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Jésus messie et serviteur souffrant

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Jean KALMAN
Dimanche 12 septembre 2021 – 24e dimanche du temps ordinaire – Is 50, 5-9a ; Ps 114 ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35


Du plus grand prophète d’Israël nous ne voyons rien. [...] Il porte seulement un titre, qui lui est donné par le Seigneur quand il parle de lui : il l’appelle « mon Serviteur » (Paul Beauchamp, 50 Portraits bibliques). En Isaïe 50, le Serviteur écoute et fait preuve d’humilité. Il est solide, sûr du soutien de son Seigneur et il affronte les outrages de ses adversaires sans faiblir. On comprend pourquoi l’attitude du Serviteur a inspiré nombre de ceux qui ont voulu mener un combat non-violent. Ce n’est pas la souffrance qui, par elle-même, constituerait une voie de salut mais la capacité de résister du Serviteur et la prise de conscience qu’elle suscite. Plus que la passion d’un héros, il s’agit de la conversion d’un témoin ; il s’agit de l’histoire de ceux qui reçoivent l’effet de cette passion (P. Beauchamp, Pages exégétiques).

Le psaume 114 exprime la reconnaissance de celui qui a échappé à un danger et sera à l’origine de la conviction du croyant que Dieu ne saurait l’abandonner lors de sa mort.

La seconde lecture évoque un débat qui a accompagné l’histoire du christianisme : est-on sauvé par la foi ou bien par les œuvres ? Déjà entre les propos de Paul et ceux de Jacques on devine une controverse que l’anthropologie d’aujourd’hui permet peut-être de dépasser. Nous sommes en effet renvoyés au paradoxe du don énoncé par Marcel Mauss qui veut que le don se doit d’être gratuit mais qu’en même temps il suscite un contre-don. Le croyant doit aimer Dieu pour lui-même mais cela ne doit pas empêcher Dieu de le récompenser pour cet amour gratuit. La foi, selon le philosophe italien Giorgio Agamben, renvoie d’une part au serment qui appartient à la sphère la plus archaïque du droit et, d’autre part, au crédit dont on jouit auprès de quelqu’un, après que nous lui avons donné un gage à travers lequel nous nous lions à lui dans un rapport de fidélité (Le temps qui reste).

La confession de Pierre à Césarée de Philippe est connue de tous les fidèles catholiques car chez Matthieu (mais uniquement chez Matthieu) elle précède le Tu es Petrus qui constituera le fondement scripturaire de la papauté. Chez Marc la scène est beaucoup plus dramatique, voire dérangeante. Alors que pour la première fois l’un des apôtres affirme la messianité de Jésus, ne nous fait-on pas comprendre qu’il ne sait toujours pas en quoi elle consistait ? Et, pire, il se fait traiter de Satan par le Maître ! Avec humour le théologien Hans Küng avait suggéré que cette parole figure en bonne place à côté du Tu es Petrus et des autres paroles adressées à Pierre par Jésus.

Plutôt que de nuancer ce reproche ou bien de comprendre Marc uniquement à partir de la notion de secret messianique il est plus simple mais pas nécessairement plus facile de nous laisser secouer par les hiatus du récit du plus ancien évangile et de nous demander si, pour être les disciples de ce Jésus, nous sommes prêts à emprunter un chemin aussi chaotique.

Jean Kalman

 

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