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L’Église de Belgique et les champignons

André ELLEBOUT

 

 

La Belgique est, dit-on, un pays particulier, capable de résister plus de 500 jours à une crise politique de régime. Et un jour, le ciel s’éclaircit, une sortie de crise semble se lever à l’horizon politique. Pas simple cependant d’être citoyen. L’Église de Belgique a, dit-on, joué un rôle important lors du Concile de Vatican II. Jour après jour, de nominations d‘évêques en remplacement d’archevêque le ciel semble s’obscurcir et refermer l’horizon ecclésial. Pas simple d’être croyant.

 

 

André Joseph Léonard, primat de Belgique (c’est fou la force des titres !), après avoir à sa manière construit, selon lui, une Église nouvelle dans son diocèse de Namur (où je vis) et milité pour se montrer un bon petit soldat de JP II se retrouve (on récompense les bons petits soldats) à la tête de l’Église qui est en Belgique. Refusant de se détruire la santé avec des combats d’arrière garde, de nombreux chrétiens ont délicatement, silencieusement (pas toujours) quitté le navire de l’engagement pour l’Église. Nous en sommes, mon épouse et moi après avoir beaucoup donné en matière de chorale paroissiale, de catéchèse, de pastorale familiale,… Il y a bientôt 20 années nous étions membres de l’équipe de pastorale familiale diocésaine namuroise quand André Léonard entra en fonction épiscopale. A cette époque nous souhaitions, avec certains membres de l’équipe, réfléchir à une pastorale des divorcés remariés chaleureuse, accueillante (l’accès à des fonctions dans l’Église ne posait pas vraiment de soucis à l’époque) et audacieuse (réfléchir à l’accès au sacrement de l’eucharistie). Nous avons reçu la nomination par l’Esprit Saint de André Léonard à la primauté ecclésiale belge et ses prises de positions (notamment dans l’équipe de pastorale familiale) comme une catastrophe. Mais nous ne nous tracassons guère, pensant, avec d’autres, que quand les morts auront fini d’enterrer les morts, il restera bien, espérons-le, des vivants pour vivre joyeusement avec d’autres vivants d’autres univers une vie de fraternité à construire, inspirée pour nous par l’Évangile et pour d’autres par diverses convictions.

La dernière sortie médiatique du Primat (Pastoralia, Revue de l’Église de Bruxelles, octobre 2011) résonne dans le cœur des croyants un peu comme l’éclatement de la bulle financière dans le portefeuille des petits épargnants. Je cite : « (les divorcés remariés) peuvent et même doivent participer à la vie de lÉglise sous ses divers aspects. Ils ne sont en aucune manière excommuniés ! ». « Ils éviteront cependant de solliciter des tâches qui les mettraient en position délicate de porte-à-faux, comme lenseignement de la religion, par exemple, ou la direction dune école catholique. » Entendre et lire de tels propos ne peut que susciter le réconfort… ou le doute dans les esprits, c’est cela l’Église ! Et l’on peut lire ceci : « Tout à fait d’accord avec Mgr Léonard, lorsque l’on fait un choix dans la vie, il faut respecter les règles qui justifient ce choix. Les responsables de l’enseignement catholique devraient relire les évangiles et ne pas laisser entrer le loup dans la bergerie. » (Forum de La Libre Belgique, journal belge) ou cela « Léonard c'est le passé, c'est un peu comme les locomotives à vapeur: elles font du bruit, crissent et génèrent beaucoup de fumée. Cela ne veut pas dire que le TGV est meilleur mais que les passagers aujourd'hui n'ont que faire des vieux horaires et tâchent de construire en vraie Église, respectueuse et non tueuse, un monde meilleur qui réunit dans une humanité commune les femmes et les hommes. Alors, les célibataires donneurs de leçons sur la vie de couple, les jugeurs qui contre témoignent d'un évangile de l'accueil, basta. » (Forum de La Libre Belgique)

 

L’Église officielle de Belgique s’inscrit donc allègrement dans son « chemin de vérité absolue » ignorant le plus élémentaire respect des législations en vigueur dans le pays. Les échos rassemblés dans La Libre Belgique expriment bien cette situation : "C'est aberrant", s'indigne le président du collège des directeurs de l'enseignement fondamental catholique, Jean-Pierre Merveille. "Un cadre légal garantit une distinction claire entre les vies privée et publique." Un point de vue que partage Conrad Van de Werve du Secrétariat général de l'enseignement catholique (Segec), qui parle de discrimination à l'embauche. Les associations de parents lèvent aussi le bouclier. "La personne doit répondre aux conditions légales pour être engagée", souligne de son côté le président de l'Union des fédérations des associations de parents de l'enseignement catholique (Ufapec), Pierre-Paul Boulanger.

 

Et que fait-on avec cela ? Une fois de plus, des catholiques de Belgique ne se reconnaissent plus dans cet Église aux odeurs de naphtaline et au goût rance de vieux champignons oubliés. Quelle place donc pour le non jugement, l’accueil respectueux des différences ? Après les atermoiements de l’Église belge en matière de pédophilie, une telle sortie participe à démanteler une institution dont l’avenir, de plus en plus, semble se situer derrière elle. Pourtant, nous croyons avec force que l’Église n’est pas un fait du passé, l’Église est bien celle que Jésus nous a demandé d’édifier, elle n’est pas une Église qui se laisse fossiliser et qui oublie ses vrais modèles « évangéliques ». Et en participant aux réflexions de la conférence, nous voulons rester dans une Église qui se donne la charité évangélique comme repère. Alors lançons un appel d’espérance pour que se lèvent (continuent à se lever) des chrétiens nouveaux qui n'en ont plus rien à cirer de cette Église et construisent de-ci, de-là les fondations d'un courant de pensée évangélique, libre, convivial, généreux accueillant.

André Elleboudt