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Jésus n’a voulu ni messe ni sacerdoce

Loïc de KERIMEL
Les racines juives de la messe


Quelques réflexions sur Les racines juives de la messe, de Jean-Baptiste Nadler, éditions Emmanuel/Transmettre, 2015 (préface du grand rabbin de France Haïm Korsia)

I – La synagogue et l’église

Jean-Baptiste Nadler, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, a récemment publié un petit livre dans lequel il s’efforce d’apporter la démonstration des « origines juives de la messe » – catholique, évidemment. Il entend en même temps contribuer à sa manière au développement du dialogue et de l’amitié judéo-catholiques dans la ligne de la déclaration conciliaire Nostra Ætate, § 4 (1965). En témoigne d’une part la préface que lui a donnée l’actuel grand rabbin de France et, d’autre part, le rôle de cheville ouvrière que Jean-Baptiste Nadler a tenu dans la préparation et le déroulement des deux dernières sessions « découverte du judaïsme » que l’épiscopat français, en coopération avec l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF), a organisé à Paray-le-Monial, centre névralgique de la communauté de l’Emmanuel, en 2016 et 2018.

« Racines juives de la messe », nous dit-on. De très nombreux fidèles catholiques ignorent encore, par exemple, l’origine directement hébraïque de mots qui scandent très régulièrement et communément la liturgie catholique, eucharistique, en particulier : Amen, Alleluia, Hosannah, Sabaoth, etc (ainsi que la reprise dans la liturgie de nombreuses prières dont l’origine judaïque est indiscutable : prières de l’Offertoire, du Notre Père, etc. Voir les travaux déjà anciens de Louis Bouyer). Pour n’avoir jamais franchi le seuil d’une synagogue, ils ignorent plus encore la forte similarité dans l’architecture et la disposition de l’espace cultuel avec celui des églises dédiées au culte catholique. Pour des raisons historiques évidentes, ces architectures sont toutes deux directement inspirées de celle du Temple de Jérusalem. Les églises catholiques sont orientées vers l’Est, les synagogues vers Jérusalem, ce qui, vu de France, les rapproche. Comme celui d’une synagogue, l’espace intérieur d’une église différencie très nettement le lieu affecté à la foule des fidèles (la nef, pour l’église) et celui affecté au culte proprement dit : le chœur, avec en son centre l’autel, pour l’église, et, pour la synagogue, la bima ou teva, estrade avec une sorte de table servant à poser et à dérouler les rouleaux de la Torah et d’où s’adressent lecteurs et prédicateurs à l’assemblée. Les synagogues orthodoxes reprennent quant à elles la séparation entre hommes et femmes, inscrite dans l’architecture du Temple de Jérusalem.

Tout au fond de la synagogue, en arrière de la bima-teva, se tient le lieu saint par excellence, l’aron ha-qodesh, l’arche sainte, armoire murale, recouverte d’un rideau (parohet), armoire dans laquelle sont enfermés les sefer Torah, les rouleaux de la Torah. À proximité brille constamment une lampe rouge, le ner tamid, en signe de respect pour la présence de la Torah. On aura reconnu sans difficulté ce qui est appelé « tabernacle » dans les édifices catholiques (le Saint des saints du Temple) dans lequel sont enfermées les « saintes espèces », « présence réelle » du Christ dans l’eucharistie, selon les catholiques tridentins.

L’architecture de la synagogue fait donc explicitement référence à celle du Temple de Jérusalem et la structure des églises a, naturellement, elle aussi hérité du passé judaïque. Il importe cependant d’adopter sur ce sujet un minimum de précision historique. Parler de racines « juives » de la messe n’a en effet guère de sens ou risque, en tout cas, d’induire d’importantes méprises. Qualifier quelque chose de « juif », tout particulièrement dans le domaine de la religion et du culte, c’est inévitablement se référer à ce que le judaïsme d’aujourd’hui continue de donner à voir dans les synagogues contemporaines, lesquelles, de surcroît, relèvent pour la très grande majorité d’entre elles, du courant orthodoxe, les courants massorti et libéral étant très peu représentés en France, alors qu’ils sont quasiment majoritaires aux États-Unis. Le judaïsme contemporain – rabbinique – n’a en effet commencé d’exister, à proprement parler et au plus tôt, qu’à partir du IIe siècle, et plus probablement au moment de la conversion de l’empire romain au christianisme. Bien longtemps après que se sont constituées les formes spécifiques du culte chrétien.

Suite – Le judaïsme rabbinique : ni prêtres ni sacrifices


Loïc de Kerimel – 30 mai 2019

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