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John Shelby Spong, Le quatrième évangile. Récits d’un mystique juif chrétien

Jacques MUSSET
John Shelby Spong
John Shelby Spong © Scott Griessel, creatista on flickr.com @ Creative Commons (CC BY-SA 2.0)


John Shelby Spong, Le quatrième évangile. Récits d’un mystique juif chrétien

(Éd. Karthala, décembre 2020, 252 pages, 24€. Traduit de l’américain par Roger Gautier)

John Shelby Spong, ancien évêque anglican des États-Unis, n’est plus un inconnu en France depuis la parution de son premier livre traduit en français Jésus pour le XXe siècle, qui a recueilli un succès réel. Dans ce septième ouvrage, John Spong très au fait des recherches exégétiques sur les évangiles aux États-Unis, notamment au sein du Jesus Seminar, nous livre une présentation du quatrième évangile à la fois traditionnelle et originale, dont l’auteur lui semble, à bien des indices, avoir été inspiré par le courant juif mystique de la littérature de l’époque. Il en ressort une compréhension inédite du visage de Jésus par la communauté de Jean, un Jésus qui offre aux humains la Vie et la vie en abondance (Jn10, 10)

Notre quatrième évangile a été écrit, selon Spong, dans une communauté chrétienne formée de Juifs convertis qui, jusqu’à la fin des années 80, a continué à fréquenter la synagogue, avant d’en être mis à la porte et d’émigrer sans que l’on sache où. Coupés du judaïsme – leur racine mère –, il leur fallait désormais, face à lui, affirmer, sans complexe et avec force, leur identité de disciples de Jésus et sa nouveauté inédite. Ainsi est né le quatrième évangile, selon John Spong. Sa tonalité dominante s’en ressent. Beaucoup de ses textes prennent en effet, dans son interprétation de l’événement Jésus, le contrepied de la foi juive basée sur les enseignements étriqués issus de la Loi, tout en montrant que Jésus se situe dans le droit fil de la grande tradition biblique dont il est le point culminant.

Ainsi l’auteur du quatrième évangile appelle sans cesse le disciple de Jésus à dépasser une vision superficielle de Jésus et à s’ouvrir à une vision profonde de ce qu’il est, le Vivant et la Source de la vraie Vie, ce qui transparaît dans la manière dont il a investi son existence. John Spong montre comment ce message fondamental s’exprime avec cohérence et force dans les trois grandes parties de l’évangile de Jean précédé du prologue (1,2-18) : « Le livre des signes » (sept manifestations de Jésus qui le révèlent comme initiateur de la vraie Vie, 1,19-12,50), le discours d’adieu (13-17), les récits de la passion et de la résurrection (18- 21,25). Mais attention, ce qui est raconté à la manière de récits historiques n’est pas à lire de façon littérale. Chaque histoire est le symbole de la vraie Vie qui habite Jésus et qui appelle les humains à passer du stade de vécus à la situation de vivants. Les discours de Jésus, dans la première et seconde partie, sont le fruit de la méditation de la communauté chrétienne de Jean, manière pour elle de s’entendre constamment répéter le sens profond de l’engagement de Jésus. Rien à voir avec le rachat d’une faute originelle par des souffrances et le supplice de la croix. Certes, la croix marque historiquement le terme de l’existence de Jésus, mais sa signification se situe dans la ligne de ce que fut la vie de Jésus : éveiller les humains à un sens nouveau qui est d’aimer au-delà des limites que nous posons spontanément.

Le récit de la Passion est vu comme le point culminant du don de sa vie par Jésus. Et de quelle manière magistrale ! Celui qui est arrêté, mis en procès, humilié et torturé par les soldats romains, ridiculisé par Hérode de Galilée et, finalement, injustement voué au supplice de la croix par Pilate sous la pression « des Juifs », celui-ci qui apparaît comme le vaincu et le perdant, l’auteur le décrit, depuis son arrestation jusqu’à son expiration finale, comme celui qui domine les événements, dans une liberté, une autorité, une maîtrise impressionnantes. Il ne s’agit pas d’un reportage, mais d’une compréhension dans la foi des derniers événements de la vie de Jésus.

Les récits sur Jésus ressuscité en sont une confirmation. Comme bien d’autres passages du quatrième évangile, ils n’ont rien d’historique, au sens où nous entendons ce mot aujourd’hui. Leur vérité est d’un autre ordre. Ils traduisent l’expérience intime que les disciples ont fait après la mort de Jésus, à savoir que son chemin était bien une voie de vie, qu’il était inspiré par Dieu et révélateur du Dieu de la vie. Tel est l’enjeu de la proposition chrétienne selon le quatrième évangile : s’engager à la suite de Jésus, source de la vraie Vie, pour devenir des vivants et être contagieux de cette Vie.


Jacques Musset

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