Vous êtes ici

L’Église, un système qui s’effondre

Charles DELHEZ
Eglise


L’Église ne va pas bien, l’Église catholique. Les affaires de pédophilie, d’abus sexuels, de double vie, de destruction de dossiers compromettants qui éclatent dans la presse en sont le révélateur. Une culture de l’abus et du silence s’est mise en place, un système s’est érigé à l’opposé du message originel. Jusqu’au sommet de l’Église, éclate en plein jour des incohérences qui semblent parfois totales. La crise est d’envergure. Il reste sans doute de fidèles serviteurs, mais les scandales sont décidément trop scandaleux.

Aussi Charles Delhez, prêtre jésuite et sociologue, propose-t-il un changement de cap profond pour l’Église qui doit revoir tout le système dans lequel est s’est moulée.
 

En matière de pédophilie, la loi de l’omerta a régné et règne sans doute encore. On a trop souvent fait passer l’institution avant les victimes elles-mêmes. Mais ce n’est pas de ces drames que je veux parler ici, mais du système lui-même. L’Église, qui a l’habitude d’inviter le monde entier à la conversion, devrait comprendre que c’est d’une transformation radicale qu’elle a elle-même besoin. Le pape a pris amplement la mesure de cette crise majeure et a rassemblé, à Rome, les hauts dignitaires de l’Église. Ce sommet laisse encore les victimes sur leur faim et l’on attend les mesures de définitives, ainsi que la vérification par les actes. Mais c’est quand même un pas important.

Cela dit, c’est tout le système qu’il faut revoir. L’Église, dans son organisation, est devenue un corps de spécialistes qui font carrière. Elle s’est structurée à la verticale, de manière pyramidale et hiérarchique, nous imposant des pères et des maîtres. Le pape François, dans des mots parfois très durs, stigmatise ce cléricalisme. C’est précisément ce que Jésus a combattu. Il voulait faire de nous tous des frères. “Scribes et pharisiens hypocrites”, clamait-il.

C’est à tout le système que j’en veux, un système qui atteint sa limite extrême et qui étouffe le meilleur de ces personnes qui se sont engagées à son service. Un système qui, dans le cadre de la pédophilie, est devenu criminel. Tout doit donc changer. Et c’est une question tellement plus vaste que l’ordination des hommes mariés : n’a-t-on pas donné trop de pouvoir aux prêtres ? Et ils se sont laissé faire ! Le pouvoir a en effet ses charmes.

Se transformer radicalement ou mourir. Tel est le choix. On a mis trop de poids sur les rites, les dogmes, la hiérarchie, oubliant que le christianisme est un style de vie, celui de Jésus, et un art de vivre en société dans la fraternité et l’entraide. Le Christ n’est pas venu fonder une institution de plus. Il a voulu toucher le cœur de l’homme.

La situation actuelle m’attriste profondément, car c’est mon Église et le Christ lui-même y est en souffrance. Ne généralisons cependant pas. Même si le système est obsolète, il y a toujours des anonymes qui vivent de l’Évangile et qui empêchent le monde lui-même de sombrer. Et il y a aussi des signes d’espoir : le courage du pape François et tout simplement le fait que ces affaires apparaissent enfin au grand jour. Heureusement, dirait le cardinal De Kesel, que tout cela est arrivé à la connaissance du public…

Je ne voudrais pas pour autant me désolidariser du corps quand il est blessé. Au contraire. L’Église n’a jamais eu autant besoin de nous. Rappelons qu’elle n’est pas une institution, mais une koinonia, c’est-à-dire un réseau de petites communautés qui, à la base, essayent de vivre de l’Évangile. Un minimum de structure est nécessaire pour maintenir la communion, sans doute, mais il faut qu’elle reste la plus légère possible et ne détourne pas le regard de l’essentiel.

J’y reste donc alors que certains font le choix de l’apostasie. On ne s’engage d’ailleurs jamais que pour des causes imparfaites, celles qui sont parfaites n’ont pas besoin de nous ! J’y reste parce que j’y ai reçu le meilleur, l’Évangile, et que je continue à y vivre le meilleur de moi-même. N’est-elle pas, pour moi, non pas d’abord une institution, mais des liens, une multitude de visages, de personnes qui comme moi veulent mettre leurs pas dans les pas de Jésus, chacun faisant de son mieux ?
 

Charles Delhez sj – Chronique de La Libre Belgique du 26 février 2019

L’Église : un système qui s’effondre - La Libre
Avec l’aimable autorisation de La Libre Belgique

Pour aller plus loin, lire dans notre rubrique « Nos fondamentaux » l’article (mai 2019) qui vient en développement de cette chronique.

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
MARTIN

Le mot apostasie utilisé ici dans ce sermon est insultant et inexact sur le fond.

Visiteur

Apostasie me semble employé ici dans le sens communément retenu dans l'Église catholique : c'est la renonciation publique totale et volontaire à la foi chrétienne par une personne baptisée. Le mot ne porte pas en lui meme de jugement de valeur : les motivations de cet acte sont tres variées..
CT
.

MARTIN

Précisément : le mot "apostasie" est un mot d'Eglise qui a une longue histoire de plusieurs centaines d'années. Il est d'abord et avant tout signifiant pour l'institution ecclésiastique et de mauvaise mémoire. Il a une portée dépréciative dans le monde croyant ou l'unanimité sans discussion possible était un requis jugé indispensable par le haut-clergé. L'employer est donc s'inscrire (même inconsciemment) dans une logique cléricale très profondément autoritaire. Or la sortie d'Eglise non seulement n'est plus sous le contrôle de l'institution, mais n'a plus le même sens aujourd'hui. Sociologue ou jésuite ? je suis étonné que la CCBF laisse passer un tel clin d’œil à une Eglise que nous ne voulons plus cautionner. Il faudra bien que le clergé réussisse à intérioriser la volonté d'autonomie des croyants. Vue de la CCBF, la compagnie de Jésus d'Ignace de Loyola est en soi un héritage spirituel et disciplinaire d'une histoire désormais achevée.

Ajouter un commentaire