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J’écoute…

Thérèse HUVELIN

J’écoute…

Que dira le Seigneur ? Que cherche-t-Il à nous dire en ce nouveau Carême ?
Aujourd’hui, en 2010, dans les événements, les rencontres, et dans la liturgie ?

Que cherche-t-Il à me dire ? … Chaque année j’entre à reculons dans ce temps de Carême.
Je le trouve trop long ; et ses propositions pas adaptées aux temps que nous vivons.

Il faut tout transposer. Autre est la situation des frères et sœurs en Communauté,
ou bien encore celle des frères et sœurs encore en pays de « chrétienté », autre est la nôtre.

Les suivre toutes, ces propositions de pratiques et de rencontres entre paroissiens,
cela reviendrait à se démarquer de son entourage.

Je sais qu’on nous présente ça comme un courage, le courage du témoignage.
Mais je sais fort bien que, dans ma situation, le courage et le témoignage sont ailleurs…

Tout est en chantier. Tout est à ré-inventer.
Confrontation avec les propositions de l’Église, confrontation-prière.

Je ne suis pas seule : mon Père est là dans le secret. Le Père de Jésus et notre Père.
Me rendre présente à sa Présence… Mais comment, Seigneur ?
-          Qui me voit, voit le Père !...

Alors prendre l’évangile, là, un moment en solitude, porte fermée, bien tranquille.
Prendre le texte brut ; pour cette fois, sans les petites notes, les commentaires…
Lire sans tant de piété sentimentale qui ne fait que séparer du bas monde,

Et sans idées toutes faites, vraiment sans œillères !
Surtout bien garder la largeur de champ, les questions de l’heure.
Laisser jouer l’étonnement. Risquer la rencontre à découvert…

L’évangile bruisse de mille voix : gens de biens, moins que rien, pratiquants et païens. Sans compter bonnes femmes et enfants …
Et Jésus au milieu d’eux …
à l'entendre, à le voir faire, il suffirait – d’où qu’on vienne, quoiqu’on ait fait – de s’ouvrir à la paix  pour être appelé « fils de Dieu » ! Scandaleux !
Et quand on pense qu’admettre sa misère c’est prendre une longueur d’avance …
Si on tient mordicus qu’on a rien à se reprocher, c’est dur à avaler…

Jésus écoute…

 

Manifestement il goûte les rencontres, surtout en vis-à-vis,
Il prise le dialogue de visage à visage.
Il écoute l’autre parler sa langue, sa vie, sa liberté.
Il l’écoute aussi dans ses silences.

Il m’écoute aujourd’hui, ici, dans ma lecture, seule.

Et je commence à comprendre. J’entends :
« Laisse-moi me taire avec ton silence
Laisse-moi aussi te parler avec ton silence
. »[1]

J’écoute…

Ma tête et mon cœur bruissent de mille voix. Des parasites brouillant la Sienne ?
Tout au contraire ! Plus je lis l’évangile, plus j’apprends à les écouter, ces mille voix.
Et plus je les écoute et plus Jésus des évangiles prend chair,
Me devient un compagnon d’existence, un ami proche, un frère,
«Notre bien aimé frère et Seigneur Jésus », comme disait Charles de Foucauld.

J’écoute tous azimuts, à l’école de Jésus : Que dit le Seigneur aujourd’hui ?

Thérèse Huvelin

 


[1] D’après J-F Six et V. Mussaud, Médiation, Seuil, 2002, p.158-159. (Les deux vers cités sont de Pablo Neruda, trad. Couffon, Rinderknechts)

Photo de Jean Paul Longin prise en l’église saint Hubert du Noirmont (Suisse) au début du Carême 2009, lors de l’installation définitive de son Chemin de Croix 1992.

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