Vous êtes ici

Je ne demande pas à l’Église d’être parfaite ...

DIONYSIOS
prêtre
Domaine public


Écho d'un prêtre à la lettre adressée par la CCBF aux prêtres pour le jeudi saint.

Je ne demande pas à l’Église d’être parfaite, mais de témoigner simplement l'amour de Dieu pour elle et l'humanité.

Depuis que je suis né (1936), je n'ai jamais vu mon Église comme belle et sans péchés. Lorsque j’étais enfant, le curé de ma paroisse était un grand malade de l'alcool. Pour le faire partir de la paroisse, l'évêché a utilisé la méthode forte : fermeture de l'église paroissiale pour le culte. Le curé a été enterré dans le cimetière du village. 70 ans après sa tombe n’a toujours pas de pierre tombale. Il n'y a que le couvercle en ciment du caveau qui pourrit peu à peu.
 
Dans le collège catholique (où j'ai été élève 1948-1955), il y avait 20 prêtres professeurs. Trois seulement ont porté un beau (même très beau) témoignage. Et j'en ai bénéficié. Deux professeurs ont quitté précipitamment le collège, à cause de plaintes de parents. On ne nous a rien dit, mais on le savait bien, les copains concernés par leurs gestes nous ont parlé.
 
Lors de mon année de terminale, ma classe a été désignée pour représenter le collège à une ordination épiscopale à la cathédrale du diocèse. C'était mon premier contact avec une liturgie diocésaine. Je suis revenu écœuré à cause des ors et autres démonstrations liturgiques dignes des fastes versaillais ou napoléoniens. Et quand j'ai été ordonné prêtre, le curé de mon village était aussi un malade de l'alcool...
 
Voilà la situation dans laquelle j'ai vécu tout en pensant être prêtre un jour. J'aimais l'Église dans laquelle j’entrais, avec ses ombres, ses taches. Je me suis mis, dès le grand séminaire, à militer pour une Église « évangélique ». Je me suis engagé à Emmaüs. Cela m'a permis d'entrer dans le sillage du concile, trois mois après mon ordination presbytérale. Voilà ce que cela m'a fait faire.
 
Il y a cent ans (1905), en France, l'Église s'est insurgée parce que le pouvoir politique allait l'obliger à être pauvre. Et cela s'est transformé en bien pour elle. Aujourd'hui l'Église qui, à nouveau, sous l'influence de Jean-Paul II, se voulait maîtresse de vérité et de morale, dans son désir de briller aux yeux des hommes par le retour aux pompes et aux ors, se trouve humiliée parce que son vrai visage se trouve rendu public, bien malgré elle. Cette situation, ressentie comme une humiliation ou une attaque démoniaque, peut se transformer en réelle humilité et permettre à l'Église de donner au monde un visage non de grandeur et domination, mais le visage du Christ au Jourdain et sur le chemin de la Croix.
Je ne demande pas à l’Église d’être parfaite (comme la société parfaite de Pie XI) au plan moral, mais de témoigner simplement l'amour de Dieu pour elle et l'humanité. Ne cherchons pas à être parfaits, comme les pharisiens, mais découvrons l'amour de Dieu pour les prostituées que nous sommes. Nous serons des humbles (anawim) dont le cœur montre l'amour du Seigneur. Nous ne nous ferons plus appeler père, monseigneur, ou souverain pontife, comme les grands de ce monde, mais nous serons reconnus comme des frères, tout simplement.

Dionysios.

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
THENOT

Ayant été religieux moine bénédictin et ensuite cistercien j'ai pu constater la pauvreté du clergé et de ses défaillances cela n'a pas entamé ma foi , mais m'a donné de comprendre combien il serait nécessaire de réformer l'Eglise et de ne pas faire du clergé une classe à part et vivre l'évangile avant tout. L'esprit souffle ou il veut .

Ajouter un commentaire