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Méditons le 2e dimanche de l’Avent 2016

Elena Lasida

Rupture, espérance et persévérance. Trois éléments d'un seul et même mouvement, celui de la conversion. Et notamment de la conversion écologique à laquelle nous invite le pape François. Une conversion qui ne touche pas seulement notre rapport à la nature, mais qui concerne toutes les dimensions de notre vie individuelle et collective. Une conversion intégrale

Premier pas de la conversion : la rupture.
Jean Baptiste nous y invite quand il parle de couper, de nettoyer, de brûler. Le pape François nous y invite également quand il fait l’éloge de la sobriété. Il s’agit de rompre avec un mode de vie qui vise à avoir toujours plus. Il y a donc dans ce premier pas quelque chose qui invite à se détacher, à se dépouiller, à faire le vide.
Mais se détacher de quoi ? De quelques biens sans doute, mais aussi et surtout de tout ce qui nous enferme, nous aliène, nous rend esclaves. La sobriété à laquelle invite le pape François est avant tout une expérience de libération.
Rupture donc avec ce qui nous tient et nous tire vers le bas. Rupture avec des habitudes, des postures, des rôles qui à force d’être répétés finissent par nous formater et nous étouffer.
La conversion commence toujours par une rupture, par l’acceptation de perdre quelque chose à laquelle on tient mais surtout quelque chose qui nous tient et nous retient.

Deuxième pas : l’espérance.
La rupture crée du vide et c’est seulement dans le vide que l’espérance peut naître. Pas d’espérance possible en plénitude. Mais pas d’espérance non plus dans l’attente de ce qui est connu et pas encore réalisé. L’espérance, c’est avant tout la capacité d’accueillir l’inattendu. Et c’est à cette espérance là que nous invite Isaïe à travers l’image du loup qui habite avec l’agneau, du léopard qui couche près du chevreau… C’est l’image de l’inimaginable qui ouvre au radicalement nouveau. Ce n’est pas l’utopie qui nous fait fuir la réalité, bien au contraire, c’est l’utopie qui nous tire vers un nouveau possible. Ce n’est pas l’utopie des bisounours, bien au contraire, c’est l’utopie qui ose dire l’indicible.
La crise écologique introduit une rupture dans le modèle de développement actuel et dans le vide ainsi créé, on est invité à imaginer une nouvelle conception du progrès. Et nous avons aujourd’hui de multiples signes qui nous invitent à croire à un autre progrès possible. L’accord historique de la COP21, premier accord sur le climat véritablement universel obtenu quand on craignait un nouvel échec comme celui du sommet précédent à Copenhague, est un signe d’espérance sur la capacité à vivre ensemble dans notre maison commune. Mais également, les multiples formes de partage et de recyclage qui mettent en évidence une capacité d’innovation débordante : co-voiturage, co-working, financement participatif, ressourcerie… constituent aussi un signe d’espérance sur la capacité humaine à construire de l’inter-dépendance avec tous les êtres vivants.
La conversion c’est ré-apprendre à espérer.

Troisième pas : la persévérance.
Paul nous invite une et mille fois à la persévérance. Il parle même du « Dieu de la persévérance ». Comme s’il voulait nous dire que la conversion n’est pas la traversée d’un fleuve tranquille mais plutôt celle d’une cascade turbulente. Comme s’il voulait nous dire que la conversion n’est jamais acquise une fois pour toutes mais qu’elle suppose qu’une fois arrivés, il faut déjà repartir.
Persévérance, car cela ne va pas si vite qu’on le voudrait. Persévérance, car nos efforts semblent parfois bien inefficaces et inutiles.
Comme le cri de Jean Baptiste dans le désert, on crie partout que notre maison brûle, que notre terre est épuisée et complètement dégradée, que notre planète est en état de survie, mais on continue à vivre comme si rien n’était.
La persévérance à laquelle Paul nous invite est celle qui nous pousse à « nous accueillir les uns les autres ». Ce n’est pas la persévérance pour remplacer le modèle actuel par un autre déjà connu. Comme pour l’espérance, la persévérance c’est pour accueillir l’inattendu de l’autre. La persévérance c’est pour s’accrocher à la croyance que nos différences, celles qui nous séparent, qui nous opposent et qui nous insupportent ne sont pas à supprimer mais à mettre en dialogue pour qu’elles créent un « commun » nouveau.
La persévérance c’est la société civile qui contre vent et marée fait bouger à petits pas nos décideurs. La persévérance c’est l’effort invisible, sans efficacité apparente. La persévérance c’est accepter de se désapproprier du résultat de nos actions.
Énorme conversion, celle qui nous permet à la fois d’agir et de lâcher prise.

Rupture, espérance et persévérance, un beau programme de conversion, de conversion écologique, de conversion intégrale, mais surtout et avant tout de conversion en faveur de la vie.

 

Elena Lasida

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