce qui est certain, c’est qu’il apparaît au grand jour qu’il faut absolument une réforme profonde. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, hélas ! C’est ainsi que va notre humanité. Et c’est une Église entachée par le mal qui doit assumer sa mission. Qu’elle fasse mieux et soit plus fidèle au message évangélique !

Avec la Révolution de 1789, avec la séparation de l’Église et de l’État en 1905, l’Église en France a été contrainte à la pauvreté. Bien malgré elle ! Avec le temps on a vu que ce fut un bien. Elle a perdu le monopole de l’aide aux pauvres ! Et ce fut un bien ! Un prêtre ami Allemand me disait un jour : « En France l’Église est pauvre, vous avez de la chance ! »

Aujourd’hui l’Église (et pas seulement en France) est humiliée. Elle a essayé de cacher ses fautes et ses crimes, mais, dans notre siècle médiatisé et plus démocratisé, tout cela est devenu public. Certains pensent qu’elle est traînée dans la boue injustement. Je ne veux pas juger l’Histoire, mais je suis sûr qu’il peut en sortir un grand bien. Certains veulent voir dans ce qui se passe aujourd’hui une attaque du Démon qui veut casser l’Église, mais la vérité ne peut pas être une œuvre démoniaque. L’Église est appelée à vivre l’humilité. Depuis longtemps l’Église catholique affiche sa supériorité. Elle se dit seule porteuse de la Vérité, se veut maîtresse en morale pour tous les hommes. Elle ne proclame que des certitudes. Elle a fait des milliers d’actes déplorables qui ont abîmé ou aliéné des êtres humains fragiles au lieu de les libérer. L’action du pape Jean-Paul II n’a pas été neutre dans ce sens, malheureusement. Lui qui a été un héraut de certitude et de puissance.

Ce que l’Église connaît actuellement, dans la tempête médiatique qui n’est certes pas neutre, peut être un chemin pour une vie plus « évangélique ». Jésus a commencé sa mission en se mettant au rang des pécheurs sur les bords du Jourdain. Il l’a terminée en se laissant mettre au rang des condamnés sur un gibet en forme de croix. C’est le chemin que l’Église doit prendre aujourd’hui. Qu’elle arrête ses sentences formulées d’une manière dominatrice, sans penser aux souffrances morales qu’elle fait vivre.

Je ne demande pas aux membres de l’Église d’être parfaits (comme la Société parfaite de Pie XI). Mais ne continuons pas à suivre le chemin des pharisiens. Témoignons de l’amour de Dieu pour les prostitué(e)s que nous sommes. Nous serons alors des humbles qui ne témoigneront que de l’amour du Seigneur pour tous les hommes. Nous ne nous ferons plus appeler « père », « monseigneur », « excellence » ou «sainteté », comme des grands de ce monde. Nous ne donnerons plus le visage d’hommes et de femmes différents, séparés, revêtus d’habits rutilants de couleur ou de rigueur. Nous ne donnerons plus l’image de maîtres en sainteté, mais nous serons reconnus simplement comme des frères, partageant les richesses et les misères de tout un chacun, servant le monde avec simplicité de cœur, essayant au moins d’abattre les frontières morales ou sociales que les humains du monde entier rebâtissent sans cesse, montrant enfin un visage public, fait de simplicité et de pauvreté.


Dionysios

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Commentaires
anne

formidable
mais qui est dionysios

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