Vous êtes ici

La nuit de Noël-« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »

THÉOPHILE

« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! » Ce soir, nous voudrions parler d’amour et de paix, mais il ne faut pas trop élever la voix. D’abord parce qu’il y a un enfant qui vient de naître, qui dort, et qu’il ne faudrait pas réveiller. Parce que l’amour, qui peut donner une énergie formidable, peut aussi, souvent, être quelque chose d’infiniment délicat, de très fragile… Parce que l’amour n’est pas seulement un mystère de l’esprit, mais aussi de la chair, donc de la naissance et de la mort. De la chair avec ses émois, ses peurs, ses fatigues. Comment parler de ce qui nous est le plus intime : de nos épreuves, de nos doutes, de nos souffrances – même si elles n’enlèvent rien à la joie ? Parce qu’il n’y a pas d’amour sans souffrances – comme nous ne le savons que trop ! C’est le mystère de Jésus qui renverse en cette naissance tout ce que les hommes ont jamais pu mettre sous le nom de « Dieu ». Parce que la mangeoire où il repose annonce le creux du tombeau où l’on déposera un jour son corps torturé. Parce que la crainte des bergers devant l’annonce des anges laisse présager la peur puis la débandade des apôtres à l’heure de la croix. – Vous trouverez un nouveau-né emmailloté… Trois femmes se rendant tombeau au matin de Pâques s’attendent à trouver un cadavre, enveloppé d’un linceul. L’amour nous malmène, l’amour nous éprouve parce, qu’il n’est pas d’ailleurs : il est d’ici, d’aujourd’hui, comme la naissance et la mort. D’une étrange proximité. Et il n’y en a pas un d’entre nous qui n’y soit… qui n’y ait été… appelé. Nous en rêvons, nous l’invoquons, parfois nous le fuyons, nous le pleurons, sans cesse nous le cherchons… et ce soir nous découvrons comment il est venu nous chercher. Ce n’est pas un joli souvenir d’enfance : c’est d’une terrible actualité ! Au  milieu des hommes, Dieu démuni. Luc n’a pas écrit son récit de la Nativité pour nous conter une histoire émouvante, mais pour nous ouvrir les yeux sur ce qu’il appelle « la Gloire de Dieu ». L’expression est surprenante car, de gloire, au sens habituel, nous n’en voyons point ce soir. La gloire n’est pas dans les lumières des palais ou sur les tables des réveillons. Le mot hébreu kabôd que nous traduisons en français par « gloire » implique l’idée de poids. La « gloire » dans la bible ne signifie pas la renommée mais le poids d’une existence. Vous pouvez l’entendre comme vous voulez ! Il y a d’abord cette existence humaine – la mienne, la vôtre – qu’il faut porter. À certains jours, elle peut nous sembler trop pesante : au point que certains plient. C’est notre vie humaine, telle que Jésus l’a partagée. Mais, dans un autre sens il y a aussi ces vies simples, apparemment banales, qui semblent ne pas peser lourd dans la balance de l’Histoire, mais qui de fait ont du poids : par leur engagement, par le parcours vécu, par l’amour dont elles témoignent. Il y a deux semaines, par exemple, nous ne pensions guère aux enfants de l'école de Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut. Et soudain voici que vingt vies si légères ont pris un poids terrible aux yeux d’un monde consterné. Et bien plus encore, sans doute, dans le cœur de Dieu. Ce monde n’en finit pas de massacrer des innocents ! Il y a aussi toutes ces vies qui ont du poids par leur aventure intérieure, par leur engagement social ou politique, par leurs créations, par leur rayonnement. La gloire n’est pas l’apanage des rois : elle nous parle ce soir du poids d’une naissance qui passa complètement inaperçue. C’est pourquoi Luc mobilise des anges dans son récit : c’est sa manière de nous faire comprendre, à nous comme aux très humbles bergers de Bethléem, le « poids », c’est-à-dire l’importance de cette venue au monde, et de souligner combien elle nous concerne. Jean, plus tard, parlera de « la gloire de la croix ». Déroutante expression puisque la croix, humainement, c’est la condamnation, la honte, l’échec. Jésus pourtant en fera le sommet d’une vie donnée : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Ce soir, nous voudrions parler d’amour, mais vous comprenez pourquoi nous ne pouvons pas trop élever la voix. Parce qu’il y a, dans le monde et tout près de nous, des corps et des cœurs qui souffrent, mais qui ne connaissent pas la proximité de Dieu. Parce qu’il y a des hommes et des femmes qui cherchent l’Amour – qui cherchent Dieu –, mais qui ne savent pas encore où le trouver. Parce qu’il y a des multitudes de baptisés qui ne savent pas – ou ne savent plus ou pas encore – la beauté de la Vie de don qui leur est proposée. Mes amis, ne parlons donc pas trop d’amour, mais essayons plutôt d’en vivre. De Le vivre ! Il veille à nos portes et ne demande qu’à entrer : à faire chez nous sa demeure. Pour protéger cette Vie, nous devons résister à la violence du quotidien. Il ne s’agit pas seulement de protéger la vie des enfants, mais la Vie de Dieu, à naître en nous. Aimons la Vie qui nous est donnée parce que nous avons infiniment à vivre. À vivre l’infini ! « Dieu a créé l’Homme, comme le dit saint Irénée de Lyon, pour que l’Homme devienne Dieu ». En créant le monde, en venant à l’Homme, Dieu est sorti de lui-même pour qu’à notre tour nous sortions de nous-mêmes et entrions dans sa Vie. C’est une rencontre à ne pas manquer, que de tout grand cœur je vous la souhaite. THEOPHILE

Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales
Mot-clefs: 
Philippe Baud
Ajouter un commentaire