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L’Église et les divorcés remariés passent ensemble la porte de la Miséricorde !

Sylvie Tamarelle

Cette année sur le diocèse de Rouen, trois événements sont entrés en résonnance : le jubilé de la miséricorde promulguée par le pape François, son exhortation apostolique sur la famille Amoris laetitia, et l’arrivée d’un nouvel évêque.

Tout cela allait-il être porteur de changement, et en particulier sur la question de l’accès des divorcés remariés aux sacrements dont ils sont exclus, situation qui fait scandale aux yeux du monde et à laquelle nous nous sommes froidement habitués au sein de l’Église ? 

Il faut reconnaitre qu’en Église, nous avons du mal à discuter des sujets qui posent problème. Nous n’avons pas intégré la culture du débat pour avancer ensemble.L’organisation hiérarchique nous fait souvent oublier que tous les baptisés, qu’ils soient laïcs ou clercs, ont reçu à part égale la grâce de l’Esprit Saint. Bien souvent nous n’osons pas interpeller nos pasteurs, au nom de l’unité, de la communion au sein de la famille catholique et nous nous taisons par autocensure ou par pression du groupe.

Il y a un vrai travail de dialogue à entreprendre, d’interpellation mutuelle, fraternelle, forte et bienveillante. En ce sens le pape François se pose en 1ère ligne. En décrétant une année jubilaire de la miséricorde, il n’a pas simplement voulu nous sensibiliser à la miséricorde comme on a la « journée des grands parents » ou la  « journée sans voiture ». Non !

Une année, c’est long et heureusement, car c’est à une conversion que le pape nous appelle et ça ne se fait pas en un clin d’œil.

En juin, notre évêque Mgr Lebrun a présenté l’exhortation Amoris laetitia devant un public de 200 personnes. À cette occasion, des laïcs l’ont interpelé sur le projet pastoral qu’il souhaitait mettre en place pour les personnes divorcées-remariées à la suite de l’invitation du pape : « Nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral vis-à-vis des personnes dites en situations irrégulières. »[1]

La réponse ne permettait pas de conclure que la question était à l’ordre du jour. Mais d’autres voix l’ont interpelé à nouveau. L’été a passé. Début septembre, la réponse de notre évêque avait mûri, et il adresse alors une lettre aux divorcés remariés pour les inviter à un chemin de discernement en vue de recevoir le sacrement de réconciliation.[2]

Sept prêtres « missionnaires de la miséricorde » sont nommés pour assurer cet accompagnement.

Touché au cœur, Mgr Lebrun demande même pardon des souffrances éprouvées par les divorcés remariés à cause du regard posé sur eux par l'Église.

Enfin, pour inaugurer cette initiative, il invite tous les catholiques du diocèse à passer, le jour de la fête de la Toussaint, la porte de la miséricorde à la cathédrale de Rouen : un appel à la sainteté pour tous.

Nous ne saurons jamais quels sont les ressorts de la conversion. Nul doute que l’attitude du pape, qui restant fidèle aux lois de l’Église sait aussi accueillir les situations particulières, est un exemple édifiant de démarche évangélique. « Personne ne peut être condamné pour toujours parce que ce n’est pas la logique de l’évangile. » [3]

Réjouissons-nous car en levant cette exclusion, l’Église elle-même s’ouvre à la miséricorde de Dieu. Elle va pouvoir passer la porte de la Miséricorde, touchée au cœur, et connaître la force de la tendresse.

 

Sylvie Tamarelle. Diocèse de Rouen

 

[1] Amoris Laetitia, n°300

[3] Amoris laetitia, n°297

Version(s) téléchargeable(s): 
Icône PDF Lettre de l’évêque aux divorcés-remariés
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