Vous êtes ici

Jésus ou le désir amoureux, Trente-sept méditations.

Monique HÉBRARD

par Monique Hébrard, Desclée de Brouwer, 248 p., décembre 2012 Oh la belle initiative que de nous raconter Jésus pris par le désir d’aimer ! C’est le pari réussi de Monique Hébrard, qui montre, en trente-sept méditations, combien Jésus est perpétuellement amoureux. Il aime « naturellement » tous les gens qu’il rencontre ; il les regarde, avec délicatesse, les invite, jamais ne les contraint, mais sait, par son amour, les rendre à eux-mêmes, à leur intégrité menacée par la maladie, l’exclusion, le risque de perdre un être cher. Grâce à son insistance, Jésus est vraiment défini par cette qualité première : il aime. Jésus est le Maître de l’amour, Ces courtes méditations, simples, très à distance d’une exégèse savante, parsemées d’exemples contemporains et d’anecdotes personnelles, sont l’occasion de parcourir, pendant toute l’activité publique de Jésus, l’étendue immense de sa sollicitude envers chacun. Un premier groupe de méditations rassemble les rencontres proprement amoureuses de Jésus, celles où l’un ou l’autre manifeste une irrésistible empathie. Un second groupe de méditations balaie l’évangile de Jean, en s’appuyant sur la question initiale de Jésus aux premiers disciples: « Qui cherchez-vous ? », question aussi présente au terme, adressée cette fois à Marie de Magdala. Cette demande, dit Monique, est celle du désir amoureux ; elle nous est posée à tous et elle chemine souterrainement jusqu’à ce que l’on comprenne que c’était bien Jésus que l’on cherchait. Jean et Pierre y répondent selon leur tempérament propre, plus fougueux et plus présomptueux pour Pierre, réfléchi et tendre pour Jean que l’on voit doucement appuyé sur le côté de Jésus lors de la Cène. Et Jésus aime chacun comme il est. En chemin dans la lecture de cet évangile, Monique rencontre la haine, ou tout au moins le « non amour » de ceux qui ne savent pas ouvrir leur cœur pour y accueillir l’autre et préfèrent leurs addictions, leur Ego, leur fermeture : Autorités juives, Pharisiens, gens de pouvoir…. Il lui fallait aussi tenter de comprendre de l‘intérieur comment Jésus et son Père sont liés. L’amour du Père est la source à laquelle s’abreuve Jésus sans cesse, dès qu’il peut se mettre «  à l’écart ». Entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père, l’amour est dans limites, en particulier au Baptême de Jésus. Des pages sont consacrées à la fraternité liée à la paternité de Dieu, trop rarement soulignée. D’autres commentent la parabole du Fils Prodigue, d’autres le mystère des rapports entre le Père et le Fils au moment de la Croix. Une quatrième partie aborde l’Ancien Testament, pour y retrouver aussi le Dieu d’amour, ce « YHWH », désigné par ces quatre lettres non vocalisées, pour montrer qu’on ne les prononçait pas en Israël, mais que, dans la lecture ou la prière, il fallait remplacer par « Adonaï, le Seigneur ». Là, il faut aller à l’encontre des idées reçues sur le courroux, la vengeance, la violence de Dieu, pour découvrir derrière l’amour ardent qui pousse YHWH à sauver continuellement son peuple. À faire alliance avec lui, à pardonner à ses manquements, toujours et encore, dans une fidélité qui est un véritable amour. À cette fin, le Dieu de l’Ancien Testament dont parlent avec fougue et tendresse les prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, sait aussi se faire tendre comme une mère aux entrailles déchirées quand le malheur décime et broie le peuple juif. Enfin, Monique Hébrard, fidèle à elle-même, termine son livre par une ode à l’Esprit - le souffle - qui peut transformer les cœurs de pierre en cœurs de chair. C’est l’Esprit, feu de vie et d’amour, qui permet à Marie de devenir Mère du Seigneur. L’Esprit qui incarne. Ce constat très fort me rappelle le mot d’une amie psychologue : en parlant, on prend corps. J’aime l’appel final de ce livre, qui nous ramène à son projet initial : dans la crise que connaît l’Église catholique actuelle, seule une conversion radicale au Dieu amoureux pourra la sauver. C’est elle qui nous permettra de propager l’amour autour de nous, vers ceux qui en ont le plus besoin, vers ceux pour qui Jésus «  le plus grand amoureux de tous les temps » est venu. Merci Monique de nous ramener vers nos « fondamentaux » ! Anne Soupa

Rubrique du site: 
Coups de coeur de la CCBF
Ajouter un commentaire