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« J’ai faim ! » ou le début de la mission de Jésus

Paule ZELLITCH

Dimanche 14 février 2016 – 1er dimanche de Carême –Luc 4, 1-13

En amont de notre texte, Jésus reçoit le baptême, bain d’eau vive, des mains de son cousin Jean. L’Esprit Saint descend en lui et il quitte les rives du Jourdain avec cette certitude au cœur : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Ainsi, c’est dans l’Esprit qu’il est conduit à travers le désert. Retenons la forme passive qui nous indique que l’Esprit est l’agent de ce déplacement. Et Jésus ne se dérobe pas. Il est conduit là où Israël libéré a fait l’expérience de l’agir de Dieu. Le récit de l’Exode est en toile de fond. Les quarante jours font écho aux quarante ans, et nous comprenons, par ce rapport de proportions, que le temps s’accélère.

L’inouï, l’indicible approche…

Nul témoin de la scène, ici comme à Gethsémani ou comme pour Marie, sa mère.

Jésus ne dit rien de ce qui lui advient, au creux de la rencontre. Nous sommes du côté de l’ineffable qui ôte la faim pour la restituer vivante, Parole qui comble et suffit, instruit et donne des ailes à toute humanité.

Au désert, le peuple au ventre creux reçoit la manne. Outre la concrétion dont nous avons tous entendu parler le mot « manne » signifie en hébreu « qu’est-ce que c’est ? » ; ainsi il ne s’agit pas seulement d’une « ration », mais de Parole. Le peuple est nourri d’une parole qui questionne chacun de ses membres : souffle léger et tempête extravagante. Une telle parole est multiple et ne peut être enclose, bloquée, fixée, sans entraîner la destruction de son geôlier.

Jésus est conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il est tenté par le diable. Durant ces jours-là, Il n’ingère que la Parole, celle-là même qui consonne avec la Parole entendue au baptême. La Parole lui parle, le travaille, le nourrit et l’habite. Au creux du silence, Jésus la fait sienne jusqu’à en être débordant. Comment pourrait-il être sensible à la présence du Diable, alors que la Parole le grise ?

Jésus a faim ! Les quarante jours sont passés. Le cycle est achevé.

Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus lui répond, ajusté à la Parole qui l’a visité et nourrit pendant ces quarante jours : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. » En fin connaisseur des écritures, Jésus se souvient de ce verset tiré du Deutéronome : « YHWH ton Dieu t’a fait avoir faim et il t’a donné à manger la manne […] pour te faire reconnaître que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais qu’il vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. » (DT 8, 3) Voilà de quoi Jésus, fils de Marie, est nourri. Voilà comment le Diable est vaincu. Là où la Parole est vivante, le diable ne peut rien.

Dans ce « concentré » de temps symbolique, l’accomplissement total de la Parole en Jésus ; non pas un accomplissement dont la mise à part serait la seule finalité, mais un retour dans un monde où ensemble et mêlées se tiennent Parole et trivialité.

« J’ai faim ! » Cette Parole du Christ est plantée dans le monde et dans le monde tel qu’il est.

Et nous, quels silences, quelles visitations pour que la faim du Fils de l’Homme soit enfin la nôtre ?

 

Paule Zellitch

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