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Fécondité de la quête spirituelle

Bernard Ginisty

     ... elle me met de plain-pied avec tout être humain

Dans son dernier ouvrage intitulé La Source que je cherche, la théologienne protestante Lytta Basset écrit ceci : « Jadis, le non-hasard a voulu que je mène de front une thèse de doctorat en théologie sur le mal subi et un travail psychanalytique décapant sur mon enfance. Plus j’avançais, plus me sautait aux yeux l’incohérence entre mon expérience de vie et l’enseignement traditionnel sur Dieu. J’ai revisité la Bible avec une exigence de cohérence que j’étais désormais incapable de renier » (éd. Albin Michel 2017, page 14). Cette exigence va la conduire à se découvrir compagne de tous les chercheurs de ce qu’elle appelle La Source, c’est-à-dire de ceux qui, comme elle, sont assoiffés d’autre chose que d’eux-mêmes. « Ne s’étripe-t-on pas, encore et toujours, entre témoins qui, persuadés d’avoir trouvé Dieu, ne Le cherchent plus ? En revanche, on s’enrichit d’autant plus des expériences spirituelles des autres qu’on demeure profondément des chercheurs. » (p. 7)

Pour Lytta Basset, « finie la civilisation de l’affirmation, voici la civilisation de la question » car, pour elle, « quoi de plus rassembleur que la quête de la Source ? » Ce sentiment de solidarité avec tous les êtres humains l’éloigne d’un discours soi-disant spirituel qui cultive la défiance à l’égard du monde. Entrer dans la fraternité avec des semblables en quête d’autre chose qu’eux-mêmes permet l’ouverture la plus grande à la réalité concrète du monde tel qu’il est et non comme nous le rêvons. Reprenant un propos de Bernard Feillet : « On peut douter de ses certitudes, on ne doute pas de son désir », elle écrit : « Il me serait impossible de parler du Divin que je cherche sans faire l’expérience concrète de ce qui me met en chemin. » (p. 27)

L’introduction de son ouvrage constitue une sorte de discours de la méthode pour chercheurs spirituels. Il s’agit d’ouvrir un espace à partir de refus qui ne définissent pas des certitudes mais ouvrent des itinéraires. Refus de l’inauthenticité d’une langue de bois religieuse qui ne s’incarne pas dans la vie concrète ; refus de l’incohérence qui oublie le travail d’unification progressive de soi ; refus du dogmatisme qui conduit à « se renier devant une vérité soi-disant objective révélée à certains » ; refus de valoriser Dieu au détriment de l’humain : « Plus notre juste perception de nous-mêmes nous rend vivants, plus nous nous ouvrons à une autre perception de Dieu, plus vivante elle aussi. » (p. 15-16)

Nous pourrons ainsi échapper à ce que Lytta Basset appelle, après Maurice Bellet, souvent cité dans son ouvrage, le dieu pervers. Bien loin de conduire à s’enclore dans une institution, une dogmatique ou une aventure individualiste, le chemin spirituel ouvre à l’universel concret : « Il se trouve que les perceptions de Plus grand que soi se vivent largement en dehors des Églises. Mais de quel droit les invaliderait-on ? Jésus lui-même n’avait-il pas lui-même une expérience du Père immédiate, sans chercher une légitimation auprès des autorités religieuses ? N’annonçait-il pas le temps où l’on irait à la Source dans un souffle et dans l’authenticité, sans passer par le Temple ou quelque autre institution religieuse ? Quand il appelait Père ce Plus grand que lui dont il ne se désolidarisait jamais, je crois qu'il avait le sentiment intense d’être précédé et désiré, de venir de Quelqu’un. » (p. 25) À l’opposé des dérives sectaires et fondamentalistes, Lytta Basset rappelle que « nous nous en sortirons tous ensemble… ou pas du tout. La quête de la Source n’est de loin pas à l’usage exclusivement personnel ! » (p. 17)
 

Bernard Ginisty – Chronique du 5 avril 2017 (RCF)

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