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Faire route avec Jésus

Michel MENVIELLE
Faire route
Faire route © pcdazero @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 30 août 2020 – 22e dimanche du temps – Mt 16, 21-27

Alors que Pierre vient de lui dire qu’il est « l’oint, le fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), Jésus annonce à ses disciples qu’il faut qu’il s’en aille à Jérusalem, beaucoup souffrir du fait des autorités, être tué et être réveillé trois jours après. Pierre réagit sur ce qu’il comprend, et rabroue Jésus : « Propice pour toi, maître ! Sûrement il n’en sera pas ainsi pour toi ! » Réponse cinglante de Jésus : « Retire-toi derrière moi, Satan ; tu es pour moi scandale, car tu ne penses pas les choses de Dieu mais les choses des hommes. » (v. 21-23)

Jésus dit à Pierre qu’il est comme un piège placé sur son chemin, comme un obstacle destiné à le faire chuter[1] ; il le nomme « Satan » comme il avait nommé au désert le diable tentateur (Mt 4, 10). Ainsi, des conditions propices qui le protégeraient contre la violence des hommes sont pour Jésus obstacles à sa démarche, et les envisager est pour lui tentation aussi radicale que celles qu’il a vécues au désert. Cette réponse de Jésus nous concerne également, ici et maintenant : tel Pierre, nous sommes obstacles au divin lorsque nous attendons de lui qu’il nous protège du monde tel qu’il est, qu’il protège le juste contre ceux qu’il dérange.

Jésus explicite pour ses disciples – témoins de la scène, et nous, lecteurs aujourd’hui – ce qu’il demande à celui qui veut venir « derrière lui » : « qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive » (v. 24 – trad. TOB). Traduit ainsi, ce verset sert trop souvent de justification à une spiritualité qui, au nom de Jésus, rabaisse l’humain et glorifie la souffrance. Cela m’est insupportable. Je suis donc revenu au grec. Une autre traduction est possible : « Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il repousse[2] lui-même, et qu’il prenne-dans-ses-mains son pieu de palissade[3], et qu’il fasse route avec moi. » Traduction qui ouvre à une autre lecture. Repousser soi-même : ne pas avoir plus d’égards pour soi que pour les autres, sans pour autant se renier soi-même ; prendre son pieu de palissade : ne pas rester immobile et abrité derrière sa palissade, ne pas se mettre derrière Jésus comme pour y chercher abri et sécurité. Invitation à accueillir l’autre sans chercher à se protéger, mais avec discernement.

Et Jésus ajoute que nous laisserons ainsi se manifester la présence dans notre souffle de vie de ce qui nous dépasse si nous réussissons à tenir bon face aux conséquences dans notre vie et notre situation sociale du choix de « venir derrière lui ». Invitation à travailler les écritures, à méditer l’enseignement de Jésus et à le mettre en pratique pour laisser advenir ces moments fugaces qui manifestent la présence du divin au plus intime de l’homme, et les discerner. Ces moments ne sont-ils pas préfiguration de celui où le Fils de l’homme va venir « dans la gloire de son père avec ses messagers, et donner alors à chacun selon ses actes » (v. 27) ?


Michel Menvielle


[1] Ce sont les sens propres du mot grec dont le sens figuré est « scandale ».

[2] Le mot grec habituellement traduit par « renier » a pour sens « refuser, repousser, nier ».

[3] Le mot grec traduit par « croix » a pour sens premier « pieu pour palissade, palissade ».

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