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Et ils se retirèrent tous à commencer par les plus anciens (Jean 8, 9)

Xavier CHARPE
Rubens, cristo e l'adultera
Pierre Paul Rubens ©Creative Commons (CC BY 3.0)


« Apo tôn presbuterôn. » J’ai envie de traduire : « en commençant par les presbytres », ces « Anciens » qui sont à la tête des communautés et dont nous avons fait des « prêtres », ces anciens dont les lettres à Tite et à Timothée nous disent qu’il faut les mettre à la tête en charge et au service des communautés, parce qu’ils sont des hommes éprouvés : « viri probati ». Faut-il entendre, « ils se retirèrent tous, l’un après l’autre, à commencer par les prêtres » ? 

Quelle scène merveilleuse ; on s’y croirait : ils sont là, avec déjà les pierres à la main, prêts à lapider cette femme. « Moïse nous a dit ; Toi que dis-tu ? » Jésus aurait pu faire une réponse abrupte : « Moïse vous a dit ; moi je vous dis. » Mais Jésus est plus subtil, plus profond, meilleur pédagogue. Il se tait et se contente de dessiner avec son doigt sur le sol.

Le silence se creuse ; il est lourd. C’est le silence qui permet de prononcer les paroles fortes. « Femme, personne ne t’a condamné ? Moi non plus. Va ; ne pèche plus. » Le silence de Dieu, mère de la parole. C’est pour cela que le désert est essentiel, à cause du silence. Les paroles pour être vraies doivent être lourdes du silence d’où elles sourdent, comme le filet d’une source. Dans le silence, le cœur s’interroge, le regard s’affine, l’intelligence s’éveille et se met en éveil ; veilleurs du jour et de la nuit, veilleurs au sommet des remparts, aux avant-postes, en avant-garde.

Le silence de Dieu, c’est l’épreuve de la vraie purification. Jésus en se taisant laisse chacun s’interroger et prendre sa décision (nous n’allons pas demander au Pape de prendre la décision pour nous…). Le silence de Jésus s’adresse à notre conscience. C’est le silence qui donne à nos racines de s’enfoncer profond dans le terreau de la vie. C’est l’épreuve du silence qui fait de nous des « viri probati », des « mulieres probatae ». Des hommes et des femmes en profondeur de vie.

Nous savons bien dans notre cœur que cette scène est véridique. Nous savons en un sens que cette femme vers qui Jésus lève les yeux, c’est chacun de nous. C’est parce qu’ils avaient compris cela que les premiers chrétiens ont raconté cette scène.
Et moi, je peux vous garantir que cette scène est vraie. J’y étais. L’Ancien le plus âgé qui s’est retiré en premier, c’était moi. J’ai laissé la lourde pierre retomber de mes mains et j’en suis reparti le cœur plus léger.

Xavier Charpe

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Commentaires
michel89

Quel beau texte , il m'a mit les larme s aux yeux , c'est à cause de quelques uns de ses évangiles que je persiste à croire en Jésus Rédempteur.

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