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Qui jette la pierre aux Juifs touche Jésus

Jacques NEIRYNCK
Jésus est juif
CCBF


La résurgence des manifestations antisémites est non seulement odieuse mais aussi incongrue. Alors que ces actes sont réprimés par la loi, certains vont jusqu’à l’enfreindre dans un but qui n’est pas clair. Plus qu’une persécution proprement religieuse, il s’agit d’une démarche politique.
Si elle encourage l’intolérance, sœur de la xénophobie, elle profite à l’extrême-droite. Or la méfiance de celle-ci s’oriente plutôt vers l’islam. Il n’est donc pas exclu que cette campagne s’efforce de faire d’une pierre deux coups : remuer le fond d’antisémitisme, voire d’antijudaïsme, profondément ancré dans certaines couches de la population, celles qui demeurent dans la tradition du régime de Vichy et du procès de Dreyfus ; en faire tomber l’opprobre sur les musulmans soupçonnés d’en être les auteurs.
Cependant l’actualité politique de la France est suffisamment prégnante pour qu’il ne soit pas pertinent d’agiter ces vieux démons. Si l’on essaie de raccorder la remontée de l’antisémitisme à l’actualité, il joue un autre rôle encore plus délétère.
L’insurrection des gilets jaunes représente une manifestation de désespoir des milieux défavorisés par la mondialisation et la numérisation. La France profonde est tétanisée par son déclin économique et politique. Les institutions ne jouent plus leur rôle d’intercession, d’arbitrage et de médiation. La répression policière et judiciaire de ce psychodrame ne peut aller jusqu’à la racine du mal. Dès lors le seul recours est de procéder à un rite archaïque, la désignation et l’exécution d’un bouc émissaire, d’une classe de coupables.
L’antisémitisme est né de l’antijudaïsme, c’est-à-dire de l’hypothèse du peuple élu d’Israël, qui aurait perdu la faveur divine, qui est collectivement coupable de déicide et qui est substitué par le peuple des chrétiens. Bien que les « riches » soient rituellement évoqués, ils ne peuvent remplir ce rôle, car ils sont mal identifiés et circonscrits. Dès lors, pour mieux concentrer la vindicte populaire, la recette la plus puissante évoque, à nouveau et sans remords, la figure traditionnelle du comploteur juif, prétendu accapareur de la richesse et présumé agent de la mondialisation.
Or, le Christ est juif, né dans une famille juive, entouré de disciples juifs. Il procède d’une évolution du judaïsme, qu’il ne vient pas abolir, mais accomplir, pour citer ses paroles. Dès lors défendre les racines, prétendument chrétiennes, d’un peuple européen en rejetant l’héritage juif est absurde. Les Juifs sont nos « frères aînés dans la foi », comme le rappelle l’enseignement de Vatican II et la liturgie de la Semaine Sainte. À ce titre, ils ont droit à un respect singulier.
À chaque manifestation d’antisémitisme devrait donc répondre une condamnation explicite, non seulement des dirigeants politiques, mais aussi et surtout des responsables des Églises chrétiennes. Il faut qu’ils signalent clairement l’antisémitisme comme constitutif d’une faute morale lourde, comme un acte grave de reniement du Christ en personne et comme le choix de s’exclure de la communauté chrétienne.


Jacques Neirynck

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