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L’Église : une ambiguïté à déjouer

Jean-Luc LECAT
Foule
Foule © Pixabay - Domaine public


Voici un article propre à stimuler la réflexion !

Tout un ensemble d'expressions laissent entendre que l'Église est au cœur de tout ce que les chrétiens sont appelés à vivre, expressions telles que  : "l'Église a besoin de tous pour accomplir sa mission", "nous avons à construire l'Église du Christ", "il s'agit d'entrer dans la foi de l'Église", il faut réparer l'Église", jusqu'au "je crois en l'Église, je lègue à l'Église"(pub dans La Croix du samedi\dimanche 29 et 30 juin 2019) !

1 - L'Église n'est pas un être, elle est la foule innombrable des croyants...

Jésus qui habite son peuple, voilà l'Église, une façon de vivre des disciples du Christ à la lumière de l'évangile, qui peut paraître étrange, utopique, différente de celle du profit, de l'argent, du pouvoir, du chacun pour soi… image d'éternité peut-être...

Sans les hommes et les femmes qui la composent, l'Église n'a pas d'existence, pas de réalité par elle-même. Dire : "l'Église pense que", "demande que", "ordonne que", "interdit que", n'a pas de sens. La seule chose que l'on puisse dire c'est : "les croyants en Christ assemblés en tel lieu, à telle époque donnée et dans des conditions d'existence données, pensent que..., disent que... "

Il n'y a pas de paroles définitives, il n'y a pas d'options irrėformables, il y a des hommes et des femmes croyants aux prises avec les réalités de la vie d'aujourd'hui pour construire le monde d'aujourd'hui. L'Église ne peut pas être une vérité à croire, une réalité intouchable, une quasi personne.

2 - Or, au cours de l'histoire, l'Église s'est érigée en absolu...

Jésus n'a pas fondé une Église. Ce sont ses disciples qui ont pensé lui être fidèles en prenant les commandes... Des hommes ont usé et abusé du verset "tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église". Avides de bien faire sûrement, ils ont voulu organiser, contrôler, ne pas se laisser déborder : ils se sont emparés de ces quelques mots pour s'autoriser à créer une structure, une organisation, qui s'est institutionnalisée pour régir la bonne nouvelle annoncée par Jésus.

Les communautés se sont choisi des responsables, elles leur ont reconnu un pouvoir sacré, et peu à peu une hiérarchie s'est installée et a régi l'Église. Les évêques, les clercs, les théologiens, le pouvoir civil même ont imposé des règles de fonctionnement, des affirmations dites intangibles, des institutions qui leur ont paru adéquates, et tout cela s'est appelé l'Église, à la fois indissociablement et inextricablement Assemblée de croyants et Institution. Et c'est le piège !

3 - L'Église s'est installée dans une situation d'ambiguïté permanente et de domination.

Hiérarchie, théologiens et religieux ont sacralisé cette Église, son organisation, ses affirmations, ses décisions, ses commandements, tout en se donnant bonne conscience et en rappelant que, bien sûr, l'Église c'est l'ensemble du peuple croyant. Mais l'Église s'est ainsi érigée en objet de foi, de vénération, de domination sacrée.

Au lieu de considérer toutes les innovations et formulations comme des besoins d'une époque ou d'un lieu, le pouvoir hiérarchique a eu tendance à additionner, universaliser, sacraliser les affirmations dites irréformables aussi bien que les "inventions", les "trouvailles" de fonctionnement et d'organisation. Le pouvoir hiérarchique et théologique a statufiė, figé dans le dogme et la tradition, au lieu de savoir relativiser, remettre en cause en fonction du temps, des avancées humaines et scientifiques, des prises de consciences de ceux qui sont le tissu même de l'Église, les croyants vivants de leur foi dans leur temps.

Même si une multitude de femmes, d'hommes, d'enfants de l'Église ont infiniment apporté au monde, il nous faut renoncer à cette idée d'une Église maîtresse de pensée et de vie. L'Église dite Institution, en elle-même, n'est rien qu'un outil. Elle n'a pas autorité sur les personnes. La prendre pour référence à laquelle on devrait se soumettre, ce serait en faire comme un absolu. Elle n'est qu'une organisation d'une complexité telle que la réformer semble relever d'un défi insurmontable. Mais "rien n'est impossible à Dieu" !

