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La grande traversée

Paule ZELLITCH

Dimanche 13 novembre 2016 – 33e dimanche du temps – Luc 21, 5-19

Si l’annonce de la destruction du Temple est terrible, la réaction des disciples, à cette annonce, est un peu curieuse. Ils veulent savoir quand cela aura lieu, mais aussi quels seront les signes avant-coureurs de cette catastrophe. Pour eux pas de doute, cette destruction sera bien un signe. Ceci étant, il y a au moins deux manières de comprendre leur désir de signes avant-coureurs. Soit les prophètes ne parlent jamais en vain et alors, le temps de l’épreuve arrive, forcément. Soit un puissant désir de fuir «  en temps et en heure » les traverse. Et au fond, ces deux lectures ne s’excluent pas vraiment l’une l’autre.

Jésus répond par un récit précis et prédictif à la fois, comme nous le ferions pour prémunir un ami de terribles méprises possibles. Il les met en garde contre les discours menteurs et pervers qui leur feraient perdre leur chemin. Mais le tableau de l’avenir qu’il brosse est atroce : destructions, délitement des liens familiaux, jusqu’à la terre qui entre en révolution.

Cela débute par la persécution, la honte, l’humiliation publique au seul motif de la suite de Jésus, du nom de Jésus. Peut-il leur en dire davantage ? Probablement pas. Sont-ils prêts à affronter ce qui les attend ? Dimanche dernier, nous lisions le récit des sept frères martyrisés, pour leur foi, devant leur propre mère (2M 7,1-2.9-14).

Si nous prenons en compte cette tradition d’Israël, impossible qu’ils n’aient pas fait un rapprochement avec ce terrible récit. Mais quelle que soit la lecture, par cette tradition, de cet épisode dramatique et paradigmatique à la fois, reste à passer par le feu et cela est une toute autre affaire. Leur attachement à celui qui les enseigne a un prix ; peut-il être moindre que celui qui lie les sept à Dieu ? Les sept frères ne meurent-ils pas pour le Nom ? Deux facettes d’une même Alliance et d’une même fidélité.

Il y a une vraie dimension spirituelle au cœur de ces versets. À la joie de la rencontre et à la dynamique de la pérégrination succède la douleur de l’épreuve. Il n’y a pas d’amour véritable qui ne connaisse l’épreuve. Jésus leur rappelle qu’ils ne seront pas seuls. Le temps du réel pleinement habité par l’Esprit va venir. Et là est leur foi, là est leur force, là est leur vie. Pas un seul de leurs cheveux ne sera perdu, y compris pour ceux qui seront mis à mort, car chacun a du prix pour le Fils comme pour le Père. Les lecteurs que nous sommes savons que tous n’auront pas la même facilité à traverser l’épreuve. C’est en cela qu’ils nous ressemblent.

Paule Zellitch

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