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Grâce à Dieu ou la limite franchie

Frédérique BARLOY
Paru-sur-la-Toile/dans la presse: 
Extrait de l'article du site Le Polyester
Critique du film par Le Polyester
Extrait de presse : Le Polyseter

« Grâce à Dieu », ou la limite franchie

Au lendemain de la démission du cardinal Barbarin il n'est pas inutile de revenir sur les éclairages essentiels qu'apportent le film Grâce à Dieu. Non seulement le drame de ce film, plongé au cœur de l’actualité des faits, constitue une prouesse cinématographique, mais il est une attaque légitime contre l’abus sexuel sur les enfants, un phénomène principalement masculin quoi qu’on en dise. Alors ne faut-il pas de ce point de vue se féliciter de voir des hommes prendre au sérieux ce mal et témoigner jusqu’au bout contre ce fléau de l’inconduite perverse de certains d’entre eux ?

Il y a comme une volonté d’en finir avec les abus sur les enfants dans le film de François Ozon. Dire, dénoncer, libérer la parole sur cette question est un travail pédagogique infiniment long. Si l’ensemble des témoignages de victimes se rapportent à un camp de scouts où allaient des louveteaux, et donc concernent uniquement des garçons, cela contribue certainement à la dénonciation d’un abus dont les femmes et les filles sont victimes depuis toujours. Une sensibilisation nouvelle que le film semble maîtriser.

Si la dénonciation se situe dans le cadre du milieu catholique et de l’Église, avec ce surcroît de scandale que représente la trahison de la confiance en Dieu, la trahison de l’Évangile, et tout simplement du Christ lui-même, l’abus contre un enfant demeure le sujet principal du film, de même que la mise en avant des conséquences de la pédophilie sur toute une vie. L’ampleur du mal subi par les victimes exige une prise de conscience de la part du plus grand nombre dans la société en général et dans l’Église en particulier. Le pape François n’a-t-il pas rappelé encore dernièrement que le « cléricalisme » est le terrain fertile au déni, à la minimisation, et « à toutes ces abominations ».

Car le film souligne le non-dit, ou la non-conscience du phénomène et de ses ravages et ne manque pas, avec le témoignage poignant de la femme d’une des victimes, de replacer le mal dans un contexte beaucoup plus large. Celle-ci raconte en effet que, si elle a soutenu son mari dans son combat contre le cardinal Barbarin, c’est qu’elle-même avait subi des abus sexuels dans son enfance. François Ozon ne manque pas ainsi de souligner le chantier immense des abus sur les petites filles en arrière-plan. Ne fallait-il pas que le phénomène de l’abus sexuel se manifeste sur des garçons, et soit combattu par des hommes, pour qu’enfin la société prenne réellement la mesure de l’ampleur des conséquences sur la vie d’un être humain en général ? Le film montre comment le cardinal Barbarin n’a pas la capacité d’appréciation juste des méfaits commis. Le fossé entre le statut du prêtre et la réalité des faits lui échappent.

Oui, c’est un procès contre l’Église et son hypocrisie, Mais encore, c’est la mise en évidence d’une difficulté à traiter la question. C’est peut-être enfin la lumière mise sur cette limite à ne pas franchir entre le pouvoir et la liberté d’autrui, ce qui n’est pas sans renvoyer à l’autre limite bien connue de l’interdit de l’inceste, fondement de toutes les cultures.

Grace à Dieu, la parole des hommes sur cette question est libérée et ouvre de nouvelles perspectives sur les possibilités de prévention et de justice par rapport aux plus faibles, dans l’Église et en dehors. Ne fallait-il donc pas saluer ce film en cette journée du 8 mars aussi pour sa contribution indirecte à la cause de la femme ?

Frédérique Barloy

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