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La nouvelle mort de François d’Assise

CCBF

L’un de nos lecteurs qui signe parfois des commentaires sous le nom d’Origuynal nous livre ses impressions avignonnaises. Merci à lui. De passage à Avignon où j’étais venu soutenir quelques amis dans le « off » j’ai sauté sur l’occasion d’aller voir la troisième vie de François d’Assise (1), proposé par le Festival« In », pensé selon le programme comme un lieu de paix et d’amitié, un refuge à la société consumériste (sic). Ca tombait bien vu que j’étais plongé dans l’enfer du off, sa concurrence épouvantable et donc son consumérisme échevelé, sa chaleur étouffante où il semble y a voir plus de spectacles que de spectateur, l’angoisse prégnante de mes amis aux conditions de travail de plus en plus précaires et qui s’angoissent chaque jour de ne même pas arriver à couvrir leur frais. Ce qui est chouette avec l’avant garde, c’est qu’on s’attend à tout, même au pire, et de ce point de vue là, je n’ai pas été déçu. S’il s’agit de choquer le bourgeois, c’est réussi tant j’en suis ressorti traumatisé. En fait, l’effet est à l’inverse de son intention, non pas un lieu de paix mais d’agression, non pas un lieu d’amitié mais de perversion, voir de fanatisme, en tout cas d’aliénation plus ou moins psychiatrique, totalement incommunicable. Et les petits fours ou le charme des hôtesses n’y changent rien. Tous les personnages semblent enfermés dans leur monde . Soit, ils sont nus, sans aucune expression et s’exhibent à votre regard sans aucune pudeur, façon bon sauvage. (Eloge de l’animalité chère à François ?) Soit, ils sont déguisés en moines, perdu dans des vocalises de free jazz ou alors le nez collé à un mur pour déclamer un texte inaudible dans une sonorisation caché dans un confessionnal (Eloge de la spiritualité ?) . Il faut le voir pour le croire et on ne peut pas ne pas se demander, mais qu’est que cela veut dire ? . Ce qui est chouette avec l’avant garde, c’est que chacun peut y comprendre ce qu’il veut, vu que c’est justement pensé pour vous « interpeller quelque part ». Encore une fois, de ce point de vue, ca marche ! Je ne ferai donc qu’une seule tentative d’interprétation plus ou moins hasardeuse, celle de l’église renversée qui trône dans une salle vide. Pour moi, mais je peux me tromper, c’est l’église enfin destituée, et à travers elle la culture, (et son consumérisme afférent). Après la vie de François d’Assise (la première), il y a eu sa canonisation (la deuxième), et maintenant qu’elle est destituée, sa bestialité (la troisième), et ce loin de tous les préjugés de race, de milieu, d’éducation, de savoir et de connaissance dans une sorte d’autisme silencieux mais totalement vide et finalement très con. J’ai quitté le paradis autiste des subventionnés pour retourner dans l’enfer si réel des consuméristes. J’y ai vu une comédienne parler de sa vie, de ses amours, de ses joies et de ses peines avec une belle humanité (2). Quel paradoxe ! (1) : La troisième vie de François d’Assise de Jean Michel Bruyère (2) : Le choc d’Icare de Muriel Montossey

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