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« Grâce à la foi… »

Loïc de Kerimel
By Vassil (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Dimanche 7 août 2016 – 19e dimanche du temps – He 11, 1-2.8-19 ; Luc 12, 32-48

La deuxième lecture que la liturgie propose ce dimanche à notre méditation est composée d’extraits du ch. 11 de l’épître aux Hébreux. Lu dans son intégralité, ce chapitre utilise à 18 reprises la formule « grâce à la foi » (figure rhétorique de l’« anaphore » – cf. la campagne présidentielle de 2012 : « moi, président… », « moi, président… » !). Destinée à illustrer ce qu’il en est de la foi, l’anaphore consiste ici à mettre en exergue ces grands héros qu’en furent Abel, Noé, Abraham, Isaac, Moïse, etc. La liturgie ne retient aujourd’hui que les passages concernant Abraham et Sarah.

« La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. » Ce serait lourdement se méprendre que de déduire de cette caractérisation de la foi qu’elle fait de ceux qui croient des sortes d’extralucides, des êtres dotés de voyance, leur donnant à connaître des réalités inconnues de ceux qui ne croient pas. La foi n’est pas le privilège des croyants. Plus exactement, aucun humain n’est dispensé de croire et ainsi de posséder d’une certaine façon ce qu’il espère, de connaître d’une certaine façon ce qu’il ne voit pas. Impossible d’être radicalement et à tous égards non-croyant. Avant d’être d’ordre théologique, la foi est d’ordre anthropologique.

Qu’est-ce à dire ? Quand il est question de foi, il arrive que l’on se focalise sur ce qui est de l’ordre du catéchisme, des propositions du credo : des choses, des énoncés auxquels donner son adhésion, autrement dit un contenu d’ordre théorique. Beaucoup plus fondamentalement et principiellement, l’attitude de foi est concentrée dans la toute simple formule par laquelle débute l’enseignement de Jésus dans l’évangile de ce jour : « Sois sans crainte, petit troupeau. » Croire, c’est avant tout être sans crainte, en confiance. Attitude que signifie le petit mot hébreu que nos liturgies ont conservé tel quel, « amen », et qui évoque la solidité, la fiabilité : du sol que foulent nos pas, de l’air que nous respirons, de la « ville aux vraies fondations » qu’évoque notre texte. À quoi, un linguiste contemporain ajoutait qu’une bonne traduction des expressions latines servant à dire la foi – le verbe « credo », le substantif « fides » – ne devrait pas être « croire, avoir foi (en Dieu) » mais bien plutôt : « inspirer confiance, avoir du crédit auprès (de Dieu). »

Remarque proprement renversante : au lieu d’être une initiative que je prends, la foi est un don qui m’est fait, une grâce. Plus exactement : la foi est confiance au carré, confiance redoublée du fait qu’elle est rendue possible, engendrée par le geste gracieux et inouï de la part de qui met en moi sa confiance. Ce qui donne force et clarté à l’affirmation de Paul aux Romains : « Tous ceux qui croient sont gratuitement justifiés par sa grâce » (3, 24), qui servira de mot de ralliement à la Réforme.

Voilà pourquoi Abraham « partit sans savoir où il allait ». Non pas à l’aveuglette mais lesté de la confiance que le Dieu des promesses a placée en lui, transformé de pied en cap du fait d’un geste d’« empowerment », comme disent les Anglo-Saxons. On pourrait dire en français : geste de « mise en capacité », de « capacitation » qui rend Abraham en mesure de faire ce qu’il fait, d’être ce qu’il est. Par la foi, par la confiance que Dieu place en lui, Abraham est engendré à lui-même : « Va vers toi », comme certains traduisent les deux appels, celui à quitter son pays (Gn 12) et celui à « faire monter » Isaac son fils sur la montagne (Gn 22). Pour chacun de celles et ceux dont Dieu fait ses fils, pour chacun des humains, autrement dit, la foi est puissance de résurrection : « Lève-toi et marche. »

 

Loïc de Kerimel

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