Vous êtes ici

Face à la Croix.

BÉRULLE
Lyon. Primatiale Saint Jean. Copyright CCBF, Jacques Joseph

 

La Passion selon saint Jean nous affronte à l’effroyable réalité humaine. Iniquité, haine, trahison, reniement, peur… sont les immondes atours de cette humanité composée des chefs des juifs, des Romains mais également des disciples du Christ, ramassis de traîtres, lâches et renégats. C’est cette humanité qui, au fil des lignes, dessine la croix sur laquelle Jésus sera cloué. Contrairement aux évangiles synoptiques, l’évangile de Jean ne relate pratiquement pas le « procès » juif de Jésus. Il en a largement traité dans les chapitres précédents, dans les différents dialogues entre Jésus et les différents responsables religieux juifs, mais également dans la décision répétée des chefs juifs de le mettre à mort. Le procès relaté est un procès laïc, le procès d’un homme et non le procès de Dieu. Sur la croix, il s’agit d’abord d’un homme assassiné dans une parodie de justice qui livre l’innocent à la mort sous la pression de la haine populaire. La question devant la croix n’est donc pas tant, dans un premier temps, « Qu’avons-nous fait à Dieu ? » mais « Qu’avons-nous fait à cet homme ? » et par extension immédiate « Qui sommes nous pour avoir fait une telle chose ? ». Mais ne nous contentons pas de regarder Jésus sur la Croix. Suivons-le dans tout le récit. Voyons-le lors de son arrestation, protégeant ses disciples quand l’un d’eux le livre. Voyons-le devant Caïphe : Jésus en appelle en confiance aux témoignages de ceux qui l’ont écouté dans le temple alors qu’au même instant Pierre trahit sa parole et le renie. Voyons-le devant Pilate : Jésus refuse, comme Pilate le lui suggère, de faire des reproches ou de faire porter la responsabilité de sa situation sur les disciples qui l’ont abandonné ou même sur ceux de son peuple qui l’ont livré. Cela leur a été permis par une force qui les dépasse. Voyons-le enfin sur la Croix, au moment de mourir, se préoccuper de sa famille humaine et spirituelle, les confiant l’un à l’autre comme un bon père de famille s’attachant à ce que les siens ne manquent de rien. Quel contraste radical entre ce que l’humanité peut produire de pire et ce flot de miséricorde et de confiance que manifeste Jésus pour les siens, c’est-à-dire pour tous ! Face à la croix, nous ne pouvons pas faire l’économie de la question : « Qui sommes-nous pour avoir fait une telle chose ? » Pourtant, la miséricorde surabondante que Jésus manifeste nous invite à éviter de nous tromper de cible. Il ne s’agit pas de nous lamenter sur une « misérable humanité » qui nous serait extérieure ou, pire, qui prendrait les visages de certains de nos frères et de nos sœurs. Il s’agit de nous lamenter sur notre propre humanité si souvent attirée par des attitudes mortifères qui, chaque jour, dressent des croix et « crucifient » le don de Dieu. Devant la Croix, c’est sur nous-mêmes qu’il faut porter un regard de vérité ! Sur les autres, sur les hommes et sur les femmes, nos frères et nos sœurs dans le Christ, Jésus nous invite à porter, à son exemple, un regard de miséricorde et de confiance, un regard de salut. Le regard bienveillant de Jésus et sa parole transfigurent l’humanité, même quand elle se donne à voir sous son pire jour. Épousons ce regard, laissons-nous attirer vers celui qui, élevé sur la Croix, nous appelle à le rejoindre. Gardons nous de le lier et de l’enfermer dans un tombeau au risque de priver l’humanité qui en a tant besoin de sa lumière salvatrice. Nous savons qu’aucun tombeau ne peut le retenir. Alors, laissons nous convertir en témoignant de sa miséricorde ! Bérulle à lire aussi, l'homélie du Jeudi Saint du P. Jean-Michel Bardet, curé de la cathédrale de Gap sur le blog du diocèse de Gap.

Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales