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Le mariage pour les prêtres comme « remède à la concupiscence »

Marcel METZGER
Mariés
© CC0 Domaine public


Jusqu’en 1983 la doctrine officielle de l’Église catholique considérait le mariage comme un « remède à la concupiscence ». C’était écrit en toutes lettres en latin dans l’ancien code de droit canonique de 1917 (il y a à peine un siècle !), en vigueur jusqu’à la publication du nouveau code : remedium concupiscentiae. Les commentaires en amélioraient quelque peu la formulation : « La fin secondaire du mariage est l’aide mutuelle des époux et l’apaisement de la concupiscence. » (commentaire d’Adrien Cance, prêtre de Saint-Sulpice, 1946) Comme le mot « concupiscence » a vieilli, il faut l’expliquer : selon Le Petit Robert (1993), il s’agit d’un « désir sexuel ardent pour un objet (sic) interdit ou non prévenu ». Or une bonne partie des prêtres impliqués dans cet affreux scandale de la pédophilie ont reçu cet enseignement officiel sur le mariage.

Cela devient consternant, mais aussi révélateur. Jour après jour de nouveaux communiqués de presse informent sur l’étendue de ces pratiques sordides, et laissent apercevoir les racines du mal. Ainsi, mi-septembre on apprenait que le vicaire général d’un diocèse français était inculpé pour « agression sexuelle sur mineurs de plus de 15 ans » et que les faits s’étaient produits pendant des JMJ (selon le quotidien DNA du 14 septembre 2018, rubrique Faits divers). C’est le comble, ou plutôt le sommet : un dignitaire de l’institution, qui profite d’une de ces rencontres présidées par le pape et considérées comme une des occasions les plus favorables à l’évangélisation. La misère sexuelle du clergé est-elle donc si profonde qu’elle cherche sa satisfaction en de telles circonstances ?

En tout cas, l’étendue et la nature même de toutes ces dérives devraient enfin alerter les autorités ecclésiastiques : la misère sexuelle manifeste d’un nombre croissant de prêtres est le signe évident d’une inadaptation de la discipline en vigueur. Reconnaissons d’abord la différence de situation entre les religieux et les prêtres séculiers. Les premiers font vœu de chasteté dans des communautés religieuses, qui sont pour eux le « remède à la concupiscence », offrant à leurs membres un cadre communautaire comme soutien pour leur épanouissement humain et religieux. Les prêtres séculiers, eux, ne font pas de vœux, ils sont soumis à la discipline du célibat sans autre secours de l’institution ecclésiastique que des règlements et, depuis la réforme de la Semaine Sainte, un rituel annuel de « Rénovation des promesses sacerdotales » pendant la messe chrismale.

Les conditions de vie et les contextes dans lesquels le célibat a été imposé aux prêtres rendaient ce mode de vie praticable, dans une société ambiante alors dirigée par l’Église : la concupiscence était bridée ! Jusque dans les années 1960/1970, dans nos régions, la plupart des prêtres étaient soutenus par les paroissiens et se trouvaient rarement isolés. Ils étaient suffisamment nombreux pour maintenir des liens réguliers entre eux, par les réunions en doyenné et autres formes de pastorale concertée. Depuis lors, les conditions de vie ont été profondément modifiées. La morale sexuelle catholique ne régit plus la société comme jadis. Loin de là ! La raréfaction des vocations à des ministères exigeant le célibat est un indice évident de ces mutations. Cette discipline du célibat contraint l’institution ecclésiastique à ne recruter que des surhommes, bénéficiant d’un équilibre psychologique hors du commun, comme les recrues des corps d’élite de la police et des pompiers, ou comme les pilotes d’avion et les astronautes. Or ces candidats ne sont pas astreints au célibat, on en recrutera toujours suffisamment dans la société.

Le vicaire général évoqué plus haut était censé appartenir au « corps d’élite » de son diocèse. Il a gravement failli, il y a donc eu erreur de casting dans sa nomination. Mais combien d’autres prêtres de son diocèse auraient-ils pu être nommés à sa place ? Un, deux, ou aucun ? Le casting devient de plus en plus serré. De même pour les évêques, à en juger d’après le nombre d’entre eux actuellement impliqués à divers titres dans ces sandales d’abus sexuels.

Conclusion : dans nos pays les institutions ecclésiastiques catholiques ne sont plus en état de procurer au clergé célibataire les nécessaires « remèdes à la concupiscence ». Puisqu’aux laïcs on recommandait le mariage pour tenir lieu d’un tel « remède », la conclusion est évidente.
 

Marcel Metzger

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