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Genre et clergé

Paule ZELLITCH
prêtre
prêtre © Pixabay - Domaine public


Il arrive qu’actualité et sujet de thèse aillent de pair ! La crise et les scandales venus au jour au sein du clergé nous ont laissés dans un état de stupéfaction, de colère et de tristesse. Désormais il faut que chacune et chacun puisse disposer d’instruments d’analyse de ce qui s’est passé. C’est à cela que Josselin Tricou s’attelle depuis 6 ans. Sa thèse de doctorat en science politique-études de genre qu’il soutient le 6 juin prochain à l’université Paris 8 livre l’appareil critique tant attendu.

Intitulée Des soutanes et des hommes. Subjectivation genrée et politiques de la masculinité au sein du clergé catholique français depuis les années 1980, cette thèse, minutieuse et documentée, sera soutenue devant un jury composé de Catherine Achin, professeure de science politique à l’Université Paris-Dauphine, Céline Béraud, directrice d’études en sociologie à l’EHESS, Isabelle Clair, chargée de recherche en sociologie au CNRS, Laurent Jeanpierre, professeur de science politique à l’Université Paris 8, et David Paternotte, chargé de cours en sociologie à l’Université libre de Bruxelles. Précisons que Josselin Tricou a travaillé sous la direction d’Éric Fassin, professeur de sociologie à l’Université Paris 8.

Situant sa thèse à la croisée de la sociologie du catholicisme et des études de genre, le chercheur prend pour objet d’étude la masculinité des prêtres et ses évolutions récentes. Dans un contexte de perte d’emprise de l’Église catholique au sein des sociétés occidentales, que redouble la démocratisation sexuelle qui s’y déploie (l’extension de la délibération démocratique aux questions de genre et de sexualités jusque-là perçues comme naturelles), il analyse les caractéristiques des masculinités cléricales à une triple échelle : les trajectoires des individus prêtres, les modèles de masculinités qui s’incarnent dans les différents « îlots » d’un catholicisme aujourd’hui « archipelisé », et les mobilisations récentes autour des questions de genre et de sexualité menée par le « pôle d’identité » du catholicisme contemporain (la Manif pour tous, le développement des camps pour hommes et pour femmes, etc.).

La thèse analyse d’abord les effets d’une disqualification symbolique de la masculinité sacerdotale dans les représentations sociales, disqualification qui vient percuter un secret institutionnel bien gardé jusque-là : celui de la surreprésentation homosexuelle dans le clergé et de la fonction de « placard » qu’avait l’institution cléricale. Or, loin que le discours agressif du Vatican contre l’homosexualité soit dissuasif, il a pour effet paradoxal d’attirer encore plus les candidats homosexuels au sacerdoce, alors même que la vocation a largement été désertée par les hétérosexuels après l’avoir été par les classes populaires. D’où l’idée de son auteur qu’on a assisté à partir des années 1980, sans toujours le savoir, au « grand chassé-croisé des sexualités aux portes des sacristies ». Mais cette fonction de placard est devenue intenable dans une société qui renonce à l’imposer aux personnes « autrement sexualisées » (les LGBTQI).

La thèse analyse ensuite les efforts de l’appareil catholique pour contrer cette disqualification à travers ce que Josselin Tricou appelle des « politiques de la masculinité ». Le genre et la sexualité apparaissent alors pour ce qu’ils sont : des lieux d’expression du pouvoir au sein de l’institution, un champ de luttes pour maintenir la position de l’institution au sein de la société et, enfin, l’objet de politiques mises en œuvre par ses agents pour maintenir leur position et l’engagement des fidèles à leurs côtés.
En conclusion, Josselin Tricou affirme que l’obsession de la masculinité pour un sacerdoce qui continue d’exclure les femmes amène l’Église catholique, dans un même mouvement, à constituer l’homosexualité en un problème essentiel et à passer à côté de ce qui, hors de l’Église, apparaît, à l’heure de la démocratie sexuelle, comme le véritable enjeu : non seulement l’homophobie, mais aussi les violences sexistes et sexuelles.
Nous espérons la publication et la diffusion prochaine de cet ambitieux travail de recherche. Mais on peut déjà en lire des premiers éléments dans les nombreux articles disponibles sur la page du chercheur : https://univ-paris8.academia.edu/JosselinTricou
Ce travail devrait contribuer à l’indispensable décléricalisation des esprits et des pratiques, les mots-clés en attestent : Genre – Masculinité – Homosexualité – Catholicisme – Clergé – Démocratie sexuelle.


Paule Zellitch

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Commentaires
MARTIN

Merci de l'information et du lien vers les travaux en cours de J. Tricou.

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