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L’Esprit, selon Monseigneur Riobé

Thérèse

Comme la liturgie nous y invite, nous fêtons dimanche 12 juin la Pentecôte, venue de l’Esprit-Saint. « Je crois en l’Esprit-Saint » : dans une série intitulée « Une brassée de confessions de foi » dont Henri Fesquet avait eu l’initiative, Le Monde du 10 juillet 1978 a publié ce texte de Mgr Guy-Marie Riobé, évêque d’Orléans (membre de l’UNION fondée par Charles de Foucauld). C’était huit jours avant sa mort. Nous croyons que G-M Riobé continue d’agir en Jésus Ressuscité, qu’il est à nos côtés quand, à travers ce texte ultime, présenté en deux parties, nous nous ouvrons tout grand à l’Esprit qui est feu et violent coup de vent. Thérèse Huvelin « Quand pourrons-nous donc, délivrés de nos formules exsangues et de nos abstractions, confesser notre foi en l’Esprit Saint par une parole capable d’aller du cœur au cœur, comme une flamme en appelle une autre ? Croire en l’Esprit, c’est croire en la vie, c’est croire que toute vie aura en Lui, définitivement, victorieusement, le dernier mot sur toutes les fatalités de désagrégation, d’immobilisme et de mort. Croire en l’Esprit, c’est croire en l’histoire comme histoire du salut, histoire de la libération de l’homme, de tous les hommes. Je crois au Saint-Esprit non pas comme à une porte ouverte pour m’évader, mais comme à la seule espérance qui puisse, en définitive, animer l’histoire des hommes. Je crois en l’Esprit qui anime aujourd’hui les grandes poussées de libération qui tendent vers une universalité humaine concrète, diverse, capable dès lors de communion faite de l’égale dignité et de la libre rencontre de l’homme et de la femme, des ethnies, des cultures. Je crois en l’Esprit qui vibre dans les cris du Tiers monde comme un appel au partage des biens de la terre, au respect des peuples longtemps méprisés, au dialogue des civilisations reconnues dans leurs différences et leur originalité. Tout homme est mon frère parce que nous sommes tous fils d’un même amour. Tout homme m’est sacré parce que tout homme est fils de Dieu. Et je crois en l’Esprit qui dans les mêmes temps fait grandir dans nos pays, d’une manière parfois sauvage, déconcertante, une grande soif du sens. C’est en dehors de nos Églises, je le sais, que bien des hommes recherchent ce Dieu d’amour que seul L’Esprit peut nous donner de connaître et d’aimer. Je le regrette, mais je les comprends. Toutes les institutions, tous les signes, même les plus sacrés, se dégradent s’ils n’acceptent pas à chaque printemps de faire peau neuve, quels que soient le prix et l’ampleur des déchirements et des souffrances à consentir. Nos communautés, comme toutes les institutions, n’échappent pas au temps et à son usure. L’Église, à divers moments de son histoire, a pris peur de l’Esprit, a cessé d’être mystique et créatrice pour devenir juridique et moralisante. Alors les bourrasques de l’Esprit ont soufflé à sa périphérie et parfois contre elle dans une grande exigence de vie créatrice, de justice et de beauté. « Il y a des athées ruisselants de la parole de Dieu », disait Péguy, et c’est toujours vrai. Je crois que Dieu nous accompagne tous dans notre aventure humaine et que seule sa présence est éternelle, et non pas les structures, les paroles, les images que, peu à peu, au fil des siècles, nous avons adoptées pour nous signifier à nous-mêmes son compagnonnage. Notre Église n’a rien à redouter des critiques qui lui viennent d’ailleurs si elle sait les écouter comme un appel de Dieu. Elle ne saurait verrouiller les portes pour disposer plus sûrement d’elle-même. Elle se reçoit à chaque instant de Dieu pour être sans cesse envoyée, immergée dans le monde, pauvre , modeste, fraternelle, messagère de joie, donnant sa voix aux pauvres, aux hommes que l’on torture ou que l’on tue, à tous ceux-là qui nous crient silencieusement l’Évangile. Telle est pour l’Église, et pour tout chrétien, la nécessité, parfois l’urgence, de discerner et de fonder la raison de ses attitudes, de ses réactions devant tous les grands mouvements de l’histoire. Discerner sans éteindre ou contrister le libre jaillissement de l’Esprit et de la vie qu’il suscite. Ainsi pourrons-nous retrouver l’actualité de ces grands réveils humains, venus du cœur de l’homme à la manière de pentecôtes successives. C’est Dieu qui, par tout ce courant qu’on appelle prophétique, défend son œuvre, empêche qu’on ne la mutile et ne la paralyse. Il y a là, et dans le plus quotidien de la vie, un véritable don de l’Esprit chez tant de vrais vivants qui ne cessent de réinventer l’amour et la joie profonde d’être. Il jaillit parfois à la surface de l’histoire avec un Dom Helder Camara, par exemple. L’Église doit à nouveau laisser la parole de Dieu ensemencer l’histoire. » Mgr Guy-Marie Riobé (à suivre demain)

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