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Ce fruit amer

Hubert Cornudet
Maître du Retable d'Aix-la-Chapelle, via Wikimedia Commons

Dimanche 9 avril 2017 – Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Mt 26, 14-27, 66

Dans le récit de la Passion, il n’y a pas beaucoup de place pour les sentiments ; pas vraiment de manifestation d’horreur, aucune clameur indignée, aucune exclamation de pitié. Nous pouvons être émus mais attention à ne pas déserter des émotions qui sont plus urgentes !
On ne juge pas les protagonistes de cette sordide affaire. On raconte.
Il y a ceux qui mettent le Christ à mort. Le récit nous montre une concentration de connivences, de magouilles, de faux témoignages et de dérobades. Tous les hommes sont représentés : les chefs politiques, les chefs religieux, les laïcs, les croyants, les païens, les individus et la foule manipulée et manipulatrice. C’est le péché du monde qui est montré : péché du monde parce que ce péché est vécu dans la solidarité. L’homme se manifeste pour une part comme celui qui met à mort ce qui le constitue comme homme, ce qui le fait exister : le fait d'avoir une conscience, la recherche de la justice, la défense de libertés fondamentales (celle de parler, celle de penser, celle d'aller et de venir, la quête de la vérité – sans laquelle rien ne peut se construire –, la capacité d'aimer – sans laquelle il n'y a pas de vie possible.
Mais, s’il est révélé homicide, l’homme ici est aussi une victime. L’homme, c’est cet être démoli qui est réduit au silence, qui est détérioré par le mal. Nous sommes nos propres victimes.
Ce que le mal fait en nous, nous en avons trop peu conscience, cela nous échappe. Mais nous l’apprenons en regardant le Christ.
Le Christ ne porte pas seulement notre vie et notre existence, il porte aussi notre néant et notre mort. Il porte tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons de nous. Il se fait solidaire, non pas du mal que nous faisons – le péché –, mais solidaire du fruit amer du mal en nous – ce qui tue, ce qui nous tue.
Toutes nos éventuelles images d’un Dieu justicier doivent ici trouver leur fin définitive. Dieu n’est pas apaisé par le quelconque sacrifice de son Fils. Si vous êtes attentifs à la lecture du récit de la Passion, vous constaterez qu’aucune place n’est faite au mot et même à l’idée de sacrifice. Ce qui se passe n’a rien à voir avec une immolation destinée à calmer le tout puissant. Au contraire, c’est l’attentat contre Dieu à l’état pur ; c’est le mal humain qui résiste à l’amour depuis le premier jour de la création. Le Tout puissant c’est l’homme et non pas Dieu.
Et tout le mystère réside dans le fait que ce n’est pas la mort mais encore la vie et toujours la vie qui va surgir. Sur la croix, la vie se fraye un chemin. Ce gibet infect devient étendard de lumière. La résurrection est déjà là dans la Passion.
Tout semble perdu et pourtant tout est sauvé. La mort n'a pas le dernier mot. Aujourd'hui le paradis s'ouvre à celui qui tel le bon larron porte un regard lucide sur lui-même et sur ce qui l'entoure. Dans l'opacité des ténèbres, la lumière s'infiltre. L'amour se manifeste. La pierre incroyablement lourde va être roulée. Rendons grâce à Dieu. Son amour est de toujours à toujours.


Hubert Cornudet

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