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Lettre ouverte à un évêque de France – À propos de l’éthique de l’absolution enseignée autrefois dans les séminaires

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Jean-Marie FEHRENBACH
Confession
Confession @ Pxhere - CC0 Domaine public


Un éclairage sur l’absolution, qui interroge sur les pratiques de l’Église face aux pédo-criminels. 

Comme une multitude de clercs et de laïcs, je suis aujourd’hui submergé par une vague de consternation et de dégoût devant les découvertes de la commission Sauvé que révèle la publication cette semaine de son rapport.

Mais je suis en outre très étonné de ce qui nous est rapporté de la déclaration du président de la Conférence des Évêques de France sur Franceinfo selon laquelle aurait dit que « le secret de la confession est plus fort que les lois de la République ». Car, au moins dans les années 50 à 60, on enseignait dans les séminaires de France une éthique de l’absolution dont on peut dire pour le moins qu’elle n’a été respectée ni dans l’esprit ni dans la lettre pendant la période couverte par l’enquête de la commission Sauvé.

De quelle éthique s’agissait-il ? Il s’agissait tout simplement de respecter à la fois le secret absolu de la confession et de placer le pénitent devant sa responsabilité face à la société :

En cas de faute grave ou d’acte criminel selon les lois de la République, le confesseur devait refuser l’absolution à un pénitent aussi longtemps que ce pénitent ne se serait pas lui-même et de son plein gré dénoncé à la justice.

On notera que plusieurs prêtres de ma génération, consultés par mes soins pour savoir s’ils avaient le souvenir d’un tel enseignement, m’ont confirmé l’avoir également reçu en son temps.

Comme on peut difficilement imaginer que des clercs puissent rester longtemps et en bonne conscience dans une position où l’absolution leur a été refusée, on peut penser que bien des cas de récidive d’abus sexuels constatés aujourd’hui n’auraient pu se reproduire… à moins que de tels abus n’aient été considérés par les confesseurs comme de simples « péchés véniels », ou à moins que cette doctrine touchant l’absolution ait été réservée aux seuls pénitents laïcs… !

En outre, le respect de l’esprit de cette règle éthique aurait dû conduire la hiérarchie, dans le cas de rumeur ou de plainte, à conduire une enquête au terme de laquelle le coupable aurait dû être convoqué par son supérieur et enjoint de se présenter spontanément à la justice civile.

Je suis donc conduit à me demander quel enseignement ont reçu nos évêques en matière d’éthique de l’absolution au cours de leur formation… ou selon quel processus ils auraient été conduits à s’en écarter dans leur ministère… et je suis en outre quelque peu surpris par le fait qu’une telle doctrine ne semble pas avoir été portée à la connaissance de la commission Sauvé…

En résumé, je dirai seulement que la hiérarchie de notre Église disposait d’une doctrine éthique parfaitement articulée, et compatible avec le droit pénal de notre pays, qui lui permettait d’agir, et elle ne l’a pas fait, elle est donc gravement coupable.

Note justificative : l’auteur de la présente lettre a aujourd’hui 81 ans. Il a étudié un an au Grand Séminaire d’Issy-les-Moulineaux pendant l’année 1957-58, avant de bifurquer vers les concours des Grandes Écoles. Polytechnicien et Ingénieur Sup’aéro, après une carrière à des postes de responsabilité dans l’aéronautique, au service de l’État puis de l’Industrie, il a obtenu à la faculté de théologie de Toulouse, avec des mentions très bien, une licence de théologie et un certificat d’études bibliques avec langues anciennes et a été alors sollicité pour intervenir dans divers enseignements bibliques y compris pour la formation des diacres permanents. Il a notamment conduit des travaux originaux sur l’engagement éthique et social des prophètes scripturaires. Il est membre associé de l’ACFEB.


Jean-Marie Fehrenbach – 9 octobre 2021

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