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Le litige persistant de Rome avec les femmes

Jacques NEIRYNCK
Femme prêtre
Femme prêtre © Richard Gillin from St Albans, UK @ Wikimedia Commons (CC BY-NC-SA 2.0)


Parmi les sujets qui divisent les catholiques, le pape François a prudemment laissé percer son ouverture sur trois objets de contestation : l’homosexualité, l’ordination d’hommes mariés, l’accueil des divorcés remariés. En revanche sa fermeture sur la situation des femmes est absolue. D’accord pour des femmes « actives » dans l’Église catholique, mais pas question qu’elles deviennent prêtres. Le pape compare le recours à l’avortement comme celui à un tueur à gages. L’ouverture à la vie des relations sexuelles est une condition du sacrement du mariage. Ces trois positions vont dans le même sens : les femmes n’ont pas droit à la distinction entre sexualité et reproduction, elles ne sont pas maitresses de leur corps, elles ne disposent pas des mêmes droits que les hommes.

La continuité des positions des derniers papes sur ce sujet particulier est impressionnante. Qu’en pense réellement le pape François ? On ne le saura jamais, car la motivation permanente sur ce sujet-là consiste à ne pas désavouer les prédécesseurs. Sans invoquer expressément l’infaillibilité, la tendance consiste à se croire un petit peu infaillible sur tout. C’est estimer que si un pape venait à mettre en doute ce qui a été dit avant lui, ce serait probablement toute la crédibilité du Magistère qui s’effondrerait. Or, c’est l’inverse : la force d’une institution se situe dans la reconnaissance de ses erreurs passées, parce que toute institution humaine en commet et que l’Église catholique ne dispose pas d’une garantie céleste de vérité absolue.

Et pourtant le troisième objet, la contraception, permettait une correction aisée, qui n’eût guère scandalisé. On n’y touche ni au dogme, ni à la morale, ni aux Écritures mais à une certaine conception sacralisée de la Nature. On connait les circonstances de sa promulgation par Paul VI le 25 juillet 1968, contre l’avis de la majorité de la commission nommée pour son étude. « Est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances […] toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait […] de rendre impossible la procréation. ». L’encyclique Humanae vitae, réduite à la seule interdiction de la pilule, n’a pas été comprise et a été rejetée par la majorité des couples catholiques et même par le clergé, qui n’en fait jamais mention. Elle est devenue lettre morte parce que le sensus fidei la repousse, pour des raisons très concrètes, presque pratiques : dans une grande ville il est difficile d’élever plus que deux ou trois enfants, ne serait-ce que pour le prix des logements. La contraception n’est pas une perversion mais une nécessité. Il est tout aussi utopique d’expliquer à une population, qui n’arrête pas de consommer des pilules à tort et à travers, que l’une d’entre elles constituerait une occasion de pécher.

La condamnation sans exception de l’avortement aligne le Vatican sur la prise de position de Donald Trump et sur les régimes polonais et maltais dont l’orientation politique laisse à désirer. Cette cohabitation éclaire la condamnation d’un jour sulfureux.

Mais c’est le refus obstiné d’ordonner des femmes qui provoque le scandale majeur. La société civile admet, promeut, encourage les femmes dans toutes les fonctions : chef d’État, ministre, parlementaire, juge, médecin, avocat, ingénieur, dirigeant d’entreprise et même officier. Le sexisme y est condamné comme le racisme ou l’homophobie. Les Églises réformées et anglicanes confèrent le ministère pastoral, voire épiscopal, à des femmes. Elles remplissent à satisfaction toutes ces fonctions.

Le refus des Églises catholiques et orthodoxes doit donc plus à la tradition qu’au pragmatisme. Il manifeste un biais machiste propre aux Latins et aux Slaves à l'inverse des Germaniques et des Anglosaxons. Il a un lien étroit avec la sacralisation des rites, conférés par le prêtre en tant que figure du Christ et « donc » de sexe masculin. En dernière analyse, c’est une manifestation abusive de ce cléricalisme tant stigmatisé par le pape François.
 

Jacques Neirynck

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Henri TISSEYRE

je suis d'accord avec ce texte. quand l'Eglise arrêtera de se poser en donneuse de leçon sur la contraception, l'avortement et autre situation. quand respectera t'elle la liberté des êtres humains à disposer d'eux même ?
quand laissera t'elle à César ce qui est à César et arrêtera d' imposer sa charia?
qui sommes nous pour juger? quand accueillera t'elle l'autre tel qu'il est? ce qui me semble le cœur du Christianisme. Elle appelle à manifester contre la loi de bioéthique sous prétexte de trafic d'être humain, mais ne dit rien sur les enfants qui meurent de faim, de maladie ou sous les bombes que la France vend.
c'est pas de confession individuelle qu'on a besoin mais d'une confession collective.

rirititi

MARTIN

Vous avez raison. Sauf peut-être sur votre présupposé de départ. car votre rédaction pourrait laisser penser au lecteur distrait que tout le monde à la base regarde vers le "haut". Que nenni ! C'est exactement le contraire : la base dit au sommet que "l'homo religiosus" occidental dont il parle n'existe plus et qu'il s'agit d'une fiction anthropo-théologique. C'est la base qui tient l'agenda des RV, pas le "chef". Et c'est la base qui est dans le "temps long", pas le sommet.

Olivier PIGNAL

Bonjour,
je suis plutôt d'accord avec vous sur le rôle des femmes dans l'Eglise, mais deux aspects de ce texte me gène:
- il sous-entend que la contraception est une affaire qui concerne les femmes au premier plan. Je ne peux soutenir l'aspect machiste que cela sous-entend sans doute de façon inconsciente par son auteur.
- faire accéder les femmes à la prêtrise est, en quelque sorte les cléricaliser. Ne faut-il pas d'abord décléricaliser l'Eglise en replaçant les prêtres à leur juste place ? Les décisions dans l'Eglise sont prises par un petit nombre de fidèles appelés clercs, ouvrons les instances de décisions à un grand nombre de baptisés, femmes et hommes. C'est ensuite que nous pourrons proposer la prêtrises aux femmes.
Joyeux Noël!

Jacques

Il vaut la peine de rencontrer ces deux objections pour mieux préciser l'objectif du texte lui-même.

Si cet homme qu'est le pape prohibe la contraception, ne serait-ce pas cela en tout premier lieu le véritable machisme ? La contraception, largement pratiquée par la pilule, concerne au premier chef les femmes car elles sont les consommatrices de cette pilule, qu'elles maîtrisent à elles seules de la sorte la contraception, qu'elles sont en cas de grossesse les premières impliquées. Certes la contraception est l'affaire de tout le monde mais tout de même concrètement au premier plan des femmes. La leur interdire ne les pénalise-t-il pas au premier chef?

L'accession des femmes à la prêtrise risque-t-elle de les cléricaliser? En sens inverse, la leur interdire n'est-ce pas prolonger le cléricalisme masculin? L'identification en quelque sorte physique au Christ lors de la Consécration n'est-il pas au premier chef un facteur de cléricalisation en plaçant le prêtre à part et au dessus des fidèles ordinaires?

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