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L’apôtre était une femme !

Michèle JEUNET

La plupart des commentaires de l'évangile de Jean sur la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, sont des banalisations qui mettent le projecteur sur une femme en faute dans sa vie sexuelle.
Ah, la belle affaire !
En réalité, prêtons l’oreille, élargissons le champ de notre perspective, d'un bout à l'autre de ce dialogue, nous sommes dans le domaine de la foi, en plein cœur de la symbolique chère aux prophètes :
l’idolâtrie, le mal par excellence dont souffre le peuple, cette idolâtrie est conçue comme un adultère, une intolérable infidélité du peuple à son époux qui est Dieu.
Seule cette interprétation symbolique peut expliquer ce texte.

Quand la Samaritaine dit qu'elle voit que Jésus est un prophète, elle ne s’attarde pas à reconnaître que Jésus posséderait un savoir surnaturel sur sa vie privée, mais elle découvre sa dénonciation prophétique de l’idolâtrie.
Elle place Jésus dans la continuité du prophète Osée qui, dans l’Ancien Testament, va intenter un procès contre un Israël voué aux idoles. (Os 2, 4).
C'est de cela qu'elle témoigne, lorsqu’elle va rapporter aux autres les propos de Jésus : « ce qu'il m'a dit ».
Cela n'a rien à voir avec sa vie conjugale mais avec la vie d'alliance d'une communauté.
Dialogue d'une rare intensité théologique.
Un vrai dialogue unique dans l'Évangile où cette femme est une authentique partenaire.

L’Evangile de Jean ajoute un détail qui est parallèle à l'appel des apôtres dans les synoptiques, lorsqu’ils quittent leur bateau.
Ici cette femme « abandonne » aussi quelque chose pour se consacrer à l'évangélisation.
Souvenez-vous : la cruche !
« Laissant là sa cruche, elle courut à la ville »…
L'abandon de la cruche est semblable à l'abandon des filets, du bureau de douane, pour suivre Jésus et devenir apôtre.

Pourquoi cet abandon de la cruche n’a-t-il jamais été interprété au même titre que l’abandon des filets ?
D'autant plus que - et c'est un cas unique dans l'Évangile - la Samaritaine est la première et la seule dont la parole a permis à un groupe tout entier de se convertir.
Elle réalise ce que Jésus dit en Jean 17,20 : « Ceux qui croiront en moi grâce à leur parole ».
Eh bien, son ministère de la Parole a été efficace.

Avec Jésus personne n'est exclu de la foi et de l’apostolat.
Cette femme alors devient la représentante universelle de l'autre qui méprisé-e, mis-e à l'écart, tout au long de l'histoire et partout dans le monde.
En étant appelée par Jésus à être apôtre, elle est représentante du travail de libération contre toute exclusion que Jésus est venu semer dans notre monde.

Quel beau dimanche, que celui où une telle invitation est prononcée !

Michèle J

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