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François, la divine surprise

Anne SOUPA

francois-la-divine-surpriseNous fêtons jeudi 13 mars le premier anniversaire de l’élection du pape. Dans son livre,François, la divine surprise, Anne Soupa raconte pourquoi cette surprise lui est apparue divine.

« Quelques jours après son élection, quand on a commencé à entendre que cet homme-là avait pris l’autobus avec ses collègues cardinaux et qu’il allait payer sa note d’hôtel, je me suis dit qu’il avait du tempérament. Et même que c’était un sacré farceur pour savoir si bien bousculer le protocole sans en avoir l’air. Un homme simple, un vrai, qui ne se laisserait pas prendre par le système romain et ne jouerait pas à faire le pape.

Peu avant Pâques a paru une photo de lui où il lavait les pieds d’une femme, quand il était archevêque de Buenos-Aires. Et le Jeudi Saint qui a suivi son élection, voilà qu’il récidive en lavant les pieds d’une musulmane dans une prison de Rome. Les pieds d’une femme et même de deux  ! Scandale…. Oui, cet homme faisait des choses rares. Il commençait même à prendre des allures idéales. C’était presque trop beau pour être vrai. C’était si beau que je me suis laissé aller à rêver. Une partie de moi s’est mise à penser que ce papepensait tout comme moi, enfin, commenous,les gens modernes. Il suffisait de lui laisser le temps de se retourner, et il allait réformer tout ce qu’il y avait de grippé dans l’Église catholique, à commencer par la place des femmes. Il allait régler tout cela aussi simplement que l’on coche une à une des cases pré-établies sur une liste, la longue liste des réformes à faire : réforme de la Curie, et toc, je coche, décentralisation, collégialité, et toc, réintégration des divorcés remariés à la communion, et toc, ordination d’hommes mariés, de femmes, et toc, je coche… François était devenu pour moi le pape idéal qui allait tout changer d’un coup de baguette magique. Une figure toute puissante qui se confondait avec mon propre rêve de toute puissance. Bien sûr,il allait faire tout ce que j’attendais.

Quelque temps plus tard, quand il s’en est pris aux évêques carriéristes, paresseux et fonctionnaires, dans son discours aux évêques italiens,puis aux évêques d’Amérique latine lors des JMJ au Brésil, je me suis sentie un peu déstabilisée. François n’avait plus rien du magicien réformateur qui ferait de la chirurgie "propre" : il entrait pour de bon dans le réel. Le rêve s’achevait. Mon pape idéal et omnipotent s’était transformé en curé de Cucugnan parti sur les sentiers brûlants de l’enfer, pour se colleter avec des cohortes de clercs ambitieux et corruptibles. Benoît XVI aussi avait dénoncé les pratiques dévoyées, mais François le faisait dès le début de son pontificat, comme l’un de ses gestes fondateurs, montrant bien, par son ostentation et sa vigueur, non seulement que la colère grondait en lui depuis longtemps, mais qu’elle était essentielle. Et de fait, François entrait dans la bagarre et, plus étonnant encore, il semblait presque la chercher. Un peu comme dans l’Évangile, Jésus, tout d’un coup, ouvre les hostilités sans qu’on comprenne bien pourquoi. François se révélait dévoré du même zèle, et de son souffle puissant, il faisait vaciller les mitres au dessus des têtes qui ne les méritaient pas. Mais où voulait-il en venir  ?

J’ai compris alors que réformer n’était pas le seul enjeu de son pontificat. Avant cela, il voulait poser quelques préalables. Le plus important était de faire entendre la grandeur de la cause de Dieu. On ne le sert pas en cherchant sa propre gloire : le travers carriériste n’était pas une faiblesse mais une grave injure. Le pape devait montrer que la cause de Dieu n’était pas réductible à un certain nombre de réformes. Fussent-elles accomplies, la cause de Dieu serait encore à servir. Car si Dieu est Dieu, sa cause est sans terme ni extinction. Et l’histoire est éloquente sur ce sujet : s’il suffisait de réformer, le projet de quantité de papes, de princes et d’empereurs bien intentionnés pour instaurer le Royaume de Dieu dans leurs états serait devenu réalité. Mais François ne se laisserait pas gagner par l’ivresse des réformes ; le titre de « manager de l’année » ne l’intéressait pas  ! Encore moins aurait-il la tentation de présumer qu’il pouvait par ses réformes ou par ses mérites, gagner son ciel. Je découvrais avec un peu d’effroi que François avait embrassé la cause d’un Dieu qui était bien au-delà de toutes les cités terrestres et qu’en bon admirateur d’Augustin, il venait de mettre publiquement cette cause au centre de son action, dans sa propre maison, l’Église.

Á partir de ce moment, j’ai eu peur pour lui. Car ce n’était paswargame, mais une vraie lutte, avec du sang et des larmes, avec un vainqueur et un vaincu. Une lutte où plusieurs de ses prédécesseurs avaient perdu. François aurait des ennemis, puissants et déterminés. Et surtout, il n’était pas seul en jeu dans ce combat. S’il perdait, l’Évangile dont il se recommandait risquait lui aussi de perdre, aux yeux des sages et des prudents du monde. Encore une fois, on le dirait impraticable, utopique, idéaliste, et on le réduirait à un anarchisme parmi d’autres. Oui, il y avait de bonnes raisons d’avoir peur, non seulement pour le champion, mais aussi pour le drapeau qu’il portait.

(…) Ainsi, devant cet hommesi bienajusté à sa foiet capable des gestes publics qui l’exaucent, quelque chose a bougé en moi. La surprise m’est apparue divine. Montait en moi une curiosité vive pourcet homme qui s’est fait homme en regardant son Dieu. Et surtout grandissait le désir de croire davantage. Il devenait impossible de ne pas aller y regarder de plus près. »

Anne Soupa

François, la divine surprise, Médiaspaul, 134p. 14€

 

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