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Le Grand débat : appel aux chrétiens

Anne SOUPA
Le Grand débat


La Conférence des baptisé-e-s appelle tous ses sympathisants et plus largement toute personne de bonne volonté à soutenir le débat national, soit en y participant, soit en aidant à y participer.

La parole a été donnée aux Français, qu’en feront les chrétiens ? « Parole »... C’est un mot qui, pour eux, pèse lourd ! « Le Verbe (la Parole) s’est fait chair », dit saint Jean. Ce qui se passe entre deux êtres qui se parlent, la matérialité d’un échange, les mots qui le supportent et la pensée qui le sous tend, les visages qui se font face, c’est ce qui rend l’humanité viable et aussi ce qui, pour eux, révèle la présence du Christ. Aussi, plus ardemment qu’il ne salue le jour, le chrétien accueille la parole, il a mission de l’écouter, de la prendre, de la savourer, et de l’offrir. Au-delà des légitimes désaccords, la parole est une fête.

Les Français viennent de vivre deux mois de crise intense qui sont la conséquence d’une parole non entendue. Et cette réponse violente a mis à mal leur cohésion. Pas seulement la cohésion de la nation, au sens abstrait et symbolique du terme, mais une cohésion de proximité, charnelle, entre des voisins de quartier, des membres d’une même famille, des commerçants et leurs clients, des fonctionnaires et leur administration. La mise à nu de désaccords aussi profonds est un choc. Et la contestation brutale de tout ce qui existait jusque là : élus à tous les niveaux, syndicats, partis politiques, en est un autre. Personne n’a été jugé digne de recueillir la parole de ces Français en colère ! Que reste-t-il alors si tout notre matériel institutionnel et syndical est suspecté, vilipendé, balayé d’un revers de main ? En quels lieux désormais s’écouter, décider, édifier ? Les ronds points, la rue ? Rien d’autre ? Allons-y, posons la question qui fait trembler : voulons-nous encore vivre ensemble ? Et si oui, est-ce un pavé au bout du poing ? La rapidité avec laquelle un pays hautement civilisé est capable de basculer dans une violence débridée donne envie de crier au secours. Que répondre sinon : « Parlons-nous. »

C’est pourquoi l’initiative d’un débat est importante. Elle signifie que l’on veut sortir d’un processus de division par le haut, dans l’écoute et la parole. Car ceux qui se parlent, même si certains mots font mal, sont plus proches les uns des autres que ceux qui se taisent. Les chrétiens ne peuvent donc que contribuer au Grand débat qui se lance ces jours-ci. Il y va de leur identité même d’en être les facilitateurs et les acteurs, car leur responsabilité est évidente en matière d’écoute mutuelle, de fraternité sociale, de solidarité. S’ils ne saisissaient pas cette chance aujourd’hui, quelle autre pourront-ils saisir demain ? N’est-ce pas une collaboration à la vie publique qui coule de source, bien davantage que certains combats sociétaux récents ?

Chacun a pu prendre connaissance de la lettre du président de la République aux Français. Certaines des questions qu’il nous pose sont techniques, ou complexes, quand d’autres honorent des différences de sensibilités. Mais plusieurs concernent directement notre lien social. Par exemple :

Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ?

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ?

Sur ces matières, l’expérience chrétienne est précieuse. Elle donne foi en l’autre et peut permettre d’entendre ce qui l’anime. D’autres questions, très ouvertes, ont trait aux migrants. Là aussi, par leurs engagements, les chrétiens n’ont-ils pas déjà une belle expertise ?

D’autres enfin ont trait à la transition écologique, sur laquelle la conscience chrétienne est, là encore, en éveil, comme l’a montré l’encyclique du pape. La menace du réchauffement climatique n’est pas une lubie. Non seulement elle pèse déjà sur notre pays, avec, par exemple, ces épisodes cévenols causés par le réchauffement de la Méditerranée, mais elle va demain chasser des peuples loin de chez eux parce que leur sol sera désertifié ou recouvert par les océans. Les premiers et les plus durablement touchés, ce seront les plus pauvres. Comment les soutenir si nous n’avons pas auparavant fait preuve d’écoute et de solidarité avec ceux qui nous sont proches ?

Ces raisons diverses convergent pour nous inviter mutuellement, qui que nous soyons, à participer à l’occasion de débat qui s’offre aujourd’hui. Certains objecteront que c’est rendre service au gouvernement et au président. Et alors ? Vaut-il mieux se complaire dans des guérillas partisanes ou faire son job de chrétien ? Où est l’essentiel, ou est l‘accessoire ? Subsisterait-il le moindre doute là-dessus ?  

C’est pourquoi la Conférence des baptisé-e-s appelle tous ses sympathisants à soutenir ce débat, soit en y participant, soit en aidant à y participer. Elle invite les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté à organiser des groupes de parole, des soirées de rencontres thématiques, et à faire ensuite remonter les conclusions aux instances dédiées. Tout est ouvert. La parole est un trésor. Quand elle est donnée, il faut la prendre.
 

Anne Soupa, Conférence des baptisé-e-s (CCBF)    

Pour contribuer au grand débat national : https://granddebat.fr/

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Commentaires
Georges Heichelbech

Bien sûr il est toujours possible de trouver des failles dans l'organisation d'un tel débat. Ceux qui y sont opposés, que proposent-ils à la place? Je reprends la fin du texte "La parole est un trésor. Quand elle est donnée, il faut la prendre." J'ajouterais que lorsqu'on prend une décision il y a toujours un risque, celui que la décision ne soit pas bonne. Mais on oublie souvent qu'il y a un deuxième risque c'est celui de ne pas décider alors que la décision aurait été bonne. Le risque zéro n'existe pas. Ne rien décider est aussi une décision, c'est justement de ne rien décider. Et le risque de se tromper en allant dans cette direction n'est pas nul non plus.

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