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Marie en route…

THÉOPHILE

Pour le 4ème dimanche de l’Avent (23 décembre 2012) :

Mais pourquoi courrait-elle comme nous, en ces derniers jours d’avant Noël ? À voir les visages dans les rues, les bus, les magasins et le bureau de poste de mon quartier, il s’agirait d’une course éreintante, harassante, tant les participants n’ont pas l’air sûrs d’y arriver. Où donc ? – Au but, voyons ! Mais quel but, précisément ? – Ne savez vous pas que nous venons d’échapper à la fin du monde ? Certes, mais après ? – Après, on verra ! Pour l’instant, je dois me dépêcher de boucler ma comptabilité et faire les derniers achats pour le réveillon de Noël ? Vous tenez une auberge ? – Non, mais c’est chez moi que se rassemble toute la famille cette année, ce qui fera vingt-deux personnes autour de la table… Aïe, ma pauvre ! Comme je vous comprends !

La hâte de Marie est d’un autre ordre. Son pas est rapide, mais sa démarche est lente, car elle porte une présence qu’il lui tarde de partager. Elle apporte sa joie vers une autre femme qui, elle aussi, est enceinte : joie mystérieuse que les hommes, si attentifs et généreux qu’ils soient, ne peuvent pas vraiment comprendre. Cette joie n’est pas une force, une certitude, une humeur, un état d’âme, un frémissement, mais déjà c’est quelqu’un. Quelqu’un qu’elle abrite au-dedans d’elle, dont elle entend battre le cœur dans son cœur, qui lui parle mais dont personne n’entend pas la voix. Présence qu’elle ne peut garder pour elle.

Qui reçoit la visite de Dieu ne peut demeurer passif, mais devient à son tour porteur de Bonne nouvelle, autour de laquelle tout s’efface. D’où, pour qu’elle resplendisse de sa propre lumière, l’exigence de l’humilité, qui est le contraire de la prétention, de l’orgueil d’être meilleur, de se croire supérieur. L’humble est celle – ou celui – qui se contente de marcher sur l’humus : la « terre ». Qui marche rapidement peut-être, mais bien sur le sol, la poussière collant à ses sandales, la neige à ses souliers. Il faut être humble pour donner naissance à ce qui est, pour consentir à l’existence telle qu’elle est donnée, accueillir le don de la Vie à la vie. Se mettre en route, marcher rapidement, ce n’est pas « planer ». Ça n’exclut ni la fatigue, ni les soucis, ni les questions.

Sans hésiter, Marie se dépense en visitation. Elle se rend chez sa cousine, sa sœur de toujours. Celui qui est entré dans sa vie, dans sa chair, n’est pas un corps étranger, extérieur, mais une présence qui déjà se met à « faire signe » : la chair en elle se met à signifier. À travers le corps même, elle porte une annonce qui passe de corps à corps. Que l’autre près d’elle – prés de Lui – perçoit aussitôt : « Lorsque j’ai entendu tes paroles de salutations, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi » assure Élisabeth. Derrière l’expérience très concrète de l’existence humaine se trouve la réalité la plus transcendante qui soit : la présence de la vie qui surgit et, dans cette lumière, de l’humanité qui s’atteste comme œuvre divine.

Nativité ! Expérience de soi la plus intensément vécue dans la naissance de l’autre. Laissons résonner ce mystère au profond de nous-mêmes : la chair ici nous parle de Dieu, le tremblement amoureux de la proximité de Dieu, Déjà nous ne sommes plus en nous, mais au-delà de nous-mêmes. C’est peut-être cela : vivre en Dieu ? La mort ici n’a point de place, sinon celle d’une porte encore à pousser, pour trouver un lieu de lumière et de paix. Ce sera alors Noël. Comme le dit Irénée de Lyon : « Dieu a créé l’Homme pour que l’Homme devienne Dieu ». Dieu est sorti de lui-même, Il a créé l’Homme, Il est venu jusqu’à nous, pour que l’Homme à son tour sorte de lui-même et fasse entrer la vie en Dieu.

Nous sommes les porteurs de cette Nouvelle : à notre tour de nous mettre en marche, sans tarder.

Philippe

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