Ce n'est pas l'Église-Institution qui a la solution face aux problèmes qu'elle rencontre en ce 21e siècle, même si c'est avec elle aussi qu'il faut chercher.

4 - C'est aux chrétiens d'aujourd'hui d'inventer la façon de vivre du Christ et de sa parole en notre temps.

Face aux grandes remises en cause actuelles de l'institution Église liées au pouvoir, à la sexualité, à l'argent, ce n'est pas à la "machine-église" de décréter du haut de sa hiérarchie : "maintenant il faut faire ceci, il faut se réformer comme cela, il faut mettre en place telle institution, supprimer telle autre..."

C'est à nous tous, les croyants en Jésus-Christ, laïcs, clercs et religieux ensemble, de nous retrousser les manches et de reprendre conscience de ce que nous sommes, de notre responsabilité par rapport à la bonne nouvelle. À nous tous d'être à oeuvre, individuellement et avec les autres, pour inventer comment, en ces années 2020, vivre pleinement la parole de Jésus dans ce monde tel qu'il est avec ses découvertes, ses angoisses, ses richesses, ses recherches, ses aspirations.

Le renouvellement de l'esprit chrétien, de la vie chrétienne aujourd'hui, ne me semble pouvoir se faire que si nous acceptons de ne pas nous focaliser sur l'Église-Institution, les transformations à y faire, les modifications à apporter, le visage à lui donner. L'Institution, par ses clercs et ses théologiens, n'est rien qu'un outil au service des croyants ; ce n'est pas à elle de décider ce que nous devons faire.

Ce sont nous tous, baptisés, sans distinction aucune, mais à l'écoute de l'Esprit ensemble, qui devons trouver les solutions ; ce sont nos communautés chrétiennes, avec leurs clercs si elles en ont, qui ont à se confronter aux problèmes et à mettre en place des solutions pour le temps que nous vivons et là où nous sommes. Ce n'est pas aux prêtres de décider ou de commander, sous peine de retomber immédiatement dans le cléricalisme, mais c'est, à mon avis, aux prêtres de nous garder ensemble dans la richesse de nos diversités, d'avoir soin de chacun et de tous, de nous permettre d'être debout en reconnaissant notre liberté de pensée et de conscience, de nous rassembler, de nous réconforter et de nous nourrir dans ce chemin d'aventure au service de notre terre.

L'important n'est pas de rajeunir ou de réparer l'Église, mais d'être porteurs de la Bonne Nouvelle, au cœur du monde, d'y être sel et lumière! Et ce n'est qu'en le vivant ensemble que ce peuple de croyants que nous sommes offrira de la vie à notre monde et, par surcroît, il risquera d'offrir un visage vraiment renouvelé de l'Église en notre temps.

Le but, c'est de vivre en croyants en Christ et, comme lui, d'avoir la passion des êtres humains, femmes et hommes, dans ce monde de 2020.

À vin nouveau, outres neuves !
 

Jean-Luc Lecat – août 2019

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Commentaires
Chesseron Joseph

Je suis pleinement d'accord avec ce qu'écrit Jean-Luc Lecat. Je voudrais ajouter quelque chose que je ne retrouve pas assez clairement dans son article. Prêtre retraité (83 ans) , cheminant avec la Communauté Mission de France depuis plus de 40 ans , J'ai appris d'elle une chose essentielle. Je l'ai aussi appris par le travail dans le milieu associatif. La première démarche de la Mission c'est de se de .mettre à l'écoute de l'Esprit qui ne nous a pas attendus pour travailler sur tout chemin d'humanité. Le premier "souci missionnaire" consiste à apprendre les langages des humains pour pouvoir écouter l'Esprit qui s'y exprime. Ce travail indispensable est déjà "évangélisation" puisqu'il prend le chemin de Jésus de Nazareth.

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