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Le moment de changer est venu !

Jean-Charles Thomas
Jean-Charles Thomas

 

Dans un long « Message aux amis », Jean-Charles Thomas, ancien évêque de Corse et de Versailles, livre l’essentiel de ces réflexions dans la seconde quinzaine de mai. Nous y retrouvons sa volonté de voir l’Église vivre l’ouverture et le dialogue avec le monde, conviction qui a guidé toute sa vie d’homme d’Église – voir aussi l’entretien qu’il avait accordé en 2016 à la CCBF dans le cadre de la rubrique Mémoires de prêtres (https://baptises.fr/interview/jean-charles-thomas-70-ans-au-service-leglise).

De nombreuses révélations concernant les abus commis par des catholiques sont indéniables. Dans des diocèses du monde entier il est su avec certitude que des cardinaux, des évêques, des prêtres ou des membres d’instituts religieux ont commis des crimes, violé des femmes, les obligeant à avorter lorsqu’elles devenaient enceintes. Ces comportements ont eu pour auteurs des évêques, des prêtres, ou des fondateurs d’institutions catholiques qu’on imaginait au-dessus de tout soupçon. Les révélations se multiplient. Elles caractérisent une perversion morbide causée par le système catholique et non par un concours de circonstances. Il s’agit indubitablement d’un système durable. 

J’ai aussi lu le livre Sodoma. Ce livre m’a littéralement sidéré, traumatisé. Il prouve l’homosexualité de très nombreux évêques, cardinaux, prêtres travaillant au Vatican, ou dans ses Nonciatures, ambassades à travers le monde. À mon avis, en plus de la pédocriminalité et des viols, le plus terrible concerne la prostitution homosexuelle.
Nul ne peut nier l’ampleur du mal infectant un certain nombre de personnes du Vatican.
Nul ne peut nier l’objectivité de ce qui se passe, le soir, autour de la gare romaine Termini, ou dans l’enceinte du Vatican, ou dans les bureaux et appartements d’un grand nombre de personnes travaillant dans les dicastères du Vatican.
Nul ne peut nier l’usage fréquent de drogues pendant leurs débauches.
Nul ne peut nier les drames qui en découlent, sida affectant un certain nombre de ces personnes soignées dans la clinique Gemelli, propriété du Vatican.
De toute évidence, les ecclésiastiques homosexuels du Vatican ne méritent absolument pas la confiance qui leur est faite. Ils ne devraient plus accueillir et conseiller dans les dicastères du Vatican. Une réforme et une clarification s’imposent. Sans attendre encore pendant des années ! 

Cette situation engendre une autre conséquence de taille. Elle inflige un discrédit aux décisions de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (ex saint office). Celles-ci concernent en premier lieu l’obligation du célibat imposée aux ministres ordonnés hétérosexuels, l’interdiction du mariage et l’obligation de quitter le ministère dès qu’ils ne respectent plus la règle imposée par cette Congrégation.
Je connais, et vous connaissez certainement des prêtres ayant de grandes qualités pastorales et spirituelles qui mériteraient d’exercer leur ministère au lieu d’en être exclus automatiquement.

Le moment est venu de reconnaître ces graves dérives perverses à l’intérieur de l’Église Catholique Romaine.
Si elle se réfère à la Bible comme fondement de la foi chrétienne elle doit respecter ce que demande la Sagesse Biblique, la véritable Tradition. 
En tout premier lieu la fidélité à la Parole du dieu de la Bible, Yahweh-Elohim, Dieu de nous, seul Bon et dès les deux premiers chapitres du Livre de la Genèse ;
Ce que le Christ Jésus, exégète et témoin du Père, enseigne selon Moïse et les Prophètes. Cet enseignement est inscrit dans les quatre Évangiles ;
 Ce que le Christ a demandé à ses envoyés ou apôtres dans sa prière au Père universel (Jean 17) ;
Ce que disent les Actes des Apôtres, les lettres de Paul et d’autres apôtres, sans oublier l’Apocalypse, Révélation de Jésus le Christ ;
Ce que mentionne la première lettre à Timothée, chapitre trois et chapitre quatre, versets 1 à 5 ;
Ce que dit la lettre à Tite, chapitre deux ;
Ce que dit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, concernant les dons spirituels (ou charismes) accordés aux hommes et aux femmes disciples du Christ, et la hiérarchie les concernant, chapitres 12 et 13.

