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Jésus nous invite à pratiquer l’amour-agapé

Michel MENVIELLE
Jacques Joseph. Lyon, janvier 2015.

Dimanche 21 mai 2017 – 6e dimanche de Pâques – Jn 14, 15-21

Jésus nous invite à pratiquer l’amour-agapé

Dernière soirée que Jésus partage avec ses disciples, Judas vient de sortir pour le livrer. Ultimes dialogues de Jésus avec ses disciples avant sa mort, qu’il sait proche.

Il leur donne un précepte nouveau, « afin que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés, afin que aussi vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 13, 34). Cette traduction au plus près du grec (la conjonction grecque « ina », introduisant une proposition marquant le but, est utilisée deux fois dans ce verset) me fait entendre que Jésus n’enjoint pas à ses disciples – ceux qui sont avec lui ce jour-là et ceux qui le seront ensuite – de s’aimer les uns les autres. Il leur propose un objectif eschatologique : pratiquer entre eux un amour (agapé1, en grec) à l’image du sien ; le précepte concerne le chemin vers cet objectif.

Si vous m’aimez, vous garderez... Jésus souligne le lien étroit entre vie spirituelle tournée vers lui et vie sociale fondée sur la mise en pratique de son enseignement. Il demandera au Père un défenseur, l’esprit – littéralement le souffle – de vérité pour accompagner ses disciples. Défenseur qui sera parmi les disciples, en eux, pour toujours. Défenseur qu’ils pourront ainsi apprendre à connaître. Jésus annonce aussi à ses disciples, ceux qui mettront en pratique son enseignement, qu’ils apprendront à connaître sa présence mystérieuse – et celle, en lui, de son Père – parmi eux et en eux. Jésus ne laisse pas ses disciples orphelins : le Père, Jésus et l’Esprit seront – mystérieusement – avec eux, en eux.

Jésus utilise le pluriel lorsqu’il évoque la possibilité de discerner la présence du divin au plus intime de l’humain, alors qu’il utilise un singulier, le monde, pour désigner l’impossibilité d’accéder à cette présence. J’y entends que c’est ensemble, lorsque nous vivons – ou plutôt essayons de vivre… – selon les préceptes enseignés par Jésus, que nous pouvons reconnaître cette présence. Chemin personnel, mais chemin sur lequel, seul, je ne peux progresser. C’est mutuellement que nous nous apprenons à reconnaître cette présence, à la contempler, et à en nourrir notre vie spirituelle et nos relations mutuelles.

Aimez-vous – agapez-vous, pourrait-on dire – les uns les autres. C’est pour moi invitation à établir des relations basées sur la confiance réciproque où chacun accueille l’autre au plus intime, sans qu’il y ait menace ni donc besoin de se défendre. Relation qui ne conduit pas à la mise à mal de l’identité, dans le fusionnel ou l’envahissement. En écho, les moments fugaces où cette agapé advient ne sont-ils pas traces de cette présence du divin en nous, qui nous dépasse ?

Pierre nous invite à répondre avec douceur et crainte lorsque nous devons défendre l’espérance qui est en nous, afin de confondre ceux qui nous en demandent compte. Ainsi, le mode de relation auquel Jésus nous invite concerne également nos relations avec ceux qui nous interpellent, fût-ce avec violence. Invitation à faire le pari que cette trace de l’indicible est présente au plus profond de chacun. Et à faire le pari qu’il est fécond d’en appeler à cette présence, car cela peut ouvrir un chemin de conversion.

Michel Menvielle


1 Le grec dispose de quatre mots pour désigner des nuances de l’amour. Agapé, toujours utilisé dans ces versets désigne un sentiment différent de l’amour entre époux, de la passion et de l’amitié.

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