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L'Église et l’église

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Notre-Dame de Paris - Après l'incendie
Cathédrale Notre-Dame de Paris après l'incendie © Pyb @ Creative Commons (CC BY-SA 4.0)


L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a profondément frappé et touché les esprits et les cœurs des gens à travers le monde entier, croyants comme non-croyants.

Après le premier temps d'étonnement et d'émotion, de nombreuses lectures de cet événement apparaissent. Au-delà des dégâts et des dommages matériels, nombreux sont ceux qui voient dans cet événement un « signe des temps ». C'est ce sujet que je voudrais aborder ici, en joignant mon avis à celui de certains d'entre eux.

J'écarterai d'emblée une lecture qui me paraît totalement erronée, consistant à voir dans cet événement l'expression de la colère de Dieu, ou encore son châtiment ou sa vengeance, mérités en raison de tous les péchés commis par les humains. Il y a bien longtemps que, à l'exemple de beaucoup d'autres (j'espère !), j'ai tourné le dos au Dieu justicier sévère et châtieur que l'on nous enseigna au temps de la pastorale de la peur, pour mettre ma foi et ma confiance en le Dieu-Amour révélé par Jésus.

Pour moi, l'image de l'incendie la plus frappante et la plus évocatrice reste l'effondrement de la tour en forme de flèche. Avec elle s'est trouvée totalement calcinée la charpente de bois vieille de 800 ans, appelée « la forêt ». Mon deuxième étonnement a été de découvrir le lendemain que les dégâts causés à l'intérieur de la cathédrale étaient moins lourds que ceux que l'on craignait. Ainsi, la croix et l'autel subsistaient debout et fermes, totalement indemnes. De même sont demeurés debout les murs principaux, bien que quelque peu secoués.

Comment ne pas voir là l'effondrement de la pyramide ecclésiale que forment, à différents niveaux, les clercs et, dans le même temps, la solidité de l'infra-structure constituée par le peuple chrétien ?

C'est à cette lecture prophétique que nous invitent les paroles d'un témoin relevées sur les lieux-mêmes : « Pour moi, cet événement est en lien avec l'état de l'Église actuellement. Ça brûle pour qu'on puisse mieux reconstruire. C'est une mise à nu. » Ou encore ces lignes de Jean Casanave : « L’Église peuple de croyants n’est-elle pas en train de vivre de l’intérieur le drame qui a meurtri le vaisseau de pierre de Paris ? La couverture solide que le mariage du bois et du plomb des théologies avait rendue imperméable aux intempéries et aux secousses de l’histoire n’est-elle pas en train de fondre ? La structure elle-même de la tradition vivante deux fois millénaire n’est-elle pas fissurée ? L’enchevêtrement des institutions et des congrégations n’alimente-t-il pas le brasier ? La solidité des piliers et des arcs-boutants qui s’appuyaient sur un monde rassurant n’est-elle pas ébranlée par un univers nouveau qui fascine autant qu’il effraie ? L’incendie de Notre-Dame marque douloureusement la fin d’une époque et ouvre le début d’une autre. »

J'ai relevé aussi ces mots de la bouche de l'historien et sociologue Yann Raison du Cleuziou : « Les scandales qui se succèdent (pédophilie, homosexualité du clergé, viol des religieuses) ont un impact considérable parce qu’ils viennent saper les quatre ressorts sur lesquels Jean-Paul II a tenté de repositionner l’Église : la morale sexuelle, la centralisation du pouvoir à Rome, les communautés nouvelles, la jeunesse. Du coup c’est l’institutionnalité même du catholicisme qui se trouve ébranlée et la stratégie de la "nouvelle évangélisation" discréditée. »

Le défi aujourd'hui est de reconstruire l'Église – peuple de croyants – en plus de l'église – bâtiment de pierres. Dès lors naissent les questions : qui sera l'architecte, qui les ouvriers ? Quels seront les plans ?

Une chose est claire : l'impératif le plus urgent est de revoir radicalement l'ecclésiologie actuellement en vigueur. La conception pyramidale de l'Église a placé les clercs au-dessus de tous les baptisés, en leur octroyant un « pouvoir sacré » sur ceux-ci. Ce déséquilibre est à l'origine de nombreux abus et désordres, et il convient de le corriger radicalement. Il faut s'atteler à cette tâche avec beaucoup de soin et de courage, à commencer par les séminaires.

Le « Maître-Architecte » Jésus nous a laissé les « plans » à cet effet : « ... si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre serviteur » (Mt 20, 27), et il a clairement fixé les objectifs : que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les lépreux soient purifiés et que les sourds entendent, que les morts ressuscitent et que la bonne nouvelle soit annoncée aux pauvres. C'est cela travailler à l'avènement du « Royaume ». En définitive, ce ne sont pas les pierres qui sont importantes. Ce sont toutes les vies écrasées – par la misère économique, la violence politique, les dominations culturelles... – qui doivent être relevées. Les « pierres vivantes » avant les pierres de pierre. La plus grande catastrophe n'est pas la dégradation d'un temple, mais bien le tort considérable causé aux personnes et à la planète par la violence quotidienne consécutive à l'injustice.

Pour cela, il faudra assurément des mains et des ouvrier(e)s ! Toutes les bonnes volontés seront les bienvenues, rassemblant croyants ou non-croyants, ou encore provenant d'autres religions, en accordant une large place aux femmes. À l'image de l'unité observée à travers le monde entier devant le brasier de Notre-Dame.

Et... ce ne sera pas le travail de cinq années...
 

Traduction de l'article de Peio Ospital paru en basque dans Herria à la date du 02 mai 2019

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