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La Samaritaine, Évangile de Jean, 5-42

Annick GUILLOU

La liturgie nous propose ce 3° dimanche de Carême un monument de l’Évangile de Jean, l’histoire d’une femme que Jésus vient appeler au cœur de son parcours un peu chaotique, sans lui reprocher ce qu’elle est… une rencontre qui pourrait bien être la nôtre : ce texte ne serait-il pas au fond le miroir de notre propre retournement ? 

La Samaritaine est un modèle de femme libre, étrangère et pauvre, impure et païenne, dont le comportement paraît immoral. Femme sans nom ni identité, elle concentre sur sa personne tous les défauts que lui attribue une société confortablement installée dans ses certitudes au point de l’exclure. Cependant, on l’imagine vive, enjouée et intelligente ; en s’adressant à elle, Jésus lui fait confiance, elle va entendre une révélation.

 Leur rencontre, grâce au dialogue et à la Parole donnée, est, en effet, une vraie révélation

  • Jésus appelle une action : sa fatigue et sa soif le poussent à demander à boire.
  • Elle reconnaît un homme d’un autre statut social et s’étonne qu’il s’adresse à elle car il risque de se compromettre.
  • Jésus répond en se dévoilant :
  1. il connaît le don de Dieu grâce à sa relation avec de Père et il sait que ce Dieu se donne…
  2. il se présente à demi-mot « Je Suis » : il annonce qu’il est le Fils de Dieu
  3. tu « L’aurais prié » : il indique la voie, c'est-à-dire la meilleure attitude spirituelle ; elle consiste à être en attente ou en demande, dans une volonté de relation.
  4. « Il t’aurait donné de l’eau vive » c'est-à-dire la vie intérieure, c'est-à-dire l’Amour, qu’on ne peut garder pour soi…

Ainsi Jésus, en peu de mots, donne un remarquable condensé de vie spirituelle.

Ces révélations redonnent vie pour ceux qui agissent en Vérité et adorent en Esprit.

Elle reconnaît en Lui un Maître en l’appelant « Seigneur », non sans le provoquer, car elle lui fait remarquer qu’il n’a pas le matériel adapté. Cette provocation a pour but d’en savoir davantage sur la provenance de l’eau vive car elle a tout à fait bien compris qui il est, mais lui demande de confirmer :

  • « D’où » vient-elle cette eau vive ?

  • « Serais-tu plus grand que Jacob »

Jésus confirme la Révélation par l’annonce osée du don de cette eau qui étanche la soif et donne la vie éternelle.

 Cette histoire montre l’indispensable recherche de la vérité dans la relation aux autres et à Dieu. On devine la Samaritaine émerveillée et convaincue, manifestant le désir d’avancer encore plus loin : elle demande l’eau, comme elle demanderait un « baptême ». Le passage à la Vie de l’Esprit en Christ n’est en rien douloureux car Jésus la renvoie simplement à la vérité de sa personne : il ne lui reproche rien, mais il lui permet de changer son regard sur elle-même, en faisant émerger la vérité de sa relation aux autres, qui est l’absence d’amour. Jésus passe, pose son regard et lui montre qui elle est, tout simplement ; et elle se convertit.

 Cette découverte la pousse à rendre grâce mais… Jérusalem est loin ! Jésus lui révèle encore que l’adoration s’affranchit du lieu géographique. Alors, avec finesse, elle interpelle le prophète en Jésus et la prophétie tombe : il n’y a pas de lieu pour adorer hormis « En Esprit et en vérité »

Elle a entendu parler d’un Messie (celui qui sauve), elle le questionne sur cette éventualité et il confirme en mettant l’accent sur sa Parole. Elle court alors annoncer le Sauveur.

 Le retour des disciples replace Jésus dans une attitude d’enseignement : il explique, prend de la hauteur et élève avec lui les disciples.

La nourriture spirituelle est de faire la volonté du père, c'est-à-dire promouvoir la vérité intérieure, vérité des relations et des actes.

La moisson est prête, le semeur est heureux et le moissonneur reçoit son salaire : si le semeur est Dieu, c’est le moissonneur, c’est-à-dire l’homme, qui récoltera une Parole accomplie, pleine de sagesse, celle qui fait sortir des situations difficiles.

Les disciples sont envoyés moissonner « là où vous ne vous êtes pas fatigués » car c’est Dieu qui transforme les cœurs… Ailleurs, là où il n’y a pas de vérité dans les comportements et les paroles, certains s’épuisent.

 Ils furent nombreux à croire non pas sur les affirmations de la femme, mais parce que cette parole de vérité, venue du plus profond ce la sagesse, les touche eux aussi dans leur histoire personnelle, car elle les relie à l’Amour.

 Jésus a pris de nombreux risques dans cette relation où il renverse tous les codes mais au fond c’est bien ce défi qui nous est lancé dans l’expérience chrétienne : le retournement de la personne, l’inversion des codes et des situations. Alors toutes les portes de la vraie vie peuvent s’ouvrir libérant l’amour qui transfigure le monde… Jésus est passé, il a traversé cette histoire, donné son amour et relevé la Samaritaine.

Annick Guillou

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