Voici les signes distinctifs des vrais chrétiens selon Pierre, homme marié. Il écrit dans sa première lettre : « Vous d’autre part (vous êtes) une lignée élue, royale, une communauté sacerdotale, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis pour annoncer (évangéliser à partir de là ) les hauts faits de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. » (I Pierre 2,9)

Du mot « peuple », laos en grec, vient la dénomination de laïc, les laïques, mot désignant ceux qui ne font pas partie des « clercs ». C’est « ce peuple » qui constitue la communauté sacerdotale car ses membres possèdent ensemble le sacerdoce « royal ». Le Christ ressuscité est le Roi des rois.
Voici une autre précision. Le mot « presbuteros » en grec ne désigne pas ceux que l’Église catholique appelle « prêtres » mais ceux qu’elle appelle « anciens ». Pierre le dit expressément (I Pi, 5, 1 et 2).
Jésus n’a jamais instauré des « prêtres » ou « cohens » comme il y en avait dans la religion juive de son époque. Cette religion a disparu en 70 avec la destruction du Temple extérieur de Jérusalem par les Romains. Le judaïsme existe toujours : ce qui a disparu, c’est la fonction de prêtre.

Pour être et se dire « chrétiens » il est indispensable d’accorder priorité à la Parole de Dieu, autrement dit à la Révélation contenue dans l’ensemble de la Bible. Le 4°Évangile y renvoie dès les premiers mots ! 
Nous ne pouvons pas lui préférer la tradition imposée par une institution humaine, quelle qu’elle soit. Je pense ici particulièrement au « catéchisme romain ». De nombreux évêques ou ecclésiastiques se contentent de renvoyer à ce « catéchisme » comme s’il représentait l’autorité suprême pour les disciples du Christ.

Les disciples du Christ s’appellent par leur prénom. Ils n’emploient pas un langage prétentieux, du genre éminence, excellence, monseigneur, et surtout « Père » appellation exclue dans Matthieu, chapitre 23, v.8 à 10. Ce langage renaît malheureusement aujourd’hui dans beaucoup de milieux catholiques.
Les disciples du Christ ne revêtent ni habits ni postures solennelles pour rencontrer d’autres personnes. Que signifie psychologiquement cet attachement à l’habillement extérieur, d’ailleurs très onéreux et qu’on ne peut généralement pas acheter ailleurs qu’à Rome ? 

Le moment est venu de lutter contre tous les cléricalismes, et celui des ministres ordonnés qui ne les ignorent pas, et celui de certains catholiques romains.
Dès l’année 2019, nous avons rédigé et publié notre engagement à vivre selon cette perspective. Nous étions Vingt Cathos de St Gilles, essentiellement des couples mariés ayant enfants et petits-enfants.
Le moment est venu de tenir compte de la réalité de l’humanité. Sans les femmes, l’humanité n’existerait plus. Il est donc très urgent de recruter des femmes à des postes de responsabilités et pas seulement pour faire de la catéchèse bénévolement. Il s’agit là d’une réforme considérable. J’ai conscience que sa mise en application nécessitera des décisions courageuses de la part du Pape en exercice. Dès à présent, il faut supprimer tous les textes stupides interdisant aux femmes et jeunes filles d’entrer dans le chœur des églises.
Le pape François a promulgué récemment plusieurs documents concernant des « ministères » à remettre en vigueur. Si ces textes en excluent les femmes il s’agit d’une discrimination arbitraire.

L’unité des chrétiens est à mon avis le problème prioritaire aujourd’hui. Nos contemporains n’accordent plus confiance à des personnes désunies, qui, de plus, s’affrontent sur les médias. Catholiques, protestants, anglicans, évangéliques, tous ceux qui se proclament disciples du Christ doivent marcher vers l’unité. Le Christ a expressément mentionné cette préoccupation à la première place dans sa prière au Père, Jn 17, 11.

Il est indispensable d’accorder priorité à la Parole de Dieu, autrement dit à la Révélation contenue dans l’ensemble de la Bible, dès les premières pages. Les envoyés du Christ l’affirment : « S’il est juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que Dieu, à vous d’en juger mais nous ne pouvons pas, nous, ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (Actes, 4,19 et 20).
Toute personne se considérant comme l’autorité ultime dans les dialogues avec ses semblables fait une erreur considérable. Elle commet une faute grave. Chacun doit examiner sa conscience (sa psuchè) à ce propos, qu’il soit pape, cardinal, évêque, ministre ordonné ou laïque.

Je suis persuadé que nous n’avons pas le droit de vivre demain exactement comme nous avons vécu jusqu’à présent. Les conditions sanitaires mondiales nous imposent des changements.
Nous célébrons en ces jours la Pentecôte. Que le Souffle de l’Esprit Saint renouvelle son Assemblée.
Soyez assurés de mes pensées fraternelles et cordiales.
 

Jean Charles Thomas – 22-23-24 mai 2021
Ancien évêque de Corse et de Versailles

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charlesmenoret_9213

Bravo Monseigneur! Très heureux de vous lire!

monique-bonnair...

Comme cela fait du bien d'entendre des paroles qui ne sont ni langue de bois ni de buis. Cela ne me surprend pas de vous frère Jean-Charles, car j'ai eu 'occasion de participer au carrefour que vous animiez lors de la préparation des JMJ en France. Je vous ai trouvé à l'écoute de chacun.e, ouvert, contrairement à un de vos confrères que vous n'avez pas hésité à reprendre. Vous êtes de cette veine de pasteurs, de bons bergers à la suite de Jésus-Christ dont la loi AMOUR - SERVICE prime sur toutes les lois édictées par la curie ou même les papes. Un grand merci, car ce sont des paroles et des actes tels que les vôtres qui nous permettent de rester en Eglise et d'oser innover. Hélas, force est de constater que les bons pasteurs se font de plus en plus rare et que beaucoup de générations nouvelles ont hâte d'endosser les habits des prêtres du Temple, alors que les juifs les ont supprimés depuis longtemps. Que Dieu vous bénisse.

MABILLE

Confirmé par Jean-Charles en 1991 en l'église St Germain des Prés j'embrasse en plénitude son témoignage et le fait mien au regard du profil de" Presbuteros" qu'il décrit et qui me ressemble bien aujourd'hui. Je précise dans cette perspective revendiquer librement de porter l'habit bénédictin bénie le 8 novembre 2018 et qui alors que j'étais pressenti à le recevoir de la Congrégation N. Dame d'Espérance me fut confisqué parce que j'étais partis pour la vie civile m'occuper de ma famille. Cette outrance ou on me fit miroiter la vêture pour me la retirer ensuite fonda après coup ma rébellion en commandant une melotte sur le net et en l'a faisant bénir. Je suis ainsi assez attaché à cette apparence qui serait vide de sens si je n'habitais pas l'habit... A ce titre j'en use avec discernement et ne m'autorise pas à la porter dans l'Eglise puisque mon père Abbé s'y oppose. Par contre dans mes occurrences civiles je m'en donne à coeur joie ! Garde un excellent souvenir de ma préparation de confirmant avec Jean-Charles ou nous fîmes notre retraite en l'abbaye d'Acey dont j'ai oublié l'orthographe. Merci à cette publication qui me relance à puiser à cette source de mon évêque de confirmation pour honorer j'espère ma paroisse natale de LIBOURNE en GIRONDE et y défendre ses valeurs que je partage d'ailleurs ! A davantage j'espère ! Respectueusement Jean-Laurent Mabille ou Frère Charles

Billé jean-marie

Texte inoui de j ch Thomas . Il existe au moins un évêque qui ose dire simplement ces vérités . On voit bien que c’était le jour de la Pentecôte . Merci

Anne Latreille

Merci infiniment pour cette parole si juste qui n'esquive rien et qui remet si clairement l'essentiel devant nos yeux. Puisse-t-elle être entendue par le plus grand nombre.
Merci, merci, merci !!!

Francoise Gagnon

Ça fait du bien cette vérité dite de façon si simple et authentique!
vous êtes inspirant! Merci grandement!
Françoise Gagnon